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Nos ancêtres du Midi : voyage dans le temps

Véritable « mémoire » de la préhistoire provençale, Jean Courtin compte près d'un demi-siècle de recherches sur l'ensemble des périodes allant du Paléolithique supérieur à l'âge du Bronze. Partons à la découverte de nos ancêtres du Midi.

Page 6 / 9 - Cosquer : le Lascaux de la Méditerranée Sommaire
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Un Lascaux à Marseille ? Lorsque les premiers clichés ont circulé entre les mains des scientifiques, vers la mi-septembre 1991, la nouvelle est apparue comme une galéjade. Elle n'a suscité que scepticisme et suspicion. Chargé de l'art préhistorique au ministère, Jean Clottes a convaincu les autorités ministérielles de mettre en place une expédition pour expertiser cette trouvaille insolite.

Reconnu comme l'un des meilleurs spécialistes de la préhistoire du Sud-Est, Jean Courtin a donc été « désigné volontaire » pour revêtir sa combinaison de plongée, remisée depuis plusieurs années. Il allait entreprendre la plus belle aventure de sa carrière de chercheur.

Avec l'appui logistique de l'Archéonaute, le navire scientifique du ministère de la culture, Jean Courtin a effectué une première série de plongées en compagnie notamment de l'auteur de la découverte, le scaphandrier Henri Cosquer. Celui-ci avait prévenu les plongeurs de la Drasm (la Direction des recherches archéologiques sous-marines) : explorer la cavité n'était pas sans danger. On y accédait par un modeste trou dans la falaise du cap Morgiou, à 37 m sous la surface de l'eau. Ensuite, il fallait s'engager dans un étroit tunnel entièrement noyé. Si l'on n'y prenait garde, ce siphon pouvait devenir un terrible piège.

Épaulé par une équipe de la Drasm et une brigade de plongeurs de la Marine nationale, Jean Courtin après une lente progression de plus de 150 m dans l'obscur boyau, a découvert à son tour la fantastique « cathédrale de la préhistoire ».

Examinant de près quelques-unes des peintures, le préhistorien a rapidement pu confirmer ce que Jean Clottes avait conclu en observant les photos. Les mains, les animaux terrestres - chevaux, bisons, bouquetins, cerfs – ainsi que l'invraisemblable faune marine - phoques et pingouins - avaient été dessinés ou gravés il y a plusieurs milliers d'années.

Les peintures des Calanques ont pu être datées de 18 000 ans et jusqu'à 28 000 ans pour les plus anciennes. À cette époque, il fallait aller chercher la mer 120 m plus bas, autrement dit 20 km plus loin et la Provence présentait un autre visage. Elle ressemblait à la Norvège d'aujourd'hui.

Vous avez terminé votre carrière en beauté avec l'expertise puis l'étude de la célèbre grotte Cosquer à Marseille, qui présente sur ses parois de nombreuses mains négatives ainsi que des figurations étonnantes, notamment des phoques et des pingouins…


Grotte Cosquer © Jean Courtin

Oui, ça remonte à quatorze ans maintenant. Cette grotte avait été un peu oubliée. On en a un peu reparlé grâce à une émission de Nicolas Hulot… je viens d'achever l'inventaire des figurations, effectué en 2002 et 2003.

C'est donc une grotte sous-marine ?

Pas exactement. C'est ce que le gens ne comprennent pas toujours. C'est une grotte dont l'accès est sous-marin mais cet accès débouche dans la partie haute d'une grotte, située au-dessus du niveau de la mer. Dans cette partie, les gravures et les dessins sont préservés. Ce qui était sous l'eau a complètement disparu. Ce qui reste ne représente plus que le tiers ou le quart de la grotte. Donc on peut supposer qu'il y avait autant de dessins et de gravures dans les parties noyées. Jean Clottes dit que c'était une des grottes ornées les plus importantes d'Europe. Il a été très étonné quand il est venu, la première fois qu'il est rentré, par la quantité de gravures. Il n'y a pas un mètre de paroi qui n'est pas couverte, il y a des traits, partout.

Dans quelles circonstances avez vous été amené à travailler sur ce site ? Vous avez dû immédiatement mettre fin à une polémique naissante sur son authenticité…


Jean Courtin en plongée © Jean Courtin

Moi, je suis à la fois préhistorien et plongeur. C'est pour cela que le ministère de la Culture a fait appel à moi pour expertiser cette grotte en 1991. Henri Cosquer m'avait montré les photos. Quand j'ai vu les chevaux, j'ai tout de suite été convaincu que c'était quelque chose d'exceptionnel. Jean Clottes, qui ne plongeait pas à l'époque, m'a donné des conseils. Je suis donc allé expertiser la grotte. J'ai examiné les dessins avec une loupe. Il y avait des concrétions dans le trait, il avait des concrétions par dessus. Il ne pouvait pas y avoir de doute sur l'authenticité. Dès la première expertise, en 1991, la question de l'authenticité était réglée.

Et vous avez rapidement remarqué qu'il y avait deux phases d'occupation dans la grotte…

Oui. Enfin, il y a au moins deux phases. Maintenant nous avons découvert aussi que lors de la première phase, il n'y a pas que les mains et les tracés digitaux, ces traces de doigts dans le calcaire tendre, il y a aussi des animaux gravés, qui sont recoupés par les mains. Donc ils sont au moins contemporains sinon plus anciens. Ils appartiennent au Gravettien à 27-28 000 ans. Les premiers occupants ont donc dessiné des animaux qui sont du même style que ceux de la phase suivante. Il y a donc une continuité de tradition graphique dans cette grotte. C'est extraordinaire.

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