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Le quinoa, un succès à cultiver

En Bolivie, la culture du quinoa (1), plante nutritive qui connaît depuis peu un certain succès, n'est pas sans poser des problèmes écologiques ou sociaux. En mission dans ce pays, des chercheurs français contribuent à rendre l'activité durable.

Le quinoa, un succès à cultiver - 4 Photos

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En Bolivie, la culture du quinoa a permis à de nombreuses familles de ne pas s'exiler vers les villes. Mais de nouveaux problèmes se posent, comme celui de la cohabitation difficile entre cultivateurs et éleveurs, de lamas notamment. © IRD - T. Winkel
En Bolivie, la culture du quinoa a permis à de nombreuses familles de ne pas s'exiler vers les villes. Mais de nouveaux problèmes se posent, comme celui de la cohabitation difficile entre cultivateurs et éleveurs, de lamas notamment.
© IRD - T. Winkel

Une fraîche journée de mai, dans la partie bolivienne de la Cordillère des Andes. À 3 800 mètres d'altitude, des scientifiques français contemplent des paysages rougeoyants où fleurit un véritable trésor. Son nom ? Le quinoa, une plante proche des céréales, aux qualités nutritives hors du commun, qui fait depuis peu un tabac comme « produit bio » dans les réseaux de commerce équitable comme dans les rayons de grandes surfaces du monde entier. Friande, la France en est même devenue le premier consommateur européen. Mais nos chercheurs n'ont pas gagné les plateaux de l'Altiplano, région où vit la majorité des Boliviens, uniquement pour admirer cette star de l'agriculture biologique. Leur but ? Aider les acteurs locaux à faire face à l'essor soudain de cette culture et à rendre cette activité vraiment durable, en aidant notamment les cultivateurs à sélectionner les meilleures variétés.

Effet de la sécheressae sur la quinoa (CEAC). Sur l'Altiplano, haut plateau situé entre 3600 et 4300 mètres d'altitude, le programme de recherche a développé un réseau expérimental agronomique pour la quinoa, pseudo-céréale qui présente un intérêt croissant pour l'exportation en Europe et en Amérique du Nord comme produit biologique à très haute teneur en protéines. © IRD - Raffaillac, Jean-Pierre
Effet de la sécheressae sur la quinoa (CEAC). Sur l'Altiplano, haut plateau situé entre 3600 et 4300 mètres d'altitude, le programme de recherche a développé un réseau expérimental agronomique pour la quinoa, pseudo-céréale qui présente un intérêt croissant pour l'exportation en Europe et en Amérique du Nord comme produit biologique à très haute teneur en protéines.
© IRD - Raffaillac, Jean-Pierre

Parmi eux, Richard Joffre, directeur de recherche CNRS du Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE) (2), est ainsi venu présenter sur place les premiers résultats d'un travail engagé entre l'équipe Dream (3) de Montpellier et l'équipe Clifa (4) installée à La Paz. En effet, depuis juin 2005, ces chercheurs étudient la qualité nutritive des grains de quinoa en fonction de leur génotype et de leur mode de culture. Et ils ont du pain sur la planche, car on compte des dizaines de variétés et de nombreuses manières différentes de les cultiver. Patiemment, nos scientifiques ont recueilli plus de 2 500 échantillons récoltés en Bolivie, en Argentine et au Chili. Grâce à eux, ils construisent à présent une base de données compilant des informations essentielles sur chaque variété.

Panicules de quinoa, pandela. Sur l'Altiplano, haut plateau situé entre 3600 et 4300 mètres d'altitude, le programme de recherche a développé un réseau expérimental agronomique pour la quinoa, pseudo-céréale qui présente un intérêt croissant pour l'exportation en Europe et en Amérique du Nord comme produit biologique à très haute teneur en protéines. © IRD - Raffaillac, Jean-Pierre
Panicules de quinoa, pandela. Sur l'Altiplano, haut plateau situé entre 3600 et 4300 mètres d'altitude, le programme de recherche a développé un réseau expérimental agronomique pour la quinoa, pseudo-céréale qui présente un intérêt croissant pour l'exportation en Europe et en Amérique du Nord comme produit biologique à très haute teneur en protéines.
© IRD - Raffaillac, Jean-Pierre

