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Parkinson : la piste des pesticides toujours suivie de près

On le savait : certains pesticides ont tendance à faciliter l’apparition de la maladie de Parkinson. Le fongicide bénomyl, interdit en France mais autorisé aux États-Unis jusqu’en 2001, est à ajouter à cette liste. Son mécanisme d’action pourrait cependant nous éclairer davantage sur la neurodégénérescence et aider les scientifiques à trouver une nouvelle cible thérapeutique.

La maladie de Parkinson recouvre un grand nombre de tableaux cliniques. Si différentes causes environnementales ont été jugées partiellement responsables, comme les pesticides ou certains métaux lourds, les symptômes varient en fonction de l'origine du trouble. Cela rend les investigations plus complexes encore. © Jean-Marie Huet, Flickr, cc by nc sa 2.0 La maladie de Parkinson recouvre un grand nombre de tableaux cliniques. Si différentes causes environnementales ont été jugées partiellement responsables, comme les pesticides ou certains métaux lourds, les symptômes varient en fonction de l'origine du trouble. Cela rend les investigations plus complexes encore. © Jean-Marie Huet, Flickr, cc by nc sa 2.0

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Les études épidémiologiques le montrent : les agriculteurs, et les populations rurales en général, sont plus exposés au risque de développer la maladie de Parkinson. Si environ 5 % des cas ont une origine uniquement génétique, l’environnement jouerait un rôle prépondérant dans l’apparition du trouble neurologique.

Parmi les cibles dans le collimateur : les produits pesticides. De plus en plus d’études confirment le lien qu’ils entretiennent avec la maladie. La dernière en date, publiée dans les Pnas, va dans le même sens. Cette fois, c’est le bénomyl, fongicide utilisé entre 1968 et 2001 aux États-Unis, qui révèle son pouvoir destructeur sur les neurones. Mais il pourrait en contrepartie apporter des éléments nouveaux sur la maladie de Parkinson, permettant aux scientifiques de découvrir de nouvelles cibles thérapeutiques face à ce trouble incurable.

L’alpha-synucléine a-t-elle des complices ?

Cette maladie neurodégénérative est l’une des plus célèbres car l’une des plus courantes. Elle se manifeste par des tremblements, des mouvements lents et peu assurés, un discours difficile ou une perte d’odorat

Au niveau neurologique, ces symptômes s’expliquent par la perte progressive des neurones dits dopaminergiques, retrouvés dans un noyau du cerveau appelé locus niger, ou substance noire. Cette région participe au contrôle de la motricité, et la dégénérescence des neurones dopaminergiques limite la communication entre cellules nerveuses, entraînant les troubles caractéristiques. La maladie se manifeste quand plus de la moitié de ces neurones ont déjà disparu.

Dans la quasi-totalité des cas, une grande partie des neurones dopaminergiques du locus niger ont déjà disparu lorsque la maladie de Parkinson est diagnostiquée. Quelle est la cause de leur mortalité ? Rien n'est encore définitivement établi. © Benedict Campbell, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0
Dans la quasi-totalité des cas, une grande partie des neurones dopaminergiques du locus niger ont déjà disparu lorsque la maladie de Parkinson est diagnostiquée. Quelle est la cause de leur mortalité ? Rien n'est encore définitivement établi. © Benedict Campbell, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

Le principal suspect est une protéine nommée alpha-synucléine. Présente chez tous les patients, elle s’accumule et s’agglomère de manière anormale, causant une cascade de réactions cellulaires aboutissant à la destruction des cellules nerveuses.

Le bénomyl ne touche que les neurones dopaminergiques

Pourtant, il pourrait exister une autre voie, si l’on en croit des chercheurs de l’université de Californie à Los Angeles (UCLA). Selon leurs travaux, les personnes les plus exposées au bénomyl développent davantage la maladie de Parkinson. Or, comme ils viennent de le montrer, le pesticide agit à un autre niveau que celui de l’alpha-synucléine : il inhibe l’enzyme ALDH (aldéhyde déshydrogénase). Ce processus induit alors une suite de réactions cellulaires, aboutissant notamment à l'accumulation d'une protéine toxique nommée 3,4-dihydroxyphénylacétaldéhyde (DOPAL).

Lorsque les scientifiques ont testé la survie des neurones du locus niger en culture, ils ont constaté la disparition sélective des cellules nerveuses dopaminergiques, les autres étant épargnées. Chez le poisson-zèbre, modèle scientifique fréquemment utilisé pour son développement rapide et sa transparence, le constat est le même. À l’aide d’un colorant, les neurones ont pu être comptabilisés. Seuls ceux produisant de la dopamine ont vu leur population décliner.

Les auteurs pensent que ce processus, favorisé par le bénomyl, pourrait se produire chez la majorité des patients touchés par la maladie de Parkinson, même chez ceux jamais exposés au pesticide. Dans ce cas, l’ALDH constituerait une nouvelle cible de choix pour la mise au point d’un traitement contre la neurodégénérescence.


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