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Maladies à prions, Alzheimer : une réelle découverte pour les traiter ?

Pour la première fois, un médicament a bloqué la mort des neurones chez des souris affectées par une maladie à prions. Les scientifiques pensent que ces résultats pourraient être extrapolés à la maladie d’Alzheimer ou à d’autres neurodégénérescences. Mais il y a encore trop de risques d’effets secondaires pour envisager dès maintenant son utilisation chez l’Homme.

La perte progressive des neurones, associée à une accumulation de protéines anormales, constitue une inquiétude forte. En effet, l'incidence de maladies comme Alzheimer grimpe en flèche, alors que les traitements existants tout au mieux ralentissent l'avancée inéluctable de la démence. Pour la première fois, une étude montre que l’on peut empêcher les neurones de dégénérer. © Geralt, pixabay.com, DP La perte progressive des neurones, associée à une accumulation de protéines anormales, constitue une inquiétude forte. En effet, l'incidence de maladies comme Alzheimer grimpe en flèche, alors que les traitements existants tout au mieux ralentissent l'avancée inéluctable de la démence. Pour la première fois, une étude montre que l’on peut empêcher les neurones de dégénérer. © Geralt, pixabay.com, DP

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De nombreuses maladies neurodégénératives partagent des similitudes. Au-delà de la perte progressive des cellules nerveuses qui les caractérise, la maladie d’Alzheimer, de Parkinson, de Creutzfeldt-Jakob ou la sclérose latérale amyotrophique sont associées à l’accumulation de protéines mal repliées. Autrement dit, elles prennent une forme dans l’espace qui les empêche d’assurer leur fonction, les rendant inactives, lorsqu’elles ne sont pas directement nocives.

La cellule connaît la procédure à suivre dans de telles circonstances : elle met en marche ce que les scientifiques appellent la réponse aux protéines mal repliées. La machinerie génétique est stoppée et les protéines incriminées ne sont plus synthétisées. Mais cet interrupteur fonctionne normalement dans les deux sens. Et si la production ne reprend pas, c’est le neurone qui peut en pâtir puisque si ces polypeptides sont indispensables à sa survie, il finit par mourir.

Or, des chercheurs britanniques des universités de Leicester et de Nottingham, dirigés par Giovanna Mallucci, ont apporté des preuves convaincantes qu’il est possible, in vivo, d’annihiler ces processus destructeurs et de préserver les cellules nerveuses. Leurs résultats ont été divulgués dans la revue Science Translational Medicine.

Perk, l’enzyme contre la mort des neurones

Les scientifiques ont choisi pour modèle des souris atteintes d’une maladie à prions, semblable à Creutzfeldt-Jakob. Sept semaines après l’infection, avant que les symptômes cognitifs et comportementaux n’apparaissent, 20 souris ont été traitées oralement avec une enzyme nommée Perk et impliquée dans la réponse cellulaire aux protéines mal repliées, tandis que 9 autres rongeurs avalaient un placébo. Deux semaines plus tard, lorsque, cette fois, les premiers signes de démence étaient apparus, neuf souris ont reçu l’enzyme, et huit autres servaient de témoins.

Les neurones communiquent entre eux à travers un vaste réseau. Lorsqu'ils commencent à mourir sous l'effet de prions et autres protéines mal formées, le réseau se désunit, et cela entraîne une perte des capacités cognitives.
Les neurones communiquent entre eux à travers un vaste réseau. Lorsqu'ils commencent à mourir sous l'effet de prions et autres protéines mal formées, le réseau se désunit, et cela entraîne une perte des capacités cognitives. © Benedict Campbell, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

Résultats : à 12 semaines, les 20 animaux traités dans les premiers temps de l’expérience ne manifestaient aucun signe de déclin mental, alors que leurs congénères du groupe contrôle étaient en phase terminale de la maladie. Les autopsies des cerveaux ont révélé une quasi-absence de mort neuronale chez ceux ayant bénéficié de Perk. En revanche, les auteurs n’ont pas constaté d’amélioration de l’état des neuf rongeurs traités plus tardivement dans l’expérience. Le médicament semble donc préserver les neurones de la mort, mais sans éliminer l’agglomérat de protéines, probablement en assurant la synthèse des protéines essentielles. Seuls les symptômes sont bloqués, mais rien n’est régénéré.

De réels espoirs de traitements d’Alzheimer ?

Cette découverte met donc en évidence qu’il est possible d’éviter la perte des cellules nerveuses dans des situations pathologiques particulières, et typiquement celles qui régissent la maladie d’Alzheimer. Pour rappel, cette pathologie est la principale cause de démence dans le monde, avec 35 millions de personnes affectées par une accumulation de bêta-amyloïdes. Les auteurs comptent même tester leur enzyme contre cette maladie neurodégénérative pour confirmer leurs intuitions. C’est la première étude du genre qui aboutit à des résultats aussi convaincants concernant cette voie de régulation.

Mais attention à ne pas crier victoire trop vite. Car les souris ont dû faire face à des effets indésirables conséquents : par exemple, le traitement leur a valu une perte de 20 % de leur poids. Et chez l’Homme, on sait déjà que le médicament ne sera pas bien toléré. Alors, il reste encore à travailler et enquêter pour proposer une alternative bien plus sécurisante. Si un jour, un tel traitement venait à être commercialisé, les scientifiques suggèrent également qu’il devra être pris sur le long terme, et non ponctuellement. Quoi qu’il en soit, on ne verra rien de tel arriver sur le marché avant de nombreuses années. Espérons juste que l’essai se concrétisera.


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