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Tabac : un vaccin antinicotinique pour arrêter de fumer, en phase de test

Des nanoparticules entièrement synthétiques stimulent une réponse immunitaire contre la nicotine, et les anticorps empêchent alors la molécule issue du tabac d’atteindre le cerveau, là ou elle est active. Ce vaccin est actuellement en première phase d’essai clinique, les premiers résultats devraient être publiés durant l’été. Si tout se passe bien…

La nicotine seule ne suffit pas à créer la dépendance au tabac, mais doit être associée à d'autres molécules. Pour décrocher, suffit-il de bloquer son activité ? Si l'effet n'est pas garanti, un tel vaccin devrait cependant éviter les effets secondaires désagréables d'autres médicaments antitabac comme le Champix. © Tomasz Sienicki, Wikipédia, cc by sa 3.0 La nicotine seule ne suffit pas à créer la dépendance au tabac, mais doit être associée à d'autres molécules. Pour décrocher, suffit-il de bloquer son activité ? Si l'effet n'est pas garanti, un tel vaccin devrait cependant éviter les effets secondaires désagréables d'autres médicaments antitabac comme le Champix. © Tomasz Sienicki, Wikipédia, cc by sa 3.0

Tabac : un vaccin antinicotinique pour arrêter de fumer, en phase de test - 2 Photos

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C’est déjà une première. L’entreprise Selecta Biosciences, basée à Boston (États-Unis) vient de développer un vaccin, nommé SEL-068, qui cible la nicotine à l’aide de nanoparticules de synthèse, en cours d’essai clinique chez l’Homme. Jamais, auparavant, un tel produit conçu avec des antigènes entièrement artificiels n’avait été testé sur l’espèce humaine.

Le procédé, mis au point par des chercheurs de l’université d’Harvard et du Massachusetts Institute of Technology (MIT), fait appel à des particules invisibles à l’œil nu, injectées dans le corps du patient. Elles ont été créées de manière à stimuler une réponse du système immunitaire de l’organisme contre la molécule de nicotine. Cela passe par l’intermédiaire d’anticorps, des molécules capables de reconnaître et de se lier spécifiquement avec ces nanoparticules, et donc avec la nicotine.

Grâce à la mémoire immunitaire, ces anticorps vont se retrouver durablement dans la circulation. Lorsque le fumeur inhale le tabac, la nicotine se retrouve rapidement dans le sang avant de rejoindre le cerveau, là où elle est active. Mais elle va être reconnue par les molécules du système immunitaire. Le complexe moléculaire ainsi formé sera trop imposant pour traverser la barrière hématoencéphalique, une ligne de défense du cerveau qui le préserve d’une infection ou de certaines molécules. Ainsi prisonnière, la nicotine, impliquée dans la dépendance tabagique, ne peut plus exercer sa fonction.

En plus du vaccin antitabac, Selecta Biosciences prépare des vaccins similaires pour d'autres maladies non virales ou bactériennes, comme le cancer, le paludisme, le diabète ou le rejet de greffe. L'efficacité pourrait durer plusieurs années et le produit pourrait être plus facile à produire que les vaccins classiques. © Pascal Dolémieux, Sanofi Pasteur, Flickr, cc by nc nd 2.0
En plus du vaccin antitabac, Selecta Biosciences prépare des vaccins similaires pour d'autres maladies non virales ou bactériennes, comme le cancer, le paludisme, le diabète ou le rejet de greffe. L'efficacité pourrait durer plusieurs années et le produit pourrait être plus facile à produire que les vaccins classiques. © Pascal Dolémieux, Sanofi Pasteur, Flickr, cc by nc nd 2.0

Un vaccin pour arrêter de fumer est-il crédible ?

Ce vaccin diffère des traitements de sevrage tabagique classiques, comme les patchs ou les gommes à mâcher, car ceux-ci délivrent des doses de nicotine de plus en plus faibles pour préparer le corps à s’en détacher définitivement, avec un succès modéré. SEL-068 permet de stopper net les effets de la molécule active.

Cependant, Peter Keller, le vice-président de Selecta, reconnaît que la technique pourrait avoir ses limites. En effet, si un fumeur enchaîne les cigarettes, les anticorps pourraient tous être mobilisés et la nicotine libre coloniserait les récepteurs qui lui confèrent son activité.

Les résultats de la première phase du test clinique, qui vise à s’assurer de l’innocuité du vaccin pour l’Homme, sont espérés pour cet été. Si les nanoparticules sont bien tolérées, les investigations et les tests se poursuivront pour vérifier ensuite l’efficacité du SEL-068 pour arrêter de fumer. Il y a déjà eu un précédent : un autre vaccin antinicotinique, NicVAX, a atteint la troisième et ultime phase du test clinique avant la mise sur le marché. Mais il a failli, les personnes traitées ne décrochant pas plus du tabac que celles soumises à un placébo. SEL-068 fera-t-il mieux que son prédécesseur ?


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