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SEP : la sclérose en plaques

La sclérose en plaques (SEP) est une maladie auto-immune qui s'attaque au système nerveux central. Évoluant par poussées ou de façon progressive, la SEP se déclare chez de jeunes adultes et provoque de nombreux handicaps.

Page 7 / 8 - Sclérose en plaques : recherche et nouveaux traitements Sommaire
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Le professeur Christian Confavreux est neurologue à l'hôpital Pierre Wertheimer de Lyon. Spécialiste de la sclérose en plaques (SEP), il évoque l'actualité de la maladie au travers d'une interview réalisée par MC Jacquier.

Christian Confavreux est neurologue à l'hôpital Pierre Wertheimer de Lyon, spécialiste de la sclérose en plaques. © DR
Christian Confavreux est neurologue à l'hôpital Pierre Wertheimer de Lyon, spécialiste de la sclérose en plaques. © DR

MC Jacquier : Que sait-on des causes de la SEP ?

Christian Confavreux : La SEP est une maladie auto-immune, dans laquelle le système immunitaire se dérègle. Pourquoi ? Il n'existe pas de réponse unique, valable pour tous les malades. Le dérèglement peut être spontané ou dû à des infections. Une hypothèse est qu'un facteur de l'environnement conduit à la maladie. On a évoqué tel microbe ou tel autre (rougeole, Epstein-Barr...), mais aucun n'a fait la preuve de son implication. Il y a eu des débats sur le vaccin anti-hépatite B ou les amalgames dentaires.

Ce sont de mauvais débats, ils sont résolus. Dès qu'un nouveau facteur de l'environnement apparaît, il est suspecté de provoquer la SEP... Avec le nouveau vaccin contre les papillomavirus, on a vu apparaître des cas de SEP ; on va retomber dans les mêmes polémiques. Je pense qu'il n'y a pas d'agent infectieux responsable de la SEP, que ce ne sont pas les mêmes d'un sujet à un autre. Par ailleurs, la répartition géographique de la maladie est inégale dans le monde : la SEP est plus fréquente dans les parties tempérées des deux hémisphères que dans les régions chaudes équatoriales. Les régions tempérées sont moins exposées au soleil. Le rôle de la vitamine D et de l'exposition aux UV a été évoqué, mais rien n'a été prouvé. Enfin, on observe des choses surprenantes concernant le ratio hommes/femmes.

Au fil du temps, la proportion de femmes touchées augmente : aujourd'hui, il y a 3 femmes touchées pour un homme ; il y a 50 ans, il y avait autant d'hommes que de femmes !

MC. J : Quelles sont les perspectives concernant le diagnostic ? Pourrait-on un jour détecter des marqueurs biologiques dans le sang ?

C C : Ce serait plus simple si on disposait de marqueurs biologiques ! Mais il n'existe pas de test diagnostic spécifique à la SEP. L'examen neurologique est déterminant, car on peut trouver d'autres causes aux symptômes du patient. Le diagnostic actuel se base sur plusieurs éléments : l'interrogatoire et l'examen du patient, l'IRM et la ponction lombaire. Dans certains pays, comme les États-Unis, la ponction lombaire n'est plus réalisée, mais 5 à 10 % des patients traités pour une SEP n'ont pas de SEP ! Il existe des erreurs de diagnostic, car ce diagnostic est difficile.

MC. J : Quelles sont les nouveautés en matière de traitements ?

C C : Depuis 1993, les interférons sont arrivés. Ils diminuent de 30 % la fréquence des poussées. Ces produits sont inoffensifs à long terme. Depuis 7 ou 8 ans, nous disposons aussi de la copaxone, qui a la même efficacité.

Elle n'a pas d'effets indésirables mais nécessite une piqûre tous les jours. Les interférons et la copaxone font partie des traitements de première ligne. Aujourd'hui, nous avons un nouveau médicament, le natalizumab, qui est très prometteur. C'est un anticorps monoclonal dirigé contre une molécule d'adhésion des lymphocytes.

Il bloque les lymphocytes dangereux pour le cerveau. Cela marche très bien et diminue la fréquence des poussées de plus de 60 % ! Il est bien supporté, avec une perfusion par mois. Le problème est que des cas d'encéphalites sont apparus. Ces encéphalites sont dues à un virus que nous hébergeons tous. Avec le natalizumab, les lymphocytes ne contrôlent plus ce virus. Le produit bloque l'entrée de tous les lymphocytes dans le cerveau, les bons et les mauvais... Donc l'emploi de ce produit est très encadré. On ne le propose pas à tous les patients en premier traitement. Peut-être qu'un jour nous aurons des antiviraux contre l'encéphalite...

Enfin, il existe des médicaments de troisième ligne : il s'agit d'une sorte de chimiothérapie, mais elle présente des risques, on ne peut pas la proposer à tous les malades. Globalement, les traitements actuels permettent de contrôler de mieux en mieux les poussées. Mais ils agissent peu sur le handicap.

MC. J : Quelles sont les perspectives de recherche concernant les traitements ?

C C : La recherche est très active, des dizaines d'essais thérapeutiques sont en cours. D'abord, deux immunosuppresseurs en comprimés sont en fin d'essais. Pour l'instant, on ignore si leur efficacité sera supérieure à celle des interférons et quelle sera leur toxicité. Les résultats sont attendus pour cette année.

Ensuite, il y a les biothérapies utilisant les anticorps monoclonaux, avec toute une série de produits dirigés contre les lymphocytes. Ces traitements suppriment les poussées mais présentent des risques. D'autres voies qui ne bloqueraient pas tout le système immunitaire sont à l'étude. Ces travaux visent à agir uniquement sur les lymphocytes qui reconnaissent la myéline. Enfin, il reste la possibilité des cellules souches. Le problème est qu'en introduisant des cellules dans le cerveau, celles-ci pourraient se multiplier et provoquer des cancers.

L'idée est brillante mais nous ne sommes pas arrivés au stade des applications. Dans le cas de la SEP, les lésions sont multiples et disséminées ; il faudrait traiter l'ensemble du système nerveux ! Les cellules souches implantées dans un malade ne pourront peut-être pas faire le travail qu'on leur demande...

Propos recueillis par MC Jacquier le 5 février 2009.

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