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Infertilité masculine : les phtalates incriminés chez l’Homme

On le savait pour les rats, pour les fœtus humains, mais cela n’avait jamais été montré chez l’homme adulte. Pour la première fois, une étude prouve que les phtalates diminuent la production de testostérone, l’hormone mâle impliquée notamment dans la production de spermatozoïdes. Les polluants de notre environnement sont de nouveau pointés du doigt dans l’augmentation des cas d’infertilité masculine.

Parmi les centaines de millions de spermatozoïdes en quête de l'ovule au moment de l'éjaculation, seuls quelques-uns arrivent à le trouver. Si les phtalates diminuent la production de testostérone de 30 %, comme le montre cette étude, alors le nombre de spermatozoïdes produits est plus faible, ce qui diminue la probabilité d'une fécondation. C'est l'infertilité masculine. © Spike Walker, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0 Parmi les centaines de millions de spermatozoïdes en quête de l'ovule au moment de l'éjaculation, seuls quelques-uns arrivent à le trouver. Si les phtalates diminuent la production de testostérone de 30 %, comme le montre cette étude, alors le nombre de spermatozoïdes produits est plus faible, ce qui diminue la probabilité d'une fécondation. C'est l'infertilité masculine. © Spike Walker, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

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Composés chimiques dérivés de l’acide phtalique, les phtalates sont fréquemment utilisés dans l’industrie. On les trouve dans de nombreux produits d’utilisation courante : jouets, certains plastiques (PVC par exemple), matériel médical ou emballages alimentaires. À tel point qu’on s’expose tous, plus ou moins, à ces polluants.

Polluants ? Oui, car depuis de nombreuses années, les scientifiques suspectent ces phtalates de perturber le système endocrinien des mâles. L'effet a été démontré chez le rat, mais aussi chez des fœtus humains, car les petits garçons naissant de femmes enceintes présentant des phtalates dans leur urine connaissaient des problèmes dans la mise en place de leur appareil génital.

Mais qu’en est-il chez l’homme adulte ? La démarche est difficile à mener, car il faut récupérer du tissu testiculaire chez des volontaires, avec l'accord de l’Agence de la biomédecine, puis parvenir à cultiver des cellules avant de les mettre en contact avec le produit. C’est la performance que viennent de réaliser trois équipes de chercheurs français (Irset, Inra Toulouse et Laberca), dont les résultats, inquiétants, viennent d’être publiés dans la revue Human Reproduction.

Les phtalates peuvent rentrer dans la composition de parfums ou de nombreux produits cosmétiques. On peut donc les appliquer directement sur sa peau, à travers laquelle ils arrivent à pénétrer. © Ayala Sender, Wikipédia, cc by 2.0
Les phtalates peuvent rentrer dans la composition de parfums ou de nombreux produits cosmétiques. On peut donc les appliquer directement sur sa peau, à travers laquelle ils arrivent à pénétrer. © Ayala Sender, Wikipédia, cc by 2.0

Phtalates et testostérone ne font pas bon ménage

Du tissu testiculaire a été prélevé chez des hommes volontaires atteints d’un cancer de la prostate. En parallèle, des cellules des glandes surrénales, productrices d’une hormone stéroïdienne proche de la testostérone (l’aldostérone) ont été cultivées. Ces différentes cellules ont été soumises à deux phtalates différents : le DEHP [phtalate bis(2-éthylexyle), le plus fréquent] et le MEHP [phtalate mono(2-éthylexyl)]. Les doses utilisées sont du même ordre de grandeur que celles répertoriées chez l’homme dans la littérature scientifique.

Ces deux polluants ont eu un effet anti-androgène fort puisqu’une chute d’environ 30 % de la production de la testostérone a été constatée. Plus troublant : le DEHP en lui-même n’est pas toxique pour le système endocrinien mâle, mais au niveau testiculaire, il est métabolisé en MEHP, qui lui va affecter la synthèse de l'hormone masculinisante.

L’infertilité masculine, une problématique liée aux polluants

Cela a de lourdes conséquences sur la santé masculine. En plus des anomalies à la naissance, la puberté peut être une autre période de troubles, car un déficit de testostérone limite le développement des caractères sexuels secondaires (mue, développement pileux et musculaire etc.). Enfin, c’est la production elle-même de spermatozoïdes qui est affectée. Or, la baisse de la fertilité masculine constatée ces dernières années est une préoccupation mondiale, et les perturbateurs endocriniens en tous genres ont été incriminés.

Pesticides, bisphénol A, phtalates et les autres, la liste est longue et les êtres humains n’en sont pas les seules victimes. Depuis maintenant de nombreuses années, on a constaté de nombreux cas de féminisation dans le monde animal. Certaines de ces substances ont sur l’organisme un effet similaire aux œstrogènes, l’hormone féminine, et sont dits œstrogénomimétiques. Les phtalates, eux, seraient des anti-androgéniques, des inhibiteurs des hormones sexuelles mâles, les deux effets, féminisants et démasculinisants, pouvant se cumuler. Et si le premier traitement contre l’infertilité consistait à débarrasser l’environnement de tous ces polluants ?


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