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La disparition de la civilisation nazca : une catastrophe écologique ?

Au sud du Pérou, avant les Incas, la civilisation nazca a brillé pendant un millénaire avant de s'éteindre brusquement. Une agriculture intensive a peut-être précipité cette disparition. Récemment, dans la même région, les paysans ont vécu un drame semblable mais ont su réagir... Alain Gioda, historien du climat et chercheur à l'IRD, nous explique cette hypothèse.

Les restes d'un canal d'irrigation construit par les Nazcas dans une région aujourd'hui désertique. © David Beresford-Jones Les restes d'un canal d'irrigation construit par les Nazcas dans une région aujourd'hui désertique. © David Beresford-Jones

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Peu de sites archéologiques ont inspiré autant d’histoires que ceux des lignes de Nazca au Pérou, survolées par une noria de petits avions emplis de touristes. Elles ont été dessinées par une grande civilisation indienne animée par les Nazcas ou Nascas qui fleurit lors du premier millénaire avant et après le Christ pour presque disparaître vers l’an 500.

Les Nazcas développèrent une agriculture intensive à partir de l’irrigation avec des canaux et des systèmes proches des foggaras (galeries drainantes sous les lits des rivières intermittentes dont il subsiste des parties fonctionnelles). Toutefois, ils pratiquèrent aussi une agroforesterie à grande échelle autour du caroubier américain, Prosopis sp. Appelé localement huarango ou algarrobo, cet arbre fixe remarquablement l’azote dans son système racinaire extrêmement développé. Les Nazcas en exploitèrent tous les usages : bois d’œuvre et de chauffe, baies pour les hommes, feuillage et gousses pour le cheptel. Or, en milieu hyperaride, de l’exploitation à la surexploitation il n’y a qu’un pas.

Prosopis sp., le caroubier américain, un arbre providentiel pour l'agriculture nazca mais dont les Nazcas eux-mêmes ont mal compris les effets sur l'environnement. (Cliquer sur l'image pour l'agrandir.) © David Beresford-Jones
Prosopis sp., le caroubier américain, un arbre providentiel pour l'agriculture nazca mais dont les Nazcas eux-mêmes ont mal compris les effets sur l'environnement. (Cliquer sur l'image pour l'agrandir.) © David Beresford-Jones

Les sols fragilisés face aux crues de El Niño

Dans un travail publié par Latin American Antiquity, David Beresford-Jones de l’Université de Cambridge et son équipe reconstituent une succession d’épisodes qui a pu conduire à l’effondrement de la civilisation des Nazcas.

A partir d’un environnement auparavant riche en espèces arborées, grâce à l’analyse du pollen, Alex Chepstow-Lusty, de l’Institut français des Etudes Andines, a prouvé la dégradation progressive des forêts de caroubiers par une agriculture intensive nazca basée sur le coton, le maïs et d’autres cultures. La taille indiscriminée des caroubiers n’a pu que favoriser l’extension spatiale d’un paysage ouvert où, ultérieurement, les grandes crues provoquées par des phénomènes El Niño exceptionnels ont pu s’épandre sans limites, ruinant ainsi les fondations de plus en plus sophistiquées de la civilisation agricole nazca.

A l’époque historique, pareille dégradation a pu se noter dans la région immédiatement au sud de Nazca, celle d’Atiquipa, où les mauvaises pratiques et notamment la taille indiscriminée d’une autre légumineuse arborée, la tara (Caesalpinia spinosa), comme le surpâturage, faillirent ruiner la communauté paysanne qui a repris son destin en main depuis une quinzaine d’années.

Références de l'article scientifique, présenté également sur Nature OnLine :

Beresford-Jones, D.G., Arce Torrés, S., Whaley, O.Q. and Chepstow-Lusty, A.J. The role of Prosopis sp. in ecological and landscape change in the Samaca Basin, South Coast Peru, from the Early Horizon to the Late Intermediate Period. Latin American Antiquity, 20 (2009): 303-332


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