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Claude Lévi-Strauss est mort, les tropiques sont tristes

L'ethnologue Claude Lévi-Strauss s'est éteint samedi, 31 octobre 2009, et a été inhumé dans l'intimité familiale lundi 2 novembre, avant que la nouvelle ne soit annoncée. Il avait cent ans.

Une tribu indienne isolée découverte en 2008 en Amazonie, qui n'entretient aucun contact avec notre civilisation. Un cas aujourd'hui rarissime, au point que l'on renonce en général à nouer le contact car il conduit le plus souvent à la disparition de la tribu. © FUNAI Une tribu indienne isolée découverte en 2008 en Amazonie, qui n'entretient aucun contact avec notre civilisation. Un cas aujourd'hui rarissime, au point que l'on renonce en général à nouer le contact car il conduit le plus souvent à la disparition de la tribu. © FUNAI

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Un déluge ininterrompu d'éloges envahit la presse aujourd'hui pour rendre hommage à l'œuvre de l'ethnologue Claude Lévi-Strauss, décédé dans sa cent-unième année. Ce philosophe devenu ethnologue a en effet éclairé d'un jour nouveau la vision des peuples du monde. Si même les inconditionnels de la culture occidentale hésitent aujourd'hui à parler de « primitifs », c'est un peu à Claude Lévi-Strauss qu'on le doit.

En 1938, un séjour au Brésil oriente sa carrière quand il découvre les tribus amazoniennes et mesure la richesse de leur culture. Il est également séduit par leur rapport à la nature, empreint de respect. Il exposera cette vision dans Tristes tropiques, un livre – trop vulgarisé, diront certains spécialistes de l'époque –, publié en 1955 et qui connaîtra un succès retentissant. On découvre alors en Claude Lévi-Strauss un écrivain au grand talent, qui le mènera à l'Académie française.

Toute sa vie, en tant que chercheur et professeur au Collège de France (jusqu'en 1982), il travaillera sur ces thèmes : celui des civilisations et des rapports entre elles mais aussi sur les rapports entre l'homme et la nature, une pensée qui s'intégrera plus tard dans l'écologie.


« Du fait même de sa densité actuelle, l'espèce humaine vit sous une sorte de régime d'empoisonnement interne. »

Diversité culturelle et biodiversité : toutes deux en péril

Après la pratique dans la jungle, c'est plutôt dans les bibliothèques qu'il mènera ses recherches, jusqu'à des concepts théoriques sur la nature humaine et la société. Son nom restera attaché, notamment, au structuralisme, un concept venu de la linguistique dont Claude Lévi-Strauss soutiendra l'utilisation en anthropologie. Un structuraliste considère que les éléments fondamentaux sont les relations entre les éléments (individus, groupes, cultures, mots, etc.) et non les éléments eux-mêmes.

Modeste, l'homme restera peu sensible aux honneurs. « Je n'ai pas le sentiment d'avoir moi, en tant que personne, exercer une influence. Après tout, il y a un certain nombre de livres ou d'idées qui sont passés à travers moi, mais dont j'ai été le support en quelque sorte anonyme. Je ne m'en attribue absolument pas la propriété ou la responsabilité » explique Claude Lévi-Strauss dans un entretien datant de 1988, pour la chaîne de télévision La Sept et GMT Productions.

Face au monde actuel et à son évolution, l'ethnologue n'était pas très optimiste et encore moins enthousiaste. Il expliquait récemment que l'ethnologie allait inévitablement changer, puisque la mondialisation a conduit, à quelques exceptions près, à ce qu'il n'existe plus de société indépendante du reste du monde. La diversité culturelle s'amenuise inexorablement. A l'avenir, les ethnologues seront souvent issus des civilisations dont ont fait partie leurs ancêtres. En Amérique du Sud, les Indiens étudieront les tribus amazoniennes comme les Européens travaillent encore sur les sociétés de la Grèce antique. Quant à notre rapport à la nature, il semble voué à rester dans une opposition destructrice.

Pourtant, ses écrits, même anciens, semblent aujourd'hui d'une étonnante modernité. Régulièrement réédités, les livres de Claude Lévi-Strauss méritent d'être lus ou relus. On retiendra par exemple Tristes tropiques bien sûr, mais aussi Race et histoire, publié en 1952, ou La pensée sauvage, en 1962.


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