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Comment le vin rouge peut vous faire vivre plus longtemps ?

Contenu dans la peau des raisins, le vin rouge et d’autres produits végétaux, le resvératrol est connu pour allonger l’espérance de vie chez certains modèles animaux. Ses mécanismes d’action restent encore méconnus, mais au schéma classique passant par le gène Sirt1 et les sirtuines, des chercheurs ajoutent l’implication de l’enzyme AMPK. En comprenant mieux son activité, les chercheurs espèrent développer un médicament.

Le vin rouge contient du resvératrol, on suppose que c'est cette molécule qui est associée aux quelques bénéfices observés chez les gens qui boivent régulièrement de faibles doses de cet alcool. Mais tous les avantages du polyphénol ne passeraient pas forcément par le gène Sirt1, puisqu'il a été remarqué que les effets positifs constatés au niveau hépatique et sur le contrôle de la glycémie. © André Karwath, Wikipédia, cc by sa 3.0 Le vin rouge contient du resvératrol, on suppose que c'est cette molécule qui est associée aux quelques bénéfices observés chez les gens qui boivent régulièrement de faibles doses de cet alcool. Mais tous les avantages du polyphénol ne passeraient pas forcément par le gène Sirt1, puisqu'il a été remarqué que les effets positifs constatés au niveau hépatique et sur le contrôle de la glycémie. © André Karwath, Wikipédia, cc by sa 3.0

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On cherche toujours la fontaine de jouvence. Le resvératrol pourrait bien en être une. Une nouvelle étude, publiée dans Cell Metabolism, vient de faire la lumière sur de nouveaux éléments de son action, et confirme qu’il favorise l’activité mitochondriale, le fournisseur d’énergie de la cellule. Mais son rôle ne serait qu’indirect : il activerait finalement l’AMPK (AMP-activated protein kinase), une enzyme impliquée dans le métabolisme énergétique.

Le resvératrol, trouvé dans des fruits, notamment dans le raisin et son dérivé, le vin rouge, est connu pour allonger la durée de vie de levures, de vers et de mouches. Des recherches ont montré qu’il activait dans un premier temps le gène Sirt1, stimulant les mitochondries, à l’origine de protéines de la famille des sirtuines. Chez des rongeurs, ce gène les protège des effets néfastes d’un régime hyperlipidique (meilleur contrôle de la glycémie par exemple). Mais pour l’heure, aucune étude n’a pu évaluer les effets d’une absence de Sirt1 chez des mammifères, les souris génétiquement modifiées mises au point mourant avant même leur naissance.

Le resvératrol au début, l’AMPK à l’arrivée

Des chercheurs d’Harvard, dirigés par David Sinclair, ont enfin surmonté l’obstacle en créant des rongeurs qui n’expriment plus Sirt1 lorsqu’on leur injecte un médicament, le Tamoxiflène, principalement utilisé contre le cancer du sein. Un modèle qui pourra devenir l’objet de nombreuses recherches. David Sinclair constate qu’il leur a fallu deux semaines pour réussir l’expérience chez les levures, et cinq ans chez les souris…

Pour la première fois, les scientifiques sont parvenus à créer des souches de souris capables de ne pas exprimer le gène Sirt1 sans mourir. Ainsi, les recherches portant sur le rôle précis de ce gène devraient prendre un autre tournant, car les scientifiques se limitaient aux modèles invertébrés. © Rama, Licence Creative Commons
Pour la première fois, les scientifiques sont parvenus à créer des souches de souris capables de ne pas exprimer le gène Sirt1 sans mourir. Ainsi, les recherches portant sur le rôle précis de ce gène devraient prendre un autre tournant, car les scientifiques se limitaient aux modèles invertébrés. © Rama, Licence Creative Commons

Les chercheurs ont alors pu focaliser leur attention sur les mécanismes du resvératrol chez leurs rongeurs, et confronter différentes théories. L’une d’entre elles considère par exemple que le polyphénol n’a aucun effet sur Sirt1, mais agit directement au niveau de l’AMPK.

De faibles doses de resvératrol ont été injectées chez des souris cobayes. Celles privées de Sirt1 ne présentaient aucun changement dans le métabolisme mitochondrial, ni même dans les concentrations en AMPK. À l’inverse, les souris exprimant le gène connaissent une amélioration dans leur métabolisme énergétique, qui est corrélé à une augmentation de la concentration en AMPK, mais uniquement dans les cellules exprimant des sirtuines, le fruit de l’activité de Sirt1.

Des médicaments stimulant l’expression de Sirt1 en cours d’essai

Ce travail plaide donc plutôt pour une réaction en cascade : l’activation de Sirt1 par le resvératrol induit une synthèse de sirtuines qui, à leur tour, favorisent l’AMPK, modulateur du métabolisme énergétique de la cellule. À hautes doses, le resvératrol a des effets indésirables, même si cela se caractérise, pour toutes les souris, par une hausse de la quantité en AMPK. Les cellules deviennent alors plus vulnérables à une mort prématurée et sont sujettes à une mauvaise utilisation des carburants énergétiques.

Voilà qui précise un peu l’action du resvératrol et le rôle de Sirt1 dans l’allongement de la durée de vie. Une firme pharmaceutique teste actuellement une molécule qui active le gène, afin de lutter contre le diabète de type 2 et d’autres maladies liées à l’âge. Mais il reste encore de nombreux points à éclaircir avant d’espérer extraire tout le potentiel du resvératrol et bénéficier d’une pilule de jouvence, qui relève plutôt du mythe que de la réalité à l’heure actuelle. Et rappelons au passage que le vin rouge, bien que procurant quelques bénéfices pour la santé par l'intermédiaire du resvératrol, doit être consommé avec modération.


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