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Le substitut du bisphénol A est lui aussi un perturbateur endocrinien

On connaît de plus en plus les effets nocifs du bisphénol A sur la santé humaine. Son remplaçant, le bisphénol S, perturberait également les systèmes hormonaux et serait de ce fait lui aussi un perturbateur endocrinien. Sommes-nous en train de remplacer une substance toxique par une autre ?

Le bisphénol S remplace le bisphénol A notamment dans l'encre utilisée pour imprimer les tickets de caisse. En les prenant en main, on risque d'en garder des traces sur le bout des doigts et de les ingérer dès qu'on les met à la bouche. Le composé semble agir à des concentrations très faibles, de l'ordre de la femtomole par litre (10-15 M, mole par litre). © Michiel1972, Wikipédia, cc by sa 3.0 Le bisphénol S remplace le bisphénol A notamment dans l'encre utilisée pour imprimer les tickets de caisse. En les prenant en main, on risque d'en garder des traces sur le bout des doigts et de les ingérer dès qu'on les met à la bouche. Le composé semble agir à des concentrations très faibles, de l'ordre de la femtomole par litre (10-15 M, mole par litre). © Michiel1972, Wikipédia, cc by sa 3.0

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L’âge d’or du bisphénol A (BPA) est terminé. Alors que cette résine entrait fréquemment dans la composition de nombreux plastiques, comme celui des bouteilles, des canettes, des boîtes de conserve ou de l'encre des tickets de caisse, des études scientifiques ont démontré sa toxicité pour différents organes. Face à ces dangers, les agences sanitaires ont commencé à réagir. L’Union européenne et les États-Unis l’ont interdit dans les biberons, tandis que la France vient de voter l’interdiction définitive du BPA dans les contenants alimentaires à partir de 2015.

Cependant, l’industrie plastique a besoin de lui trouver un remplaçant. Le bisphénol S (BPS), doté de propriétés semblables, joue ce rôle depuis quelques années maintenant. Ce composé se généralise dans les contenants alimentaires, à tel point qu’une étude parue en 2012 a révélé que les concentrations de BPS contenues dans les urines d’individus de différents pays du monde étaient en augmentation.

Pourtant, les études des effets de cette molécule sur la santé humaine sont encore quasiment inexistantes, même si, dès 1936, les premiers signes d'alerte avaient été lancés dans Nature. Si le BPS est proche du BPA, a-t-on des raisons de s’inquiéter ? Des biologistes de l’université du Texas (Galveston, États-Unis) viennent de montrer qu’in vitro, le BPS agit comme un perturbateur endocrinien, exactement comme son prédécesseur.

Les bisphénols A et S ont une structure chimique assez proche, comme le montre ces représentations simplifiées. © DR
Les bisphénols A et S ont une structure chimique assez proche, comme le montre ces représentations simplifiées. © DR

Le bisphénol S active les récepteurs aux œstrogènes

Le but de cette recherche était de voir les conséquences de l’absorption de ce composé, même en très faibles proportions, sur les voies cellulaires impliquant les récepteurs aux œstrogènes des membranes plasmiques. Ainsi, si une activité particulière est observée en l’absence d’œstrogènes, cela signifie que le BPS active les récepteurs de l’hormone sexuelle féminine et risque d’altérer de nombreuses fonctions physiologiques.

Les principales voies biochimiques normalement stimulées dans les cellules en présence d’œstrogènes ont été suivies de près. L’une d’elles implique la protéine ERK, en lien avec la croissance des cellules. Une deuxième concerne les enzymes JNK, qu’on associe à la mort cellulaire. Enfin, une troisième fait intervenir d’autres enzymes, de la famille des caspases : elles sont également liées à la mort cellulaire, ainsi qu’à la sécrétion d'une hormone, la prolactine.

Des suspicions de toxicité du bisphénol S pour la santé humaine

Les résultats publiés dans Environmental Health Perspectives sont encore préliminaires, mais ne semblent pas rassurants. Le BPS active la protéine ERK et les auteurs ont noté une division cellulaire plus importante. Seul dans le milieu de culture des cellules, le BPS ne stimule pas les JNK. En revanche, il augmente la sensibilité de ces enzymes lorsqu’il est en présence d’œstrogènes. Enfin, il interfère avec les sécrétions de prolactine et active la caspase 8, l’une des molécules à l’origine de l’apoptose, le suicide cellulaire.

En quelques mots, la présence de BPS dans les organismes en quantités très faibles, de l’ordre de celles retrouvées dans l’environnement ou les échantillons d’urine, semble liée à des modifications des activités cellulaires. S’il n’est pas encore possible de déterminer précisément les conséquences sur la santé, de telles conclusions ne laissent guère de place à l’optimisme quant à son innocuité.

D’autres études s’avèrent donc nécessaires pour mieux évaluer les dangers du BPS. Que doit-on faire en attendant ? Faut-il appliquer le principe de précaution ? La question mérite peut-être réflexion.


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