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L'Homme de Néandertal espagnol aurait disparu bien plus tôt que prévu

Une étude anglo-espagnole affirme, à l’aide d’une nouvelle technique de datation, que l’Homme de Néandertal aurait disparu de la péninsule ibérique au moins 10.000 ans plus tôt que prévu. La rencontre avec l’Homme moderne aurait donc été impossible. Une grande nouvelle qui changera le contenu des livres d’histoire ? Plutôt un faux débat pour Marylène Patou-Mathis, préhistorienne interrogée par Futura-Sciences.

Les Néandertaliens ont vécu sur une période de 300.000 ans et ont fini par s'éteindre peu après avoir rencontré les Hommes modernes. Mais leur déclin avait commencé déjà avant la rencontre. © Fuzzyraptor, Flickr, cc by nc sa 2.0 Les Néandertaliens ont vécu sur une période de 300.000 ans et ont fini par s'éteindre peu après avoir rencontré les Hommes modernes. Mais leur déclin avait commencé déjà avant la rencontre. © Fuzzyraptor, Flickr, cc by nc sa 2.0

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Avant nous, l’Homme de Néandertal. Ce cousin, presque notre frère, partage avec nous 1 à 4 % des gènes. Mais voilà environ 30.000 ans, pour des raisons encore débattues, ces peuples ont disparu de la surface du monde. Certains paléontologues considèrent que les derniers représentants de cette espèce humaine se sont éteints sur la péninsule ibérique, composant aujourd’hui le territoire de l’Espagne et du Portugal.

Mais d’après des chercheurs européens, dirigés par Thomas Higham de l’université d’Oxford, les Néandertaliens ayant peuplé cette région pourraient avoir disparu au moins 10.000 ans plus tôt que prévu. En utilisant une nouvelle technique de datation au carbone 14, ils ont montré que les sites préhistoriques testés n’avaient pas 35.000 ans, mais plutôt 45.000 à 50.000 ans.

Des Néandertaliens vieillis de 10.000 ans par le carbone 14

Comment ce radio-isotope, connu pour la précision de ses datations dans une échelle de 50.000 ans, peut-il fournir des données aussi différentes ? Il faut bien comprendre que les os passés au détecteur peuvent avoir été contaminés par une source extérieure de carbone après la mort de l’individu. Cela fausse alors les données.

L'Homme de Néandertal espagnol aurait-il disparu bien plus tôt que prévu ? C'est la thèse soutenue dans une étude britannique... © Luna04, Wikipédia, cc by sa 3.0
L'Homme de Néandertal espagnol aurait-il disparu bien plus tôt que prévu ? C'est la thèse soutenue dans une étude britannique... © Luna04, Wikipédia, cc by sa 3.0

Par ultrafiltration, les auteurs expliquent dans Pnas avoir développé une méthode de datation plus précise. Ils ont voulu mener leur analyse sur 215 os retrouvés dans 11 sites néandertaliens de la péninsule ibérique, datés d’environ 35.000 ans. Malheureusement, leurs ambitions ont été revues à la baisse. Seuls huit ossements contenaient assez de collagène pour être datés précisément. Tous provenaient non de 11, mais de seulement deux sites, situés en altitude : Jarama et Zafarraya.

Un de ces os, qu’on pensait âgé de 33.300 ans, aurait appartenu en réalité à un individu mort voilà 46.700 ans. D’autres dateraient même de 50.000 ans. Certains estiment que les premiers Hommes modernes auraient atteint ces contrées voilà 42.000 ans. Toute rencontre avec les Néandertaliens de la région s’avère donc impossible. Les études précédentes auraient-elles sous-estimé l’âge de la mort de Néandertal ? Faut-il remettre en cause la préhistoire humaine ?

Les derniers Néandertaliens pas forcément espagnols

Non, clame Marylène Patou-Mathis, directrice de recherche au CNRS et spécialiste de cet homininé au Muséum national d’histoire naturelle. « Je ne doute pas des dates avancées par ces chercheurs, mais comment est-il possible de généraliser à l’échelle d’un territoire à partir de seulement deux sites ? Une analyse locale ne peut fournir une réponse globale », remarque la préhistorienne. D’autant que ces grottes sont situées en haute altitude. Elles auraient très bien pu être délaissées à l’époque où la période glaciaire frappait l’Europe pour des régions plus chaudes, qui favorise aussi la dégradation du collagène des os et qui compliquent la datation.

« Il faut également qu’on arrête de croire systématiquement que les derniers Néandertaliens vivaient en Espagne, reprend-elle. On a montré que certains d’entre eux vivaient en Croatie ou en Crimée [péninsule ukrainienne, NDLR], il y a moins de 35.000 ans. Ce travail ne remet donc pas en cause la date de disparition des Néandertaliens. »

Homo sapiens disculpé

Quant à la question de la rencontre entre les deux espèces humaines de l’époque, la préhistorienne a un avis précis. « Il y a eu hybridation aux alentours de -70.000 à -80.000 ans, au Proche-Orient ou dans les environs. Puis les Hommes modernes ont migré vers l’ouest et ont pu, sur leur chemin, rencontrer quelques populations néandertaliennes, notamment dans les Balkans. Mais, il me paraît en effet peu probable que les deux espèces se soient croisées en Espagne, même dans le cas où elles auraient vécu à la même époque en Europe : les régions sont tellement grandes et les groupes tellement petits ! » En conclusion, cette étude, aussi intéressante et crédible soit-elle, ne semble pas bouleverser l’histoire des relations qu’ont pu entretenir Homo sapiens et Néandertal. Et ne modifie pas l’histoire récente de l’évolution humaine.

Néanmoins, elle pourrait apporter des éléments qui justifient que les Hommes modernes ne sont pas responsables de la disparition des Néandertaliens. « Notre "cousin" n’a pas disparu du jour au lendemain. C’est un processus qui a pris du temps, et des éléments nous indiquent que ces populations humaines étaient déjà sur le déclin avant même que nos ancêtres modernes n’arrivent en Europe », signale Marylène Patou-Mathis. Ouf ! On savait Homo sapiens très doué pour entraîner la disparition d’espèces, mais dans ce cas, les faits semblent le dédouaner.


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