Leur outil d'investigation ? « La spectrométrie proche infrarouge, répond Richard Joffre. Elle renvoie pour chaque échantillon un signal unique contenant sa “carte d'identité” biochimique, avec sa teneur en protéines et autres composants organiques. » Dans leur « tamis », les scientifiques pistent notamment la variabilité des éléments nutritifs (acides aminés, acides gras, etc.) et toxiques (saponines). Au final, la base de données aidera les agriculteurs à faire le bon choix des variétés à cultiver. Et ici, tout est affaire de compromis : « Une variété peut en effet être de très bonne qualité nutritive mais fragile face aux risques climatiques, importants dans la région, rappelle Richard Joffre. Chaque année, 250 jours de gel surviennent de manière imprévisible. » Rajoutez les effets des changements globaux, particulièrement perceptibles dans les Andes, et vous comprendrez l'importance, pour les cultivateurs, de disposer d'informations fiables sur telle ou telle variété.

Grains de quinoa, mélange variétal. Sur l'Altiplano, haut plateau situé entre 3600 et 4300 mètres d'altitude, le programme de recherche a développé un réseau expérimental agronomique pour la quinoa, pseudo-céréale qui présente un intérêt croissant pour l'exportation en Europe et en Amérique du Nord comme produit biologique à très haute teneur en protéines. © IRD - Raffaillac, Jean-Pierre
Grains de quinoa, mélange variétal. Sur l'Altiplano, haut plateau situé entre 3600 et 4300 mètres d'altitude, le programme de recherche a développé un réseau expérimental agronomique pour la quinoa, pseudo-céréale qui présente un intérêt croissant pour l'exportation en Europe et en Amérique du Nord comme produit biologique à très haute teneur en protéines.
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Mais l'enjeu des recherches sur le quinoa est aussi économique et social, et nos chercheurs souhaitent étendre leurs travaux, avec d'autres équipes, à tous ces versants. Leur ambition à long terme ? « Permettre aux cultivateurs et aux décideurs locaux de rendre durable la culture du quinoa, passée en peu de temps d'une activité de subsistance à une culture d'exportation », répond Thierry Winkel, chercheur de l'unité Clifa, en poste à La Paz depuis cinq ans. Certes, cette mutation rapide a offert des revenus substantiels aux cultivateurs, et permis à des milliers de familles de ne pas s'exiler vers les villes.

Mais la médaille a son revers… Souvent anarchique, la hausse de l'activité a ainsi entraîné la stérilité définitive de certaines parcelles, à cause notamment de l'utilisation de tracteurs, trop lourds pour une terre fragile et aride. En outre, en Bolivie, le succès de cette culture empiète sur l'activité des éleveurs de lamas, alpacas et moutons, poursuit Thierry Winkel. Le quinoa provoque aussi des conflits territoriaux entre les différentes communautés villageoises. De plus, les systèmes traditionnels de gestion collective des terres sont remis en question, laissant place à des logiques individualistes. Au final, les inégalités se creusent. Bref, c'est aussi une question de « durabilité sociale » qui est en jeu. Pour relever ce défi, un vaste programme de recherche interdisciplinaire est actuellement en préparation. Mais Thierry Winkel en est déjà persuadé : Quelle qu'elle soit, la solution passera forcément par l'invention d'une nouvelle gestion collective des ressources naturelles.

Matthieu Ravaud

1. Le quinoa est une Chénopodiacée domestiquée dans les Andes il y a environ 5 000 ans.
2. Centre CNRS / Universités Montpellier-I, II et III / Ensa Montpellier/ Cirad.
3. « Dynamique réactionnelle des écosystèmes, analyse spatiale et modélisation ».
4. « Climat et fonctionnement des agro-écosystèmes ». Cette unité de recherche IRD est associée au CEFE depuis 2001.

Contact :

Richard Joffre
CEFE, Montpellier
richard.joffre@cefe.cnrs.fr

Thierry Winkel
IRD Clifa, La Paz, Bolivie
thierry.winkel@ird.fr


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