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Pyramide de Gizeh : le mystérieux puits d’Osiris révèle ses secrets

Découvert en 1945 par l’archéologue égyptien Abubakr Abdel Moneim, un mystérieux puits inondé situé sous la chaussée de Kheops à Gizeh n’avait jamais pu être exploré. Il vient enfin de l’être, révélant tout un lot de surprises. Et ce n'est pas fini...

Un lien souterrain vers la pyramide de Khéops sera-t-il révélé ? Source Commons Un lien souterrain vers la pyramide de Khéops sera-t-il révélé ? Source Commons

Pyramide de Gizeh : le mystérieux puits d’Osiris révèle ses secrets - 5 Photos

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L’entrée du puits n’est pas visible de la surface, celui-ci étant creusé depuis un tunnel orienté nord-sud sous la chaussée de Kheops. Bien que son utilisation exacte n’ait pu être déterminée, les archéologues pensaient jusqu’à présent qu’il aurait pu servir de réserve d’eau fraîche pour les ouvriers locaux.

Cependant, d’autres chercheurs évoquaient l’entrée cachée d’un réseau secret de tunnels conduisant vers la Grande Pyramide, et pourquoi pas, jusqu’au Sphinx..

En 1999, Zahi Hawass, qui figure parmi les égyptologues les plus enthousiastes de notre époque, décidait d’excaver ce puits afin d’en entamer l’exploration et ainsi de faire taire – ou confirmer – les rumeurs.

Zahi Hawass et son équipe à l'entrée des tunnels creusés dans la roche. Source : Dr Hawass
Zahi Hawass et son équipe à l'entrée des tunnels creusés dans la roche. Source : Dr Hawass

Ce n'était pas une réserve d'eau

Première tâche : réduire le niveau d’eau afin de pénétrer dans le puits. L’opération n’était pas simple et il a fallu pour cela faire appel à des machines spécialisées qui ont fonctionné durant toute l’exploration en produisant un bruit d’enfer… faisant craindre des séquelles pour l’ouïe des scientifiques ! Devant le risque d’effondrement non négligeable des parois soulagées de la pression de l’eau, des étançons en plâtre ont été placés en travers de l’ouverture en ses endroits les plus étroits, non pour les retenir mais pour signaler, en cas de rupture, tout mouvement suspect.

Ce que les archéologues découvrirent sous la surface initiale de l’eau fut aussi surprenant qu’inattendu. Un premier segment de tunnel, situé à 10 mètres de profondeur, conduit à une chambre souterraine de 8,6 x 3,6 mètres. Un second puits vertical, situé plus au nord, descend encore de 13,25 mètres pour donner accès à une autre chambre de 6,8 x 3,5 mètres, elle-même entourée de six pièces de taille plus réduite.

L'entrée du puits vertical. Source : Z. Hawass
L'entrée du puits vertical. Source : Z. Hawass

Trois des six petites chambres ont contenu un sarcophage en pierre correspondant à l’époque de la 26ème dynastie (-2374 à -2140) et deux d’entre eux au moins ont renfermé des ossements humains. Divers débris et fragments de poteries nettement plus anciens ont aussi été découverts à ce niveau.

En plus de ces six petites chambres, la pièce principale présente encore une ouverture dans son angle sud-est, où s’amorce un nouveau puits vertical. Celui-ci aboutit, 8 mètres plus bas, dans une nouvelle pièce de 9 mètres de longueur.

Celle-ci est la plus intéressante de toutes. Un pilier carré en orne chaque angle, tandis que l’espace compris entre ses murs a été creusé d’un canal, qui a probablement coulé jadis car ses extrémités situées à des hauteurs différentes lui donnent une certaine déclivité. Ce canal n’est pas rectiligne mais forme le signe hiéroglyphique signifiant maison. En son centre a été déposé un sarcophage de basalte noir, contenant des ossements humains ainsi que diverses amulettes. Etonnamment, on y découvre aussi des poteries rouges polies avec des traces de peinture blanche, qui remontent vraisemblablement à la 6ème dynastie, dite de Saïs (-640 à -558).

Zahi Hawass à côté du sarcophage. Source : Z. Hawass
Zahi Hawass à côté du sarcophage. Source : Z. Hawass

Une mise en scène de la création du monde ?

Rien ne semble indiquer que cet endroit ait été utilisé pour ensevelir un personnage royal. En revanche, il est possible qu’il s’agisse d’une tombe symbolique dédiée à Osiris, le dieu des Enfers. Celle-ci prenait l’apparence d’une île entourée par les méandres du canal, qui semble délibérément conçu de façon à être empli par les eaux de ruissellement souterraines. Cette configuration représenterait alors les eaux primitives de Nun, qui ont recouvert le monde au moment de la Création, la partie centrale figurant la première terre émergeante. L’écoulement des eaux du canal symbolise la connexion d’Osiris à la Fertilité et à la Renaissance. La disposition des quatre piliers autour de l’emplacement du sarcophage est similaire à la configuration de l’Osireidon de Seti 1er à Abydos, autre tombe symbolique d’Osiris, et pourrait représenter les quatre forces par lesquelles intercèdent les dieux.

Hérodote le Grec, considéré comme « le Père de l’Histoire », pourrait avoir décrit ce lieu dans un de ses textes, lorsqu’il cite en substance que « Khufu (Khéops) a été enterré sur une île dans une chambre souterraine, située dans l’ombre de la Grande Pyramide et alimentée par un canal partant du Nil ». Il ne peut cependant s’agir de Khéops, car la chambre récemment découverte par Zahi Hawass en est largement antérieure, ainsi que l’indiquent les fragments découverts datant de la 6ème dynastie.

Un enfant à l'entrée du tunnel encore inexploré. Source : Z. Hawass
Un enfant à l'entrée du tunnel encore inexploré. Source : Z. Hawass

De nouvelles découvertes en perspective

Et ce n’est pas tout… Un nouveau tunnel s’ouvre dans la partie nord-est de la partie la plus profonde du réseau, particulièrement étroite et encombrée de boue. Son entrée est juste assez large pour laisser passer un enfant. Depuis 1999, plusieurs tentatives ont été effectuées pour l’explorer, en vain. A 6,5 mètres de l’entrée, un robot a découvert un embranchement dont l’une des parties se prolonge à 10,5 mètres au moins, mais les caméras n’ont pu pénétrer plus loin car ces boyaux devenaient trop étroite et humides. Les scientifiques ont pu ensuite déterminer que la partie principale court sur une longueur totale d’au moins 21 mètres. Il s’agit là du dernier résultat obtenu.

Une nouvelle expédition est actuellement en cours, mettant en œuvre un robot japonais pour tenter de découvrir ce qui a motivé les anciens Egyptiens à creuser ce nouveau réseau de tunnels dans la roche à une aussi grande profondeur. Gageons que de nouvelles surprises attendent Zahi Hawass et son équipe...


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