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On peut effacer des souvenirs de peur chez l’Homme !

Exploit unique chez l’Homme : des scientifiques suédois ont joué sur les processus de reconsolidation de la mémoire pour effacer des souvenirs de peur chez des volontaires. Sans médicament ni intervention comportementale.

Le cerveau n'est pas une plaque de marbre : ce qu'on y grave ne dure pas pour l'éternité. Les phénomènes de reconsolidation de la mémoire laissent l'opportunité d'effacer certains souvenirs dont on voudrait se débarrasser. D'ailleurs, ce sont ces mêmes phénomènes qui sont à l'origine de la déformation de certains souvenirs par rapport à la réalité. © por adrines, arteyfotografia.com Le cerveau n'est pas une plaque de marbre : ce qu'on y grave ne dure pas pour l'éternité. Les phénomènes de reconsolidation de la mémoire laissent l'opportunité d'effacer certains souvenirs dont on voudrait se débarrasser. D'ailleurs, ce sont ces mêmes phénomènes qui sont à l'origine de la déformation de certains souvenirs par rapport à la réalité. © por adrines, arteyfotografia.com

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Phobie, stress post-traumatique, crise d’angoisse… Et si on détenait la solution pour s’en débarrasser ? Il serait encore bien présomptueux de dire que nous en sommes arrivés là, mais la découverte de chercheurs de l’Uppsala University, en Suède, va clairement en ce sens. Ils sont en effet parvenus à effacer des souvenirs de peur de la mémoire de volontaires humains. Une première qui pourrait en appeler d’autres.

D’ordinaire, ce genre d’étude est mené sur les rongeurs, à base de médicaments, voire en laboratoire. Cette fois l’expérience a bel et bien été réalisée sur l’Homme. Le principe, exposé dans la revue Science, repose sur l’instabilité de la mémoire et les phénomènes de reconsolidation.

La formation d’un souvenir durable passe par la mise en place de protéines particulières dans le cerveau, nécessaires pour intégrer la mémoire à long terme. Lorsqu’on fait appel à ce souvenir, le même processus, dit de reconsolidation, se produit et de nouveau ces protéines se réactivent. L’idée des scientifiques était d’intervenir dans cette phase et de modifier la réponse de manière retirer de la tête un événement désagréable.

Supprimer la reconsolidation, supprimer la peur

L’expérience s’est déroulée en plusieurs temps. Dans le premier, les volontaires ont été invités à regarder une image tout à fait neutre. Au moment où celle-ci s’est affichée, une décharge électrique leur a été envoyée, créant un sentiment de peur associé à cette image.

Le lendemain, les participants étaient invités à revenir prendre part à la deuxième phase de l’expérimentation. La photo de la veille leur a de nouveau été diffusée mais cette fois, sans choc électrique. Les cobayes ont alors été séparés en deux groupes.

Les peurs de l'enfance peuvent nous suivre toute notre vie, même si elles sont irraisonnées. Disposerons-nous à l'avenir d'un moyen de les effacer ? © Pink Sherbet Photography, Flickr, cc by 2.0
Les peurs de l'enfance peuvent nous suivre toute notre vie, même si elles sont irraisonnées. Disposerons-nous à l'avenir d'un moyen de les effacer ? © Pink Sherbet Photography, Flickr, cc by 2.0

Le premier a bénéficié, dans les 10 minutes qui ont suivi, d’une séance d’extinction de la peur. Il s’agissait de diffuser à de très nombreuses reprises le fameux cliché. Le second a eu droit au même traitement, mais seulement 6 heures après avoir été confronté de nouveau à l’image, un délai permettant au cerveau de mettre en place les processus de reconsolidation.

En parallèle, une mesure objective de la peur a été effectuée, par l’intermédiaire d’un test classique visant à mesurer la conductance de la peau. En situation de détresse, le corps panique et augmente sa production de sueur, ce qui va modifier les propriétés électriques de l’épiderme.

Adieu phobies, PTSD et crises d’angoisses…

Les résultats démontrent que les membres du premier lot ne ressentent plus aucune émotion en revoyant la photo, ce qui n’est pas tout à fait le cas du second. Même s’ils ne manifestent pas une peur panique, ils semblent beaucoup moins à l’aise que leurs homologues.

Le travail ne se termine pas là. Un troisième jour, les cobayes devaient revenir et regarder de nouveau le cliché. Cette fois, les auteurs observaient par IRM l’activité de l’amygdale, une structure du lobe temporal du cerveau impliquée dans ce genre de souvenirs. Chez les sujets qui n’avaient plus peur, celle-ci était faible et éparse dans les régions concernées. À l’inverse, elle était bien plus nette et mieux organisée chez les volontaires toujours anxieux. Les souvenirs ont bien été effacés physiquement du disque dur.

Toute cette expérience démontre donc que la mémoire n’est pas un processus statique et ancré définitivement : elle est malléable (ce qui peut conduire un individu à déformer la réalité dans certaines circonstances, en toute bonne foi) et il est possible de la refaçonner. À notre avantage de préférence, s’il s’agit de traiter des troubles de l’anxiété, comme des phobies, des syndromes de stress post-traumatiques (PTSD) ou des crises d’angoisse par exemple. En revanche, tout le monde n’a pas des intentions aussi louables et cette découverte ouvre aussi un peu plus la porte aux travers de la manipulation mentale. Et si à l’avenir le flashouilleur efface-mémoire de Men in Black devenait réalité ?


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