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Résistance aux antibiotiques : vers un scénario apocalyptique ?

Sally Davies, principale conseillère sur les questions de santé au Royaume-Uni, a annoncé devant un parterre de médecins que si rien n’est fait pour contrer la résistance aux antibiotiques, nous nous dirigeons droit vers un scénario catastrophe. Elle compare les conséquences à une attaque terroriste majeure ou à une épidémie meurtrière de grippe.

La résistance aux antibiotiques se généralise. Par exemple, 80 % des souches responsables de la gonorrhée sont insensibles à la tétracycline, un traitement de première ligne. Même les médicaments les plus puissants, comme les carbapénèmes, commencent à montrer des signes de faiblesse. Au Royaume-Uni en 2003, on a noté trois cas de bactéries tolérantes à ces composés. Depuis 2007, les taux montent. Il y en avait 333 en 2010 et déjà 217 dans les six premiers mois de 2011... © Tiero, StockFreeImages.com La résistance aux antibiotiques se généralise. Par exemple, 80 % des souches responsables de la gonorrhée sont insensibles à la tétracycline, un traitement de première ligne. Même les médicaments les plus puissants, comme les carbapénèmes, commencent à montrer des signes de faiblesse. Au Royaume-Uni en 2003, on a noté trois cas de bactéries tolérantes à ces composés. Depuis 2007, les taux montent. Il y en avait 333 en 2010 et déjà 217 dans les six premiers mois de 2011... © Tiero, StockFreeImages.com

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Apocalypse : un mot lourd de sens. Pourtant, il est sorti de la bouche de Dame Sally Davies, une experte des questions sanitaires au Royaume-Uni, puisque principale conseillère au sein du département de la Santé, agence gouvernementale sous la direction du ministère de la Santé. Devant un ensemble de médecins réunis lors d’un comité de science et de technologie, elle a décrit ce qui pourrait toucher son pays (et le monde entier) si rien n’est fait pour lutter contre la résistance croissante aux antibiotiques.

Le problème est quasiment aussi ancien que les traitements antimicrobiens eux-mêmes. La sélection naturelle permet aux bactéries tolérantes de survivre malgré les médicaments et de se reproduire au point de devenir dominantes dans les populations. Pendant longtemps, ce souci n’a inquiété personne, de nouveaux composés étant régulièrement commercialisés.

Des bactéries résistantes à tous les antibiotiques… ou presque

Mais ça, c’était avant. Les raisons en sont multiples, mais désormais, les firmes pharmaceutiques engagent davantage de moyens pour traiter les maladies chroniques, celles qui durent plusieurs années voire toute la vie, car elles représentent une manne financière importante. Ainsi, on commence à être à court de nouveautés en ce qui concerne les antibiotiques. Que fera-t-on quand ils ne seront plus du tout efficaces ?

Les problèmes sont d’ores et déjà concrets. Le staphylocoque doré multirésistant cause actuellement des infections nosocomiales et la tuberculose, bien connue pour sa mortalité par le passé, se traite de plus en plus difficilement. La bactérie Klebsiella pneumoniae, à l’origine de troubles pulmonaires, en est peut-être l’exemple ultime. Face à certaines souches, il n’existe plus qu’un seul traitement efficace, et encore, seulement la moitié du temps…

La bactérie Klebsiella pneumoniae cause régulièrement des maladies nosocomiales en infectant les poumons ou le tractus urinaire. Elle devient de plus en plus difficile à traiter. © Janice Haney Carr, CDC, DP
La bactérie Klebsiella pneumoniae cause régulièrement des maladies nosocomiales en infectant les poumons ou le tractus urinaire. Elle devient de plus en plus difficile à traiter. © Janice Haney Carr, CDC, DP

Un danger comparable à une attaque terroriste

Face à de tels constats, la Britannique n’hésite pas à employer des mots forts pour réagir. Pour elle, il faudrait inscrire cette menace dans le registre national des urgences civiles, une liste créée en 2008 dans laquelle on note les principales menaces pour la sécurité du pays dans les cinq prochaines années.

Toujours selon ses déclarations, un tel problème pourrait s’avérer aussi dramatique qu’une attaque terroriste, qu’une épidémie majeure de grippe ou que des inondations phénoménales, comme celles qu’a connues le pays en 1953, dernière fois que l’état d’urgence a été décrété. « Il y a peu de problèmes de santé potentiellement plus importants pour la société que la résistance aux antibiotiques, dit-elle dans The GuardianCela signifie que le risque de développer des maladies qui ne peuvent être traitées augmente, alors que la résistance peut être contrôlée. »

Dans 20 ans, un patient au cours d’une banale opération pourrait présenter le risque de déclarer une infection dangereuse alors qu'elle serait sans conséquences aujourd’hui. Pour éviter cela, Sally Davies annonce que le département de la Santé prévoit une collaboration avec l’OMS afin de proposer le plus tôt possible des solutions alternatives.

L’apocalypse… peut-être pour plus tard

La médecine moderne est peut-être également à revoir, car elle pourrait exacerber le problème, selon Alan Johnson, de l’Health Protection Agency britannique. Certains traitements, comme certains utilisés contre le cancer, affaiblissent le système immunitaire, rendant les patients plus sensibles aux infections. Les antimicrobiens deviennent donc la thérapie principale à la moindre maladie bactérienne.

« Nous devenons de plus en plus dépendants aux antibiotiques dans de nombreux domaines de la médecine, précise-t-il dans les mêmes pages du GuardianSi nous ne trouvons pas de nouveaux antibiotiques pour gérer ce problème, nous allons droit vers de graves déconvenues. »

Un pessimisme généralisé ? Pas tout à fait. Même si les spécialistes s’inquiètent de ce phénomène de résistance, l’apocalypse n’est pas pour demain. Ces propos alarmistes semblent plutôt avoir vocation à sensibiliser les médecins et la population au problème afin de les pousser à agir raisonnablement. On capte beaucoup mieux l’audience lorsqu'on utilise des mots qui font peur…


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