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Science décalée : la tyrannie d’Henri VIII expliquée par la biologie

Des chercheurs ont fait le lien entre des lésions cérébrales occasionnées lors de tournois de joute et la modification du caractère du souverain. Ou comment un traumatisme crânien peut changer le cours de l’Histoire.

Henri VIII, connu pour son caractère colérique, a eu six femmes, dont deux qu’il a fait décapiter. L’histoire aurait pu être toute autre s’il n’avait pas été victime d’accidents lors de tournois. © Wikipedia, DP Henri VIII, connu pour son caractère colérique, a eu six femmes, dont deux qu’il a fait décapiter. L’histoire aurait pu être toute autre s’il n’avait pas été victime d’accidents lors de tournois. © Wikipedia, DP

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Workshop of Hans Holbein the Younger - Portrait of Henry VIII - Google Art Project 01

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Henri VIII reste l’un des monarques les plus tristement célèbres. Alors qu’il est souvent décrit comme un tyran d’humeur exécrable, une étude à paraître dans Journal of Clinical Neuroscience suggère qu’en réalité, jeune, il était d’une nature plutôt gentille. Ainsi en 1529, Érasme le décrit comme quelqu’un de convivial et doux dans le débat, affirmant même qu’il « agit plus comme un compagnon qu’un roi ». Mais son tempérament aurait changé suite à plusieurs accidents de joute.

Dans cette étude, des chercheurs de l'université de Yale ont analysé différentes sources historiques sur la santé et la vie du roi. Les descriptions d’Henri VIII dans sa jeunesse le présentent comme un homme intelligent, d’humeur égale, prenant des décisions politiques et militaires sages. Rien à voir avec les décisions impulsives et les crises de rage que le souverain montre plus tard…

En effet, le comportement du roi a ensuite beaucoup évolué, et ces changements coïncident avec trois accidents majeurs dont il a été victime lors de tournois. Le premier d’entre eux eut lieu en 1524, où une lance l’a frappé près de l’œil. Et le plus grave de ces accidents se déroula en 1536 : le roi est resté inconscient pendant deux heures après être tombé de cheval et que l’animal lui soit tombé dessus. Comme l’explique Arash Salardini, auteur de ces travaux, « les historiens conviennent que son comportement a changé après 1536 ».

Le roi a eu plusieurs accidents lors de tournois de joute, le plus grave en 1536.
Le roi a eu plusieurs accidents lors de tournois de joute, le plus grave date de 1536. © St. Nick, Shutterstock

Amnésies, colères, peuvent être causées par des lésions cérébrales

Après ces accidents, Henri VIII a eu des symptômes qui peuvent apparaître après un traumatisme crânien : problèmes de mémoire, dépression, comportement agressif, anxiété, instabilité émotionnelle. Ainsi, en 1541, il a connu un épisode sévère de dépression. Le roi a aussi fait exécuter deux de ses femmes, Anne Boleyn en 1536 et Katherine Howard en 1542, toutes deux dans les mois et les années qui ont suivi ces accidents de joute.

Henri VIII souffrait aussi d'amnésie et d’une incapacité à se contrôler, comme le montre cet incident en 1546 : alors qu’il assurait à sa femme d’alors, Catherine Parr, qu’il ne l’enverrait pas à la Tour de Londres, des soldats sont arrivés pour l’emmener. Le roi s’emporta contre les soldats : il avait oublié qu’il avait donné cet ordre la veille… Le traumatisme crânien peut expliquer les problèmes de mémoire, les colères, les maux de tête, l’insomnie, dont le monarque était affligé pendant la décennie qui précéda son décès en 1547.

Les auteurs de cette étude concluent qu’il « est tout à fait plausible, mais peut-être pas prouvable, que la répétition des lésions cérébrales traumatiques ont entraîné des changements dans la personnalité d’Henri. » De plus, les chercheurs font aussi l’hypothèse que des lésions ont conduit à un hypogonadisme. Le souverain souffrait probablement de problèmes d'impuissance, ce qui semble attesté par la correspondance d’une de ses femmes, Anne Boleyn.

Pour Arash Salardini, « Il est fascinant de penser que l’histoire européenne moderne peut avoir changé à jamais à cause d’un coup à la tête. »

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Lors de fouilles réalisées dans le département de l’Aube, des archéologues ont mis au jour un squelette. Dans sa bouche, une dent manquante a été remplacée par une prothèse métallique. Afin d’en savoir plus sur les conditions de cette intervention, l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) mène l’enquête au cours de cet épisode des Experts du passé.


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