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Les braconniers d'éléphants trahis par les défenses

Pour lutter contre la chasse clandestine à l'éléphant d'Afrique, qui augmente depuis plusieurs années, une équipe de scientifiques a mis au point un test génétique permettant de déterminer l'origine géographique d'une défense.

Dans les années 1980, le nombre d'éléphants d'Afrique a chuté de 1,3 million à 600.000. Depuis l'interdiction du commerce de l'ivoire en 1989, les populations des savanes se sont partiellement reconstituées mais, faute de moyens de surveillance, celles de

Dans les années 1980, le nombre d'éléphants d'Afrique a chuté de 1,3 million à 600.000. Depuis l'interdiction du commerce de l'ivoire en 1989, les populations des savanes se sont partiellement reconstituées mais, faute de moyens de surveillance, celles de

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En prélevant 120 milligrammes d'une défense d'éléphant, Samuel Wasser, de l'université de Washington, peut indiquer dans quelle région d'Afrique vivait l'animal. Intérêt : permettre aux forces de police de remonter la filière jusqu'aux braconniers. Car si le commerce de l'ivoire a été interdit en 1989, ce qui a permis une belle remontée des populations de pachydermes africains, le braconnage repart à la hausse depuis quelques années.

En forêt, la chasse incognito

D'après Samuel Wasser, grand connaisseur de l'éléphant d'Afrique, la surveillance aérienne des savanes est efficace et gêne considérablement les chasseurs d'éléphants, qui se sont du coup rabattus sur le milieu forestier. «Mes collègues travaillant dans les forêts constatent une disparition des éléphants, affirme-t-il. En forêt, on ne remarque pas de changement dans les populations avant qu'il soit si important qu'il est presque trop tard pour agir.» Anecdote révélatrice, en 2003, les autorités de Singapour ont intercepté une cargaison de 6,5 tonnes d'ivoire, la plus grosse saisie jamais réalisée.

Deux éléphants d'Afrique

Mais comment une défense peut-elle trahir l'origine géographique d'un éléphant ? Par une analyse de son ADN. Une défense étant en fait une dent, elle est fortement minéralisée mais elle contient toutefois suffisamment de matériel génétique pour se prêter à une analyse d'ADN.

Or, en 2001, deux équipes américaines, dont celle de Samuel Wasser, avaient découvert que les éléphants des savanes et ceux des forêts présentent de grandes différences génétiques, à tel point que ces chercheurs parlent de deux espèces distinctes. La différence entre les deux équivaut à 58 % de celle séparant l'éléphant d'Asie des deux espèces africaines réunies. Les zoologistes avaient d'ailleurs depuis longtemps déjà distingué Loxodonta africana (vivant dans la savane) de Loxodonta cyclotis (cantonné au milieu forestier).

Poursuivant ces travaux, Samuel Wasser et son équipe ont dressé une carte génétique de référence. Elle permettrait de déterminer l'origine géographique des défenses dans 80 à 95 % des cas, selon l'origine des animaux.

Paradoxalement, cette découverte pourrait… relancer la chasse à l'éléphant. En effet, certains pays du sud de l'Afrique, où les populations d'éléphants ont désormais retrouvé un bon niveau, plaident pour la reprise d'une chasse raisonnée, qui relancerait un artisanat traditionnel de l'ivoire. Si une méthode presque infaillible permettait de prouver l'origine de l'ivoire, il ne serait plus nécessaire d'interdire la chasse à l'éléphant dans toute l'Afrique.


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