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Cancer : un virus modifié suscite l’espoir d’un nouveau traitement

Un virus génétiquement modifié pour cibler les cellules tumorales vient de montrer qu’il augmentait significativement l’espérance de vie de patients en phase terminale du cancer du foie. Nommé Pexa-Vec et testé également pour d’autres cancers, il semblerait là encore plutôt efficace. Si tout se passe bien, il pourrait être proposé d’ici 5 ans.

Les tumeurs solides deviennent plus dangereuses à partir du moment où les cellules malades se disséminent et s'en prennent à un autre organe. Une fois le cancer à ce stade, il devient difficile de le traiter. Mais peut-être qu'un petit virus pourrait tout changer... © Anne Weston, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0 Les tumeurs solides deviennent plus dangereuses à partir du moment où les cellules malades se disséminent et s'en prennent à un autre organe. Une fois le cancer à ce stade, il devient difficile de le traiter. Mais peut-être qu'un petit virus pourrait tout changer... © Anne Weston, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

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Malgré trente années de progrès significatifs dans la lutte contre le cancer, médecins et chercheurs demeurent le plus souvent incapables de venir à bout des tumeurs solides une fois qu’elles forment des métastases. Les thérapies proposées permettent seulement de prolonger quelque temps la vie des patients.

Dans le cas du cancer du foie (hépatocarcinome), la phase terminale est synonyme de mort imminente. Le meilleur traitement sur le marché, le Sorafenib, ne permet de procurer que trois mois d’existence supplémentaire aux malades.

Mais un virus génétiquement modifié pourrait changer l’avenir des personnes rongées par des tumeurs multiples. Certes, il ne guérit pas le cancer, mais il augmente significativement l’espérance de vie des patients de 6 mois à plus d’un an d’après l’essai clinique publié dans Nature Medicine.

Pexa-Vec, le virus génétiquement modifié

Son nom : JX-594, plus connu sous son nom commercial de virus Pexa-Vec et créé par la firme de biothérapie californienne Jennerex. Il s’agit du virus de la vaccine, une maladie principalement bovine et équine souvent très peu symptomatique chez l’Homme. Au vu de sa proximité avec le virus de la variole, il a longtemps servi de vaccin contre la maladie humaine aujourd’hui éradiquée.

Le gène codant pour une enzyme, la thymidine kinase, a été retiré du virus. Cette molécule permet habituellement au pathogène d'infecter les cellules en division, comme il en existe normalement dans l’organisme humain. Le fait de le retirer du génome limite fortement les effets secondaires, focalisant l’activité infectieuse du virus sur deux gènes exprimés par les cellules tumorales

L’un d’eux favorise la multiplication cellulaire et la croissance de la tumeur. Le second permet de former de nouveaux vaisseaux sanguins venant alimenter la grosseur. En les éteignant, les scientifiques espéraient faire régresser le cancer… D’autre part, le génome a été complété par deux nouveaux gènes permettant de stimuler la réaction du système immunitaire face à la maladie.

Dans le cadre de cet essai clinique, le virus a été injecté directement au niveau de la tumeur. Mais la thérapie pourrait fonctionner tout aussi bien si on l'injectait dans la circulation sanguine, puisque Pexa-Vec a pu tout seul infecter les tumeurs secondaires en se déplaçant dans le sang. © HollywoodPimp, Flickr, cc by nd 2.0
Dans le cadre de cet essai clinique, le virus a été injecté directement au niveau de la tumeur. Mais la thérapie pourrait fonctionner tout aussi bien si on l'injectait dans la circulation sanguine, puisque Pexa-Vec a pu tout seul infecter les tumeurs secondaires en se déplaçant dans le sang. © HollywoodPimp, Flickr, cc by nd 2.0

Des tumeurs qui régressent, des patients qui vivent plus longtemps

Les résultats de l’essai clinique sont plutôt encourageants. Mené sur 30 patients atteints d’un cancer du foie en phase terminale, 16 d’entre eux ont bénéficié de fortes doses de Pexa-Vec quand les 14 autres ont eu droit à une administration à plus faible dose. Les injections, effectuées directement sur la tumeur primaire, ont eu lieu à trois reprises, espacées de deux semaines.

Ce second groupe a vécu en moyenne 6,7 mois grâce au virus modifié. Le premier, quant à lui, a eu une espérance de vie moyenne de 14,1 mois, soit plus de quatre fois le délai moyen permis par le meilleur traitement sur le marché. Deux patients ayant reçu des fortes doses étaient même encore vivants au moment de la rédaction de l’article scientifique, plus de deux ans après le début de l'essai.

Les analyses ont révélé que les tumeurs, primaire mais aussi secondaires, avaient bien régressé sous l’effet du traitement. Pexa-Vec a en effet migré depuis le cancer originel jusque dans les tissus affectés par les métastases, sous-entendant que le virus transite par voie sanguine et qu’une injection par intraveineuse pourrait se révéler efficace. Des essais sont conduits en ce sens.

Le virus disponible dans 5 ans ?

En plus des succès thérapeutiques constatés, les effets secondaires ont semblé négligeables ou presque. Pour la majorité des patients, seuls des symptômes grippaux ont été perçus durant deux ou trois jours. Un unique malade a ressenti de sévères nausées et a été pris de vomissements.

À l’heure actuelle, d’autres essais cliniques à base de Pexa-Vec ont été lancés et plus de 200 volontaires ont reçu les injections, pour d’autres cancers affectant des organes tels que le rein, le poumon, le mélanome ou le colon. Les premières impressions semblent là encore plutôt bonnes même si l’efficacité ne semble pas avérée chez tous les patients. Si les scientifiques savent expliquer pourquoi leur thérapie fonctionne, ils avouent ne pas comprendre ses échecs.

Pexa-Vec poursuit donc les phases d’essais cliniques. Si tout se déroule comme prévu et que ces résultats préliminaires sont confortés par les phases suivantes, l’entreprise espère pouvoir le commercialiser d’ici 5 ans. Ce pourrait être alors un traitement prometteur.


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