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Le gigantopithèque, alias King Kong, est mort de faim

Le plus grand primate connu, le gigantopithèque, a peuplé les forêts d’Asie durant des millions d’années, du Miocène au Pléistocène, et s’est éteint il y a seulement 100.000 ans, au moment de la dernière glaciation. C’est ce qu’affirment des chercheurs qui pensent avoir découvert la raison de sa disparition : Gigantopithecus était un herbivore de la forêt et aurait mal vécu le refroidissement et l’extension des savanes.

Les fossiles du gigantopithèque ont notamment alimenté le mythe de King Kong, qui a fait tant de mal à l'image du gorille, un herbivore pacifique. © Anton_Ivanov, Shutterstock.com Les fossiles du gigantopithèque ont notamment alimenté le mythe de King Kong, qui a fait tant de mal à l'image du gorille, un herbivore pacifique. © Anton_Ivanov, Shutterstock.com

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De quoi se nourrissait le gigantopithèque ? L’information est essentielle pour mieux comprendre la vie et la disparition de cette espèce de primate, la plus grande connue à ce jour. Les scientifiques estiment sa taille maximale entre 1,80 et 3 m, pour un poids de 200 à 500 kg. Ses mensurations sont donc mal connues, du fait de la rareté des fossiles retrouvés, essentiellement des dents. Son régime était végétarien pour certains, carnivores pour d’autres tandis que subsiste l’hypothèse que l’animal se nourrissait exclusivement de bambous, comme les pandas actuels.

Son habitat, en revanche, est mieux cerné : il aimait la forêt. Mais sa masse imposante semble cependant difficilement compatible avec un mode de vie arboricole. Les branches auraient cédé trop souvent… Quant à sa classification, elle le range aujourd’hui parmi les pongidés. Le gigantopithèque serait proche des ancêtres de l’ourang-outang.

Comparaison schématique entre la taille du gigantopithèque et celle d'un humain. L'aspect de l'animal, en revanche, n'est pas connu. On sait seulement que les dents et les quelques os retrouvés le rapprochent des orangs-outangs. © Hervé Bocherens
Comparaison schématique entre la taille du gigantopithèque et celle d'un humain. L'aspect de l'animal, en revanche, n'est pas connu. On sait seulement que les dents et les quelques os retrouvés le rapprochent des orangs-outangs. © Hervé Bocherens

King Kong était végétarien

Sa taille et son aspect (supposés) en ont fait un animal fantasmatique et le voilà dessiné en King Kong ou convoqué pour jouer le rôle du yéti, ce mystérieux anthropoïde himalayen (même si les observations retenues semblent pointer vers un ours). Pour débroussailler ces informations, une équipe allemande de l’université de Tübingen s’est de nouveau penchée sur les meilleurs restes de gigantopithèque : les dents.

Les chercheurs ont rassemblé des spécimens venus de différentes collections et ont procédé à une analyse isotopique du carbone contenu dans l’émail. Ces résultats ont été comparés aux analyses de primates actuels. La conclusion, publiée dans la revue Quaternary International, est que cette composition isotopique est différente de celle des omnivores et de celle des carnivores ; elle est également éloignée de celle des mangeurs de bambous.

Une molaire de Gigantopithecus, issue de la collection Gustav Heinrich Ralph von Koenigswald, de l’institut Senckenberg, en Allemagne, qui a servi à l’étude. Les fossiles de ce grand singe sont rares et surtout représentés par des dents. L’analyse des isotopes du carbone inclus dans l’émail, en comparaison des primates actuels, permet de connaître, dans une certaine mesure, le régime alimentaire. © Wolfgang Fuhrmannek
Une molaire de Gigantopithecus, issue de la collection Gustav Heinrich Ralph von Koenigswald, de l’institut Senckenberg, en Allemagne, qui a servi à l’étude. Les fossiles de ce grand singe sont rares et surtout représentés par des dents. L’analyse des isotopes du carbone inclus dans l’émail, en comparaison des primates actuels, permet de connaître, dans une certaine mesure, le régime alimentaire. © Wolfgang Fuhrmannek

Un grand singe arboricole en mal de forêts

« Nos résultats montrent que ces grands primates ne vivaient que dans la forêt et y trouvaient leur nourriture. Gigantopithecus était exclusivement végétarien et pas spécialisé dans le bambou », résume Hervé Bocherens, du Centre Senckenberg d’évolution humaine de paléoenvironnement (HEP), à l’université de Tübingen, dans un communiqué de cet établissement.

Cet habitat forestier expliquerait le déclin de ce grand singe (qui était représenté, semble-t-il, par plus d’une espèce), selon les auteurs de l’étude. Cette époque du Pléistocène est marquée par un changement climatique majeur, avec une baisse des températures. Dans les régions asiatiques où ils vivaient, ces grands primates arboricoles ont vu reculer les forêts au profit de la savane. « Avec sa grande taille, Gigantopithecus devait dépendre d’une offre abondante de nourriture », souligne Hervé Bocherens dans le communiqué de l’université. La régression des forêts a fini par avoir eu raison de ces grands animaux.

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