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Le sperme des Français perd en qualité et en quantité

Entre 1989 et 2005, le taux de spermatozoïdes des Français a diminué d’un tiers. En parallèle, la proportion de gamètes bien formés a été réduite d’autant. En continuant à ce rythme, les Français deviendront tous stériles d’ici quelques décennies. Pour enrayer le phénomène, il faut d’abord identifier précisément les coupables…

De précédents travaux montrent qu'en cinquante ans, à l'échelle mondiale, les hommes ont perdu la moitié de leurs spermatozoïdes, passant de 100 millions par ml en moyenne en 1950 à 50 millions par ml à l'aube du troisième millénaire. Les Français s'inscrivent dans cette tendance, même si le travail réalisé en Métropole ne peut être extrapolé à d'autres pays, pour de multiples raisons. © Anna Tanczos, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0 De précédents travaux montrent qu'en cinquante ans, à l'échelle mondiale, les hommes ont perdu la moitié de leurs spermatozoïdes, passant de 100 millions par ml en moyenne en 1950 à 50 millions par ml à l'aube du troisième millénaire. Les Français s'inscrivent dans cette tendance, même si le travail réalisé en Métropole ne peut être extrapolé à d'autres pays, pour de multiples raisons. © Anna Tanczos, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

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Voilà un enjeu important. De nombreuses études publiées lors des 20 dernières années à travers le monde laissent entendre que la concentration de spermatozoïdes est en net recul. Ce problème est constaté dans différents pays, aussi bien en Israël, en Nouvelle-Zélande, en Tunisie qu’aux États-Unis. Un travail paru dans le British Medical Journal révélait même qu’entre 1938 et 1990, les taux en gamètes mâles avaient été divisés par deux.

Cependant, ces recherches souffraient de certains défauts. Premièrement, les données établies avant 1950 sont très peu nombreuses et issues de méthodes de calcul aujourd’hui dépassées. D’autre part, elles ne concernaient en général que quelques centaines de cobayes répartis sur une zone géographique restreinte.

Des scientifiques français affiliés à l’Institut de veille sanitaire (INVS) ont entrepris d’effectuer une telle étude, à l’échelle de tout un pays à partir d’un échantillon de population le plus représentatif possible. Publié dans Human Reproduction, leur travail révèle que le sperme des Français perd en qualité et en quantité année après année…

Les spermatozoïdes des Français en petite forme

En tout, 26.609 hommes ont pris part à cette étude à partir de données récoltées auprès de 126 cliniques de la fertilité réparties sur tout le territoire entre 1989 et 2005. Parmi les 155.000 sujets potentiels âgés entre 18 et 70 ans, n’ont été retenus que ceux qui étaient venus consulter pour des problèmes d’infertilité et dont la partenaire était stérile du fait de trompes obstruées ou manquantes. Ainsi, les troubles de la fertilité ne provenaient pas de l’homme (ce qui n’empêchait pas certains d’être infertiles pour autant), permettant aux chercheurs de disposer d’un panel représentatif de la population masculine française.

Avec 50 millions de spermatozoïdes par ml, les Français sont encore au-dessus du taux en-deçà duquel on parle d'infertilité. En revanche, il a été établi qu'en dessous de 55 millions de spermatozoïdes par ml, les délais de conception d'un enfant sont augmentés. © DR
Avec 50 millions de spermatozoïdes par ml, les Français sont encore au-dessus du taux en-deçà duquel on parle d'infertilité. En revanche, il a été établi qu'en dessous de 55 millions de spermatozoïdes par ml, les délais de conception d'un enfant sont augmentés. © DR

En comparant les données au fil du temps, les auteurs ont remarqué une baisse de la quantité de sperme à hauteur de 32,2 %, soit un tiers environ. De 73,6 millions de spermatozoïdes par ml de sperme au début de l’étude, ce taux est passé à 49,9 millions par ml en 2005. C’est certes bien au-dessus du seuil d’infertilité (15 millions selon l’OMS, 20 millions selon de nombreux spécialistes), mais avec d’une diminution de 1,9 % par an, les chiffres n’ont rien de rassurant.

En parallèle, la proportion de spermatozoïdes bien formés a reculé de 33,4 %. Le sperme des Français ne perd donc pas seulement en quantité, mais aussi en qualité, ce qui accroît les inquiétudes des spécialistes.

Pollution, mode de vie : qui sont les principaux responsables ?

Ce travail ne visait pas à déterminer les facteurs responsables de cette crise spermatique, mais les auteurs avancent des pistes possibles, suggérées par les dernières recherches. Si certains polluants, dont les perturbateurs endocriniens, sont pointés du doigt, notre changement de mode de vie pourrait y contribuer également. L’intensification de la sédentarité ou l’explosion de l’obésité sont des paramètres qui peuvent altérer l’expression des gènes (facteurs épigénétiques). Le Wi-Fi des ordinateurs portables est aussi accusé d’échauffer les spermatozoïdes et de diminuer leur population.

Cette étude présente malgré tout quelques biais. Du fait de l’anonymat des participants, il n’y a aucune indication quant au milieu social, au passé tabagique ou au surpoids éventuel des hommes testés. Si l’assistance médicale à la procréation est ouverte sans distinction à tous les citoyens, les tranches de la population les moins éduquées y recourent moins souvent. Or, ces personnes sont plus enclines au tabagisme et à l’obésité. Cela sous-entend donc que les résultats obtenus pourraient être sous-estimés…

Les méthodes de comptage des spermatozoïdes en question

D’autres critiques concernent les méthodes utilisées pour comptabiliser les gamètes mâles. Selon les auteurs, elles n’ont pas beaucoup évolué tout au long de l’étude. Mais certains chercheurs désapprouvent ces propos et considèrent qu’elles sont devenues plus fiables, aussi bien pour le dénombrement total que pour déterminer les spermatozoïdes bien formés. Ainsi, les chiffres originels auraient pu être surestimés, auquel cas la perte de qualité et de quantité pourrait être moins importante. Mais l’inverse peut aussi être vrai…

Pour éviter que la situation ne s’aggrave davantage, il devient urgent de déterminer précisément les principaux responsables de cette chute drastique des populations de spermatozoïdes. Et de s’en débarrasser.


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