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Néandertal et Cro-Magnon auraient mélangé leurs gènes

Une nouvelle étude confirme que des gènes de Néandertal subsistent aujourd’hui chez les populations hors de l’Afrique sub-saharienne. Il y aurait bien eu hybridation en Europe il y a quelques dizaines de milliers d’années, comme d’autres études l’avaient montré.

Quatre Homo sapiens, de gauche à droite, Johannes Krause, Adrian Briggs, Richard E. Green et Svante Pääbo, de l'Institut Max Planck, en très bons termes avec un néandertalien. © Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology Quatre Homo sapiens, de gauche à droite, Johannes Krause, Adrian Briggs, Richard E. Green et Svante Pääbo, de l'Institut Max Planck, en très bons termes avec un néandertalien. © Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology

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Sur le chromosome X des populations asiatiques, australiennes et européennes, on retrouve aujourd’hui des séquences génétiques qui proviendraient de l’Homme de Néandertal. C’est que qu’affirme Damian Labuda, du département de pédiatrie de l'université de Montréal et du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, et ses collègues dans un article récent publié dans Molecular Biology and Evolution. Cette présence serait la preuve d’une hybridation qui aurait eu lieu en Europe quand les deux espèces humaines, Homo sapiens et Homo neanderthalensis, ont cohabité durant des dizaines de milliers d'années.

L’idée n’est pas nouvelle. L’hypothèse avait été formulée depuis longtemps mais les premières confirmations ont attendu l’analyse des restes d’ADN dans les os fossilisés. Ces longues molécules résistent mal au temps mais, quand les conditions de conservation ont été excellentes (enfouissement rapide par exemple), des fragments de petites tailles peuvent se trouver encore au sein de l’os. L’extraction est difficile et le plus grand écueil est celui d’une contamination par des ADN venus d’ailleurs : animaux, bactéries mais aussi les découvreurs et les expérimentateurs. En 2006, l’équipe de Catherine Hänni (laboratoire Paléogénomique et évolution moléculaire, à l’ENS de Lyon) parvenait à analyser des restes d’ADN extraits d’une molaire d’un jeune néandertalien. Il s’agissait d’ADN mitochondrial, c’est-à-dire provenant des mitochondries, petits organites cellulaires qui ne se transmettent à la génération suivante que par la mère.

À l'Institut Max Planck (Leipzig, Allemagne), Svante Pääbo a pris le problème à bras-le-corps et parvenait à séquencer une grande partie du génome de l’Homme de Néandertal, donc l’ADN du noyau cette fois. En 2010, les résultats de ce travail, décrit dans Science, faisaient grand bruit, prouvant l’hybridation durant la période de cohabitation en Europe entre les deux espèces, ou sous-espèces si l’on s’en tient stricto sensu à la définition officielle selon laquelle deux organismes d’espèces différentes ne peuvent avoir de descendants fertiles. Les résultats montraient en effet que 2 % du génome de H. neanderthalensis se retrouve aujourd’hui chez les populations d’origine d’Europe et d’Asie, alors qu’aucun gène commun n’a été retrouvé avec les populations d’origine africaine.

Un enfant de Néandertal, différent des humains... mais si peu. Cette reconstitution est une dermoplastie réalisée par Elisabeth Daynès. On peut retrouver l'Homme de Néandertal à La Chapelle-aux-Saints, en Corrèze, lieu de la découverte d'un squelette complet en 1908. Il s'y trouve un musée de l'Homme de Néandertal, dynamique et instructif. © Philippe Plailly
Un enfant de Néandertal, différent des humains... mais si peu. Cette reconstitution est une dermoplastie réalisée par Elisabeth Daynès. On peut retrouver l'Homme de Néandertal à La Chapelle-aux-Saints, en Corrèze, lieu de la découverte d'un squelette complet en 1908. Il s'y trouve un musée de l'Homme de Néandertal, dynamique et instructif. © Philippe Plailly

La preuve d’un mélange

Aujourd’hui, l’étude menée par l’équipe de Damian Labuda parvient à la même conclusion mais par une autre voie. Il y a dix ans, ces chercheurs ont découvert sur le chromosome X une partie de l’ADN (un haplotype, c’est-à-dire une ensemble de gènes installés sur le même chromosome) qui semblait très différent du reste du chromosome. Après le séquençage de 2010 du génome néandertalien, Damian Labuda et ses collègues ont repris leur étude sur cet haplotype, le caractérisant chez 6.092 humains actuels. L’étude qui vient d’être publiée affirme que cette séquence d’ADN est présente chez les néandertaliens et chez les humains d’aujourd’hui excepté les populations de l’Afrique sub-saharienne.

« Cet article est très intéressant, commente Marylène Patou-Mathis, spécialiste (et passionnée) de l’Homme de Néandertal, responsable de l’Unité d’Archéozoologie du Laboratoire de préhistoire du Muséum et responsable des collections ostéologiques (faune) de l'Institut de paléontologie humaine. Il confirme par une autre méthode – et cela n'est pas inutile pour ces questions génétiques ! –, les résultats de l'article du 7 mai 2010, à savoir que les non-Africains actuels possèdent des gènes de néandertaliens et qu'un croisement a bien eu lieu entre des néandertaliens et des Homo sapiens avant l'arrivée de ces derniers en Europe, vers 43 à 45.000 ans. »

C’est en effet l’histoire d’une rencontre. Les ancêtres des Hommes de Néandertal ont quitté l’Afrique quelque part entre 400.000 et 800.000 ans et se sont installés en Europe. Bien plus tard, les ancêtres de l’Homme moderne, qui avait eux aussi beaucoup voyagé, ont rencontré les néandertaliens, quelque part au Proche-Orient ou en Anatolie. En Europe, les deux populations ont cohabité jusqu’à environ -30.000 ans, époque à laquelle on perd la trace de Néandertal. L’hypothèse qui se confirme est donc que ces deux familles d’humains n’ont pas fait que s’entretuer mais ont aussi fait des enfants. Comme le soulignent les chercheurs, pour des organismes vivants, l’hybridation est un apport de gènes nouveaux et ce mélange est toujours bénéfique…


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