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Dopage : la traque aux molécules dopantes

Il est courant de pratiquer une activité sportive, porteuse de valeurs positives comme le respect ou l'esprit d'équipe. Des vertus qui peuvent parfois être entachées par le dopage. Quels sont les produits utilisés ? Comment les détecter ? Des réponses que vous trouverez au fil des pages de ce dossier.   

Page 2 / 14 - Histoire du dopage, un phénomène de société Sommaire
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Jean-Luc Veuthey Vice-Recteur de l’Université de Genève

Le dopage est une pratique très ancienne : dès l’Antiquité, des manuscrits faisaient état de ce comportement, notamment chez les guerriers.

Ceux d’Alexandre le Grand cherchaient à augmenter leurs capacités, mais également à diminuer leur peur…même chez les guerriers aguerris qu’ils étaient ! D’ailleurs, le mot « dopage » vient sans doute du néerlandais « dop », qui désigne une boisson alcoolisée à base de peaux de raisin que les guerriers zoulous, en Afrique, consommaient pour augmenter leurs prouesses au combat.

Le Tour de France n'échappe pas au dopage, et ce, depuis les toutes premières courses, à la fin du XIXe siècle. © DR
Le Tour de France n'échappe pas au dopage, et ce, depuis les toutes premières courses, à la fin du XIXe siècle. © DR

Dès le VIe siècle avant J.-C., les Jeux olympiques furent l’occasion de prises de produits dopants par certains athlètes grecs, comme le racontent également des manuscrits de l’époque. Ces produits provenaient principalement d’extraits de substances animales, le plus souvent de taureau ou d’autres animaux démontrant une grande virilité ; des sauteurs se nourrissaient de viande de chèvre pour « bondir » plus haut… Des molécules extraites de plantes étaient aussi utilisées, telles la strychnine, la caféine ou la cocaïne.

Pendant toute la période s’étalant du Moyen Âge à la Renaissance, le sport ne fut quasiment pas véhiculé. Il fallut attendre la fin du XIXe siècle pour que les compétitions sportives se développent avec une forte médiatisation. Avec comme événements sportifs importants les Jeux olympiques et les premières courses cyclistes – comme ce Paris-Roubaix du XIXe siècle qui vit le décès d’un cycliste dû au dopage.

De tout temps, l’homme a ainsi essayé d’améliorer ses performances, de surpasser ses adversaires, que ce soit par ses capacités propres ou en essayant d’utiliser des moyens « moins propres », autres qu’un entraînement régulier et un travail physique acharné.

Après la Seconde Guerre mondiale, la télévision et les journaux prirent une importance considérable dans la société. Un évènement choc, à l’origine de débats sur le sport, fut la mort en direct de Tom Simpson, en 1967, lors du très médiatisé Tour de France. Ce drame eut un impact majeur sur la politique antidopage qui commença alors à se mettre en place.

En 1967, le champion du monde de cyclisme Tom Simpson meurt en pleine ascension du col du Ventoux. © DP
En 1967, le champion du monde de cyclisme Tom Simpson meurt en pleine ascension du col du Ventoux. © DP

Elle se concrétisa dès 1968 avec les premiers contrôles, officialisés par le Comité international olympique (CIO) et pratiqués au cours des Jeux olympiques d’hiver à Grenoble et ceux d’été à Mexico. Par la suite, de nombreux cas de dopage décelés à l’occasion de Jeux olympiques aboutirent à des retraits de médailles. L’un des plus célèbres est celui de l’athlète canadien Ben Johnson, champion du 100 m, testé positif au stanozolol, un stéroïde anabolisant, aux Jeux olympiques de Séoul, en 1988. Le cyclisme est également touché par le fléau ; on se souvient de l’affaire Festina en 1998 où toute l’équipe fut incriminée dans la prise d’EPO.

Le dopage a donc une longue histoire derrière lui et s’est propagé au point de devenir un phénomène de société, suscitant beaucoup d’intérêt auprès du public qui suit les événements sportifs. Relayés par les médias, les cas de dopage lors des compétitions font toujours sensation, mais l’on oublie qu’ils ne concernent pas seulement les sportifs. Alessandro Donati, directeur du Centre de recherche sur la méthodologie de l’entraînement, au Comité national olympique italien, a récemment décrit les cinq catégories de consommateurs de produits dopants : les sportifs, les culturistes, les militaires, les artistes et « les autres ». Plus de 30 millions de personnes dans le monde consommeraient ainsi des produits dopants de toutes catégories, induisant un marché clandestin, le plus souvent dirigé par des organismes mafieux. « Il faut donc traiter le problème du dopage comme le trafic de drogues », déclare-t-il. C’est un véritable problème de santé publique.

Outre les sportifs, les plus grands consommateurs déclarés, ou en tout cas prouvés, sont les militaires, et ce, depuis l’Antiquité, comme nous l’évoquions précédemment. Un grand nombre de produits dopants ont été testés durant divers conflits, que ce soit pour augmenter la vigilance et éviter l'endormissement, ou encore pour diminuer la peur et augmenter l’agressivité.

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