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Bisphénol A : pas dangereux aux concentrations rencontrées ?

Une étude américaine jette un énorme pavé dans la mare. Alors que toutes les recherches concluent aux dangers du bisphénol A pour la santé, ce travail soutient l’idée que les concentrations prises en compte sont très largement surestimées. En réalité, aux taux retrouvés dans l’organisme, la molécule ne pourrait pas exercer ses effets toxiques…

Le bisphénol A est principalement ingéré par l'Homme dans les canettes ou les boîtes de conserve, desquelles il tapisse l'intérieur. Mais on le retrouve aussi sur les tickets de caisse ou certains papiers thermiques. © Retska, StockFreeImages.com Le bisphénol A est principalement ingéré par l'Homme dans les canettes ou les boîtes de conserve, desquelles il tapisse l'intérieur. Mais on le retrouve aussi sur les tickets de caisse ou certains papiers thermiques. © Retska, StockFreeImages.com

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On l’accuse de tous les maux ou presque : poumons, reins, testicules, intestins, développement ou encore comportement (entre autres) seraient affectés par le bisphénol A (BPA). Un perturbateur endocrinien devenu ennemi public numéro 1, à tel point que la France vient de voter son retrait systématique dans tous les contenants alimentaires d’ici 2015.

Pourtant, alors que le consensus paraissait indiscutable au sein de la communauté scientifique sur les dangers de la molécule, des chercheurs du Pacific Northwest National Laboratory (Richland, États-Unis) ont annoncé lors du meeting annuel de l’American Association for the Advancement of Science (AAAS) que les craintes étaient nettement surestimées. Selon leurs travaux, le BPA serait retrouvé à des doses nettement plus faibles que ce qui a été considéré dans la très grande majorité des études précédentes et qu’à ces concentrations, il y en a trop peu pour nous causer un quelconque dommage.

Du bisphénol A en moins grande quantité que prévu

Ce BPA est un perturbateur endocrinien qui se lie aux mêmes récepteurs que les œstrogènes, amplifiant leur action. Cependant, son affinité avec ces protéines du cytoplasme est nettement moins forte que l’hormone féminine. Il faut donc beaucoup plus de bisphénol A que d’œstrogènes pour obtenir un même effet.

À partir de l’analyse de dizaines d’études, les chercheurs ont estimé les concentrations sanguines de la molécule incriminée chez plus de 30.000 personnes (hommes, femmes et enfants) vivant dans 19 pays différents. Les taux moyens retrouvés sont, selon les auteurs, très nettement insuffisants pour activer les récepteurs clés aux œstrogènes et donc pour induire les effets dramatiques qu’on lui impute. Effectivement, à ces doses très faibles, certaines études concluent à l’innocuité du BPA.

Des références vraiment fiables ?

C’est aussi pourquoi les auteurs sont allés décortiquer 130 autres recherches menées sur l’animal ou des cellules humaines en culture. Ces travaux disent utiliser des concentrations représentatives de ce que l’on trouve dans les organismes humains. Cependant, les gammes utilisées variaient du simple au centuple, voire plus.

Le bisphénol A a pour formule brute C15H16O2. Il tient son nom des deux cycles phénols qui le composent. © Edgar181, Wikipédia, DP
Le bisphénol A a pour formule brute C15H16O2. Il tient son nom des deux cycles phénols qui le composent. © Edgar181, Wikipédia, DP

En effet, d’après ces chercheurs, entre 0,8 et 7 % de ces études sont réalisées à des doses réalistes, toutes les autres étant surestimées de 10 à plusieurs milliers de fois. Autrement dit : plus de 90 % des recherches sur lesquelles on se base pour définir les dangers du BPA pour la santé humaine sont en inadéquation avec la réalité. Aux doses réellement trouvées dans les organismes, il n’y a pas de danger.

Seule une petite partie du BPA est active

Des travaux menés en parallèle par le Centre national américain de la recherche toxicologique pourraient bien conforter cette nouvelle hypothèse. À l’aide de BPA marqué par un traceur radioactif, ils ont visualisé sa dispersion à travers les organismes. Des singes et des rongeurs ont servi de cobaye.

Leur analyse montre que très vite, la molécule est métabolisée et généralement transformée en un composé inactif dès les premières phases. Chez les bébés animaux, seul 10 à 20 % du BPA devient actif. Chez les adultes, les taux sont encore bien plus faibles : pas plus de 3 %. Des résultats préliminaires menés chez trois volontaires humains semblent mettre en évidence que les choses se passent exactement de la même façon dans notre espèce.

Pour les doses les plus faibles, aucun effet négatif n’a pu être observé. Le BPA actif devenait même parfois indécelable par les méthodes de détection. Aurait-on fait beaucoup de bruit pour rien ?

Y a-t-il toujours un scandale du bisphénol A ?

Ces travaux ne semblent pas avoir fait l’unanimité parmi les spécialistes de la question. Et pour cause : deux équipes de recherches balaient du revers de la main 150 études menées par différents laboratoires à travers le monde.

Cependant, elles ont le mérite de nous questionner sur les véritables dangers du BPA. Est-ce bien le monstre tant décrié par la littérature scientifique ? L’industrie a peut-être été trop rapide pour l’utiliser, alors même qu’on ignorait tout de ses effets sur la santé, mais la communauté scientifique n’a-t-elle pas été trop prompte à le juger ? Tous les torts sont-ils dans le même camp ? Et si, finalement, le BPA n’était pas un scandale ? Il faudra encore probablement des études, encore des études, pour trancher ces questions.


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