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L’Homme de Denisova s'est-il hybridé avec une espèce humaine inconnue ?

Une analyse plus précise du génome de l’Homme de Denisova révèle qu’il se serait métissé avec une population humaine plus archaïque. Mais qui est donc cet inconnu mystérieux ?

L'Homme de Denisova a-t-il fauté avec Homo heidelbergensis durant sa migration ? Ou était-ce avec une espèce encore inconnue des scientifiques ? © Tim Evanson, Flickr, cc by sa 2.0 L'Homme de Denisova a-t-il fauté avec Homo heidelbergensis durant sa migration ? Ou était-ce avec une espèce encore inconnue des scientifiques ? © Tim Evanson, Flickr, cc by sa 2.0

L’Homme de Denisova s'est-il hybridé avec une espèce humaine inconnue ? - 2 Photos

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Fini le temps où l’on voyait l’évolution humaine comme une succession simple et linéaire des espèces. Les nombreuses découvertes paléoanthropologiques de ces dernières décennies montrent indubitablement que cette évolution a été buissonnante, ce qui rend l’histoire (ou plutôt la préhistoire) bien plus difficile à écrire et à concevoir. Où placer l’Homme de Florès dans l’arbre évolutif humain ? Quid de l’Homme de Denisova, décrit depuis 2010 seulement ? Les exemples de situations encore floues ne manquent pas.

D’autre part, comme si cela ne suffisait pas, les différentes populations se sont même hybridées. On sait désormais qu’une petite partie de notre génome provient de l'Homme de Néandertal, et que certains ancêtres des populations mélanésiennes et aborigènes se sont unis avec les Dénisoviens, car ils doivent environ 6 % de leur ADN à ce groupe humain disparu. En résumé, la situation est confuse, et les scientifiques connaissent des difficultés à classer fermement ces populations dans des espèces réellement distinctes.

Pire encore : David Reich (université Harvard) et Svante Pääbo (Institut Max Planck) précisent lors du congrès de la Royal Society (Londres) que la vérité pourrait bien être encore plus complexe. À partir d’ADN dénisovien de grande qualité (ce qui n’avait pas été obtenu jusque-là), ils sont parvenus à déterminer que cet Homme sibérien portait en plus les traces d’un métissage avec une population humaine mystérieuse et surtout plus archaïque, qui représente environ 1 % de leur génome.

Les Dénisoviens ont les dents larges

Repartons des connaissances actuelles pour tenter de bien comprendre. Que sait-on de l’Homme de Denisova ? Pour l’heure, on estime que cette lignée humaine s’est distinguée de la nôtre voilà environ 800.000 ans (une étude très récente suggère que cela pourrait être moins ancien), tandis que celle menant aux Néandertaliens s’est séparée il y a environ 400.000 ans. La phalange et les quelques dents retrouvées dans la grotte sibérienne éponyme semblent indiquer que ces homininés présentaient des caractères plus anciens que leurs cousins disparus et que nos ancêtres directs, leurs quenottes étant relativement larges par exemple. Cette étude génétique en apporterait-elle la justification ?

Les dents de l'Homme de Denisova, constituant quasiment les seuls restes dont on dispose, étaient plus larges que les nôtres ou que celles des Néandertaliens, un caractère plus ancestral. Viendrait-il de l'hybridation avec une espèce humaine plus ancienne ?
Les dents de l'Homme de Denisova, constituant quasiment les seuls restes dont on dispose, étaient plus larges que les nôtres ou que celles des Néandertaliens, un caractère plus ancestral. Viendrait-il de l'hybridation avec une espèce humaine plus ancienne ? © David Reich et al., Nature

La découverte place les scientifiques devant un nouveau mystère. Avec qui les Dénisoviens se sont-ils hybridés ? Est-ce un groupe jamais identifié ou bien une espèce déjà décrite ? Impossible de répondre avec fermeté, mais le débat qui a suivi l’annonce montre que les scientifiques penchent pour cette seconde hypothèse.

Les premières traces d’ADN de nos ancêtres

La piste la plus sérieuse serait celle d’Homo heidelbergensis, qui a quitté l’Afrique il y a environ un million d’années et notamment migré vers l’Asie. Des individus auraient pu se trouver sur le chemin migratoire des Dénisoviens, arrivés bien des millénaires plus tard. Homo erectus figure également parmi la liste des suspects, car il avait une aire de répartition géographique plus vaste et vivait même à Java.

Pour trancher, il faudrait retrouver des traces d’ADN de ces espèces et les comparer avec les séquences observées chez l’Homme de Denisova. Malheureusement, la performance est bien plus simple à évoquer qu’à réaliser. Alors que les Dénisoviens vivaient dans des régions froides et sèches où la molécule peut surmonter l’épreuve du temps, les fossiles de leurs cousins sont retrouvés dans des zones géographiques plus chaudes et humides, facilitant la dégradation de l’acide nucléique. Le mystère reste donc entier.

Cependant, de manière indirecte, nous disposons d’un fragment d’ADN de ce groupe humain inconnu. Une base de travail pour peut-être construire progressivement une image génétique plus précise de nos ancêtres !


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