Mots-clés |
  • médecine,
  • biologie

Science décalée : messieurs, pour vivre vieux vivons castrés

Les eunuques de l’Empire coréen vivaient entre 14 et 19 années de plus que leurs contemporains évoluant dans les mêmes conditions, laissant sous-entendre que la castration augmente nettement l’espérance de vie. La testostérone est-elle responsable ?

Les eunuques, en Turquie comme ici ou en Corée, étaient castrés durant l'enfance et avaient pour mission de surveiller les femmes du harem de l'empereur. Pour vérifier l'impact d'une telle opération chirurgicale sur la survie, il est indispensable qu'elle soit pratiquée avant la puberté. Après, il est déjà trop tard. © Recuerdos de Pandora, Wikipédia, cc by sa 2.0 Les eunuques, en Turquie comme ici ou en Corée, étaient castrés durant l'enfance et avaient pour mission de surveiller les femmes du harem de l'empereur. Pour vérifier l'impact d'une telle opération chirurgicale sur la survie, il est indispensable qu'elle soit pratiquée avant la puberté. Après, il est déjà trop tard. © Recuerdos de Pandora, Wikipédia, cc by sa 2.0

Science décalée : messieurs, pour vivre vieux vivons castrés - 2 Photos

PDF

Les études sur l’espérance de vie des hommes castrés sont délicates, puisque fort heureusement ce sont des pratiques devenues très peu courantes. Alors pour étudier l’impact de l’absence de testostérone sur l’espérance de vie des mâles, il faut recourir aux données du passé : castrats, malades mentaux stérilisés ou eunuques. Après avoir été démontré chez l’animal, des indices importants laissent penser que la castration permet aux hommes de vivre plus longtemps.

Le contexte : la testostérone, un tueur précoce ?

Quel est le secret de la longévité des femmes ? Celles-ci vivent quelques années de plus que les hommes et diverses réponses ont été avancées pour expliquer ce phénomène. Pour l’étudier, les scientifiques se sont penchés sur ce qui différencie les deux sexes : certaines hormones, à savoir les taux de testostérone et d’œstrogènes.

Cette première est notamment accusée d’affaiblir le système immunitaire ou de favoriser les comportements à risques alors que la seconde diminuerait les risques de maladies cardiovasculaires. Pour vérifier l’impact réel, à l’échelle d’une vie, d’un déficit en testostérone, on peut le tester chez l’animal. Quelques exemples prouvent son rôle dans le raccourcissement de la durée de l'existence, d’ailleurs. Mais chez l’Homme, c’est un peu plus compliqué. Hors de question de castrer un volontaire juste pour le bien de la science. Alors les scientifiques se sont penchés sur les eunuques et castrats du passé.

Sur un très faible échantillon de ces derniers, rien n’a été observé. Des chercheurs coréens de l’Inha University se sont intéressés aux autres, ces hommes castrés qui gardaient le harem des empereurs coréens sous la dynastie Chosun. Et ils vivaient nettement plus longtemps que leurs contemporains ayant les mêmes conditions de vie, comme le révèle leur travail publié dans Current Biology.

Ce graphique, tiré de l'article scientifique, montre l'espérance de vie moyenne pour les eunuques (Eunuch) en comparaison avec trois grandes familles de l'époque (Mok, Shin et Seo). L'écart semble net et sans bavure. © Min et al., Current Biology
Ce graphique, tiré de l'article scientifique, montre l'espérance de vie moyenne pour les eunuques (Eunuch) en comparaison avec trois grandes familles de l'époque (Mok, Shin et Seo). L'écart semble net et sans bavure. © Min et al., Current Biology

L’étude : des eunuques à la longue vie

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces eunuques avaient droit de se marier et d’avoir des enfants. Bien évidemment, ce n’était pas les leurs au sens biologique du terme, et les garçons qu’ils adoptaient se devaient eux-aussi d’être émasculés. De ce fait, il existe un arbre généalogique de ces eunuques de l’époque impériale, de la même façon qu’il en existe un pour les empereurs et leurs proches.

Les données de naissance et de mort de tous les individus n’ont pas pu être précisément relevées. Sur les 385 eunuques, les informations étaient fiables pour 51 d’entre eux. Ceux-ci ont été comparés à trois familles contemporaines, ayant vécu comme eux entre 1741 et 1816 : mêmes conditions de vie et même accès aux palais.

L’espérance de vie moyenne des eunuques atteignait 70 ans, contre 50,9 à 55,6 pour les trois familles. Soit une différence de 14 à 19 ans ! Plus fort encore : trois des gardes castrés avaient atteint voire dépassé l’âge vénérable de 100 ans (100, 101 et 109 ans), tandis qu’il n’y en a eu qu’un seul sur les 2.589 membres des trois familles.

Cette dernière donnée est à mettre en parallèle avec les statistiques actuelles concernant la proportion de centenaires dans les populations. En tête de ce classement actuellement, le Japon en connaît un seul pour 3.500 habitants. Même si les effectifs sont petits, les eunuques coréens des XVIIIe et XIXe siècles font 130 fois mieux !

L’œil extérieur : quelles conclusions ?

Est-ce l’étude de référence permettant de conclure que la castration favorise l’espérance de vie ? Probablement pas, car à elle seule elle ne peut faire office de vérité générale. Cependant, elle tend à montrer que les observations chez l’animal pourraient être extrapolées à l’espèce humaine, et dans des proportions bien plus importantes. Des volontaires pour sacrifier ses bourses pour allonger sa durée de vie ?


A voir aussi sur Internet

Sur le même sujet

Vos réactions

Chargement des commentaires