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Exclusif : le Machu Picchu découvert 40 ans plus tôt qu'on ne croyait

Le site sacré des Incas n'a pas été découvert en 1911 par un Américain mais dans les années 1860 par un Allemand. C'est ce qu'a découvert Paolo Greer, historien et explorateur, comme l'expliquent pour Futura-Sciences ses collègues Alain Gioda (de l'IRD) et Carlos Carcelen (université San Marcos et IFEA).

A Cusco (ou Cuzco), qui fut capitale de l'empire inca, à l'aube du XXè siècle. © Collection Paolo Greer A Cusco (ou Cuzco), qui fut capitale de l'empire inca, à l'aube du XXè siècle. © Collection Paolo Greer

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La découverte en 1911 du célébrissime site du Machu Picchu au Pérou est toujours attribuée à l’archéologue nord-américain Hiram Bingham (1875-1956), de l’université de Yale. Mais le travail de bénédictin de Paolo Greer remet en cause ce fait acquis.

Explorateur de la région de Cusco depuis des décennies, largement autodidacte mais connaissant les meilleures sources y compris celles issues des archives et des anciennes cartothèques, Paolo Greer a rassemblé un vaste corpus permettant de penser que le vrai découvreur fut l’Allemand Augusto R. Berns, prospecteur de mines, propriétaire d’une scierie vers le milieu du XIXe siècle à la hauteur du village actuel de Aguas Calientes et d’une vaste tenue de terre englobant le Machu Picchu. Il est donc logique de penser que la découverte du site par les Occidentaux remonte au moins à cette époque et par conséquent que la polémique – toujours actuelle – du retour au Pérou des pièces prêtées par Bingham à l’Université de Yale au début du XXe siècle masque le premier pilleur.

En effet, d’après les archives de Berns, on sait que ce dernier a été autorisé à exploiter une huaca inca soit un lieu sacré et, vu où était localisé sa propriété, il est très vraisemblable que ce fut le Machu Picchu. A l’époque, ces lieux sacrés étaient considérés comme des mines dans lesquelles le propriétaire pouvait fouiller à sa guise. Cette découverte – on dirait aujourd'hui ce pillage – dut avoir lieu à la fin des années 1860.

Une carte allemande de la région du Machu Picchu, datant de 1874 et signée Herman Göhring. © Collection Paolo Greer
Une carte allemande de la région du Machu Picchu, datant de 1874 et signée Herman Göhring. © Collection Paolo Greer

« La possible exception d'un prospecteur de mines... »

Paolo Greer a retrouvé un feuillet de 1887 dans lequel Berns promouvait une compagnie privée dont l’objectif était d’exploiter un lieu sacré inca et dans lequel il disait : « Durant mon séjour de quatre années dans ces territoires[…], j’ai été capable de trouver des constructions importantes dans la campagne et des structures souterraines qui ont été ensevelies sous des rochers, dont quelques-unes d’entre elles étaient sculptées et qui sans nul doute renferment des objets de grande valeur faisant partie des trésors des Incas ». Et, comme Paolo Greer a retrouvé trois cartes de la région dans les papiers de Berns, il est légitime de penser qu’il travaillait pour le moins autour du site du Machu Picchu.

D’ailleurs, le grand Hiram Bingham craignait d’avoir été devancé dans la découverte du site car dans son livre Inca Land, de 1922, ne lit-on pas : « à la possible exception d’un prospecteur de mines, personne à Cusco n’avait vu les ruines du Machu Picchu ou perçu leur importance ». Ce prospecteur était vraisemblablement Augusto R. Berns.

Aujourd'hui, notre groupe amical composé de Paolo Greer, Alex Chepstow-Lusty de l’Institut français des Etudes Andines, Carlos Carcelen, professeur d’histoire à l’université San Marcos, et moi-même [Alain Gioda, chercheur de l’IRD à Lima], traque encore des documents anciens de Augusto Berns dans les différentes archives du Pérou et d’ailleurs.


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