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Dopage : la traque aux molécules dopantes

Il est courant de pratiquer une activité sportive, porteuse de valeurs positives comme le respect ou l'esprit d'équipe. Des vertus qui peuvent parfois être entachées par le dopage. Quels sont les produits utilisés ? Comment les détecter ? Des réponses que vous trouverez au fil des pages de ce dossier.   

Page 4 / 14 - Quels sont les produits dopants les plus utilisés ? Sommaire
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Jean-Luc Veuthey Vice-Recteur de l’Université de Genève

Dans le dopage, certaines drogues sont plus souvent utilisées que d'autres : ce sont les drogues récréatives et les stéroïdes anabolisants.

Les drogues récréatives

Les substances les plus fréquemment décelées lors des contrôles sont les drogues récréatives, utilisées pour leur effet désinhibant et psychotrope (« qui agit, qui donne une direction (trope) à l’esprit ou au comportement (psycho) ») : ils agissent sur le système nerveux central. Le football fait généralement l’objet d’une politique antidopage sévère. Or, un nombre relativement important de jeunes joueurs de 17 à 19 ans a été à ce jour contrôlé positif aux drogues récréatives, à croire qu’ils n’avaient pas conscience du risque qu’ils encouraient.

Toutes les drogues récréatives, qu’elles soient d’origine naturelle ou synthétique, sont interdites (hors et en compétition). Quelles sont les plus couramment consommées ? Les amphétamines sont des substances psychotropes aux effets psychostimulants et anorexigènes (coupe-faim). Leurs structures dérivent de la phényléthylamine, molécule synthétisée pour la première fois par le chimiste roumain Lazar Edeleanu, en 1887 à l’université de Berlin.

Les amphétamines ont des structures chimiques dérivées de la phényléthylamine (structure sur la figure). © DR
Les amphétamines ont des structures chimiques dérivées de la phényléthylamine (structure sur la figure). © DR

Mais elle ne suscita un réel intérêt que plusieurs années après, au moment où l’on cherchait une substance bronchodilatatrice en substitution à l’adrénaline, qu’il était impossible d’administrer par voie orale. En 1920, un chercheur de la compagnie pharmaceutique Lilly découvrit qu’un extrait de plante Ephedra vulgaris avait cet effet ; il en isola le principe actif, qu’il nomma « éphédrine » ; sa structure était proche de celle de l’adrénaline (voir le Chapitre de C.-Y. Gezennec), mais comportait l’avantage de ne pas se dégrader au cours de la digestion. Cependant, la plante étant rare, l’extraction de l’éphédrine était coûteuse. En 1927, Gordon Alles, de l’université de Los Angeles, réussit la synthèse chimique d’un produit proche, qu’il appela amphétamine. Cette dernière fut rapidement diffusée sous forme d’inhalateurs et utilisée à différentes fins, notamment par les étudiants qui appréciaient de pouvoir se passer de sommeil en période d’examens. Suite à la mort de Tom Simpson lors du Tour de France de 1967, les amphétamines firent l’objet d’un contrôle plus sévère en Europe et aux États-Unis dans les années 1970, et elles furent répertoriées dans la liste des substances interdites par la Convention sur les substances psychotropes de 1971.

La cocaïne est un puissant stimulant de la famille des alcaloïdes, extrait de la coca. © DR
La cocaïne est un puissant stimulant de la famille des alcaloïdes, extrait de la coca. © DR

La feuille de coca était utilisée de très longue date par les Indiens des Andes qui la mâchaient ou la consommaient en infusion pour les aider à résister à la fatigue et à l’altitude. Un spécimen fut rapporté en Europe par l’apothicaire Laurent de Jussieu en 1750, puis en 1855, le chimiste allemand Friedrich Gaedcke obtint, en réduisant des feuilles de coca, des cristaux d’une substance qu’il nomma erythroxyline. C’est en 1860 que le chimiste Albert Niemann décrivit l’action anesthésique de cette molécule, dont la structure fut élucidée par Wilhem Lossen en 1865. Ses propriétés psychotropes furent ensuite démontrées sur un modèle animal par le physiologiste Wassili von Anrep, en 1879.
La cocaïne était largement employée en ophtalmologie en tant qu’anesthésique local ou dans le traitement de maladies respiratoires. Devenue populaire, elle fut introduite dans des cigarettes et divers produits de consommation tels que des chewing-gums, du vin (le vin Mariani), et, pendant une courte période, d’autres boissons comme le Coca-Cola.

Né en 1887, le Coca-Cola tire son nom de sa première composition : la feuille de coca et la noix de kola. Après 1910, l’extrait de feuille de coca a été retiré de la composition de ce soda. © DR
Né en 1887, le Coca-Cola tire son nom de sa première composition : la feuille de coca et la noix de kola. Après 1910, l’extrait de feuille de coca a été retiré de la composition de ce soda. © DR

L’apparition de nombreux cas de dépendance et d’intoxication conduisit à une interdiction de son usage non-médical, avec la convention sur les stupéfiants de 1961 convoquée par l’ONU,portant sur la coca, l’opium et le cannabis. D’un point de vue pharmacologique, la cocaïne agit sur le système nerveux central en bloquant la recapture de la dopamine.

Les stéroïdes anabolisants

Les stéroïdes anabolisants constituent une classe d’hormones similaires à la testostérone, hormone sexuelle mâle humaine. Ils agissent sur la synthèse des protéines dans les cellules, entraînant une augmentation de tissus cellulaires, en particulier dans les muscles. Ainsi, des molécules telles que le stanozolol, le danazol, la nandrolone ou l’anadrol augmentent efficacement la performance musculaire ; elles stimulent également l’agressivité et aident à la récupération.

Ces substances, que l’on ne se procure que sur ordonnance pour des besoins médicaux, sont malgré tout utilisées par des sportifs à des fins de dopage, et l’ont surtout été dans les années 1970-1980. Aujourd’hui, il est relativement aisé de s’en procurer par Internet. Des cas de contrôles positifs aux stéroïdes anabolisants ont été relevés ces dernières années dans le milieu du football : certains joueurs en ont consommés, consciemment ou non, lors de prises de compléments alimentaires pouvant être contaminés par des substances interdites.

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