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Pourquoi aime-t-on la musique ?

Pour les spécialistes de l’évolution, la musique est un véritable casse-tête : pourquoi notre espèce consacre-t-elle beaucoup de temps et d’énergie à cette activité qui apparemment n’a aucun but concret ?

Page 7 / 9 - Les effets de la musique sur le corps et sur l’esprit Sommaire
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Silvia Bencivelli Journaliste scientifique

Certains affirment que la musique aurait l’importante fonction de nous rendre plus intelligents. Et bien, sachez que qui a essayé de démontrer le prétendu « effet Mozart » a été submergé de critiques et de contre-exemples, parfois au ton moqueur.

Cependant, si on étudie les effets de la musique sur le corps, on découvre qu’en effet la musique fait du bien, comme le prouvent plusieurs études scientifiques. S’allonger sur un divan et écouter de la musique agréable améliore la circulation, en réduisant la pression artérielle. On pourrait objecter ici que se détendre sur un divan en lisant un livre intéressant, ou faire n’importe quoi d’autre d’agréable sur un divan pourrait avoir le même effet. Toutefois, l’effet musique a fait l’objet de recherches « pures », effectuées à l’aide de souris de laboratoire et conçues spécialement pour tenter de découvrir si ces effets ont des fondements physiologiques indépendamment de l’agrément du stimulus, ou du confort du divan.

Du Mozart contre l'hypertension artérielle

Pour expliquer pourquoi la musique est en mesure de réduire l’hypertension artérielle, les neuroscientifiques Den’etsu Sutoo et Kayo Akiyama, de l’université de Tsukuba au Japon, ont observé un groupe de souris souffrant d’hypertension aux prises avec l’adagio du Divertissement n° 7 en ré majeur de Mozart.

Écouter Mozart permettrait de réduire l'hypertension artérielle. © DR
Écouter Mozart permettrait de réduire l'hypertension artérielle. © DR

Les petites bêtes étaient logées dans l’animalerie du laboratoire, bien soignées et bien nourries. On leur avait ensuite implanté une canule dans le ventricule cérébral latéral, pour pouvoir mesurer le niveau de certaines substances à cet endroit. Un examen médical attentif avait été effectué, et on avait surtout mesuré la pression artérielle, à l’aide d’un tout petit sphygmomanomètre inventé exprès pour les souris et doté d’un brassard placé sur la queue. Les chercheurs japonais ont ainsi vérifié que l’écoute de musique augmente la quantité de calcium acheminée vers le cerveau. Cela active la production de dopamine, qui à son tour inhibe l’activité du système nerveux sympathique (l’un des composants du système nerveux autonome), réduisant ainsi la pression artérielle.

En résumé, à travers la dopamine, Mozart garantit aux souris une meilleure santé cardiovasculaire et donc, vraisemblablement, une plus grande espérance de vie. Mais l’étude ne nous dit pas si grâce à la libération de dopamine, les souris trouvent la musique de Mozart agréable, ou si l’effet observé est lié seulement à la distraction, à l’émotion, ou aux deux, ou si au contraire il s’agit d’un effet de la musique indépendant de l’auditeur.

La recherche menée par les deux japonais peut sembler étrange, parce que les souris dans leur milieu naturel n’écoutent pas de musique. Elles ne sont d’ailleurs probablement pas très heureuses d’en écouter dans un laboratoire, une canule enfilée dans le cerveau et un sphygmomanomètre autour de la queue : savoir qu’écouter de la musique augmente la longévité des souris n’est peut-être pas fondamental pour tout le monde, souris comprises. Cependant, expliquent les auteurs, l’expérience visait à savoir si et pourquoi certains stimuli sonores sont bénéfiques tant aux souris qu’aux hommes, ces derniers ayant la faculté de choisir ou non d’écouter de la musique.

La musicothérapie, une éventualité ?

Maintenant qu’une partie du mécanisme a été élucidée et que le rôle de la dopamine a été mis en évidence, concluent les chercheurs de Tsukuba, il est possible d’envisager l’emploi de la musique pour corriger certains symptômes des maladies liées à cette hormone, comme la maladie de Parkinson. On peut ainsi imaginer une introduction de la musique dans le cadre des thérapies indiquées pour cette maladie, en ayant conscience d’agir sur certains mécanismes spécifiques du cerveau et non sur la base d’observations empiriques.

Si l’on admet que la musique peut avoir un effet clinique sur la pression artérielle, chose maintes fois observée, d’autres pathologies médicales pourraient tirer profit de l’écoute, et encore plus de la production de musique, comme l’épilepsie, la démence sénile et certains dysfonctionnements du système cardiovasculaire.

Un groupe de chercheurs italiens et anglais a étudié les effets du rythme et de la structure mélodique sur la respiration et sur certains paramètres de la fonction circulatoire. La rapidité de la musique influence notre physiologie. En particulier, l’écoute accélère la respiration et fait augmenter la pression et le rythme cardiaque de façon proportionnelle au rythme de la musique et à sa complexité : plus une musique est rapide, plus ces paramètres s’élèvent, probablement à cause d’un effet de stimulation du système sympathique.

Pour le cerveau, la musique de Beethoven et le raga se ressemblent... © DR
Pour le cerveau, la musique de Beethoven et le raga se ressemblent... © DR

L’effet ne dépend pas du genre musical ou des goûts de l’auditeur. La preuve en a été apportée en comparant de la musique indienne raga, interprétée au sitar, un morceau de rap des Red Hot Chili Peppers, l’Adagio de la Neuvième Symphonie de Beethoven, une pièce dodécaphonique de Anton Webern, de la musique techno de Gigi d’Agostino et le Presto de l’Eté de Vivaldi. Tous les morceaux rapides (le Presto de Vivaldi, le rap des Red Hot Chili Peppers et la techno) augmentaient le rythme cardiaque et le rythme respiratoire de façon similaire. Pour le cerveau, Vivaldi et la techno ne sont pas si éloignés, alors que l’Adagio de Beethoven, et encore plus le raga, avaient l’effet inverse : cela démontrerait entre autres que ce n’est pas le style musical qui a des effets biologiques, mais le rythme.

Didgeridoo © Nick Carlson, Creative Commons
Didgeridoo © Nick Carlson, Creative Commons

Le didgeridoo contre le ronflement

Pour finir, une équipe de chercheurs suisses a publié un article dans le British Medical Journal affirmant que jouer d’un instrument à vent améliore le contrôle de la respiration.

Cela n’est pas dû à une action sur le psychisme ou sur le rythme des actes respiratoires, mais sur la force et la coordination des muscles des voies respiratoires supérieures. Jouer d’un instrument à vent pourrait donc être utile pour arrêter de ronfler.

Mais attention, tous les instruments ne sont pas appropriés : dans ce cas précis, les chercheurs préconisent le didgeridoo, un instrument traditionnel des aborigènes australiens, fait d’une branche d’eucalyptus creusée par des termites, d’une longueur pouvant atteindre quatre mètres et d’une largeur passant de trois centimètres à l’embouchure à trente à son autre extrémité. Le didgeridoo n’a pas de trous pour les doigts, il émet donc un son très profond et continu, qui peut être modulé en remuant les lèvres, les joues et la langue comme pour prononcer des voyelles.

Comme la pratique du didgeridoo requiert un souffle ininterrompu, – on inspire par le nez en continuant à expirer par la bouche –, l’exercice permettrait au patient de renforcer ses muscles respiratoires avec pour résultat des nuits plus tranquilles pour son partenaire. La posologie : une heure de didgeridoo pendant quatre mois, si vos voisins vous le permettent.

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