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Bisphénol A : deux études inquiètent

Deux nouvelles études accablent un peu plus le bisphénol A. Déjà soupçonnée d’être un perturbateur endocrinien, cette substance contenue dans un grand nombre de plastiques, notamment alimentaires, pourrait en plus traverser la peau et appauvrir la qualité du sperme.

Le bisphénol A n'est plus autorisé dans la composition des biberons vendus et fabriqués en France. © FunKa-Lerele, Flickr, cc by-nc-sa 2.0

Le bisphénol A n'est plus autorisé dans la composition des biberons vendus et fabriqués en France. © FunKa-Lerele, Flickr, cc by-nc-sa 2.0

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Le bisphénol A (BPA) revient une nouvelle fois sur le devant de la scène. Cette molécule, dorénavant interdite en France dans la composition des biberons, avait fait l’objet d’un rapport de l’EFSA peu accusateur début octobre. Ce perturbateur endocrinien, accusé par plusieurs études d’être neurotoxique ou reprotoxique, n’aurait pas apporté de preuves tangibles de sa dangerosité. Deux nouveaux travaux viennent relancer ce houleux débat.

La première étude s’est intéressée à son mode de contamination. Les chercheurs de l’unité Xénobiotique de l’Inra de Toulouse ont d’abord remarqué que les mesures de résidus de BPA dans les tissus humains ne concordent pas avec l’exposition théorique de la population, qui repose majoritairement sur la quantité d’aliments contaminés ingérés. Une autre source de contamination doit donc exister.

La peau, source d’exposition

L’hypothèse d’une source d’exposition cutanée est née suite à une étude parue cet été montrant que les hôtes de caisse, très souvent en contact avec des papiers thermiques (tickets de caisse, reçus de cartes bancaires...) contenant du BPA, avaient davantage de résidus de BPA dans leur organisme que la moyenne de la population. Afin de vérifier l’hypothèse, des expériences ont été réalisées sur des oreilles de porc, un tissu proche de la peau humaine.

Des expériences réalisées sur des oreilles de porc ont montré que la barrière cutanée n'est pas étanche au bisphénol A. © DR
Des expériences réalisées sur des oreilles de porc ont montré que la barrière cutanée n'est pas étanche au bisphénol A. © DR

Résultat : deux tiers du BPA déposé sur les tissus traversent la barrière cutanée, quelle que soit la quantité déposée (50 à 800 nanomoles). D’après la publication de ces travaux dans le journal Chemosphere, des résultats similaires ont été obtenus sur des explants de peau humaine. La source d’exposition au BPA complémentaire via la peau semble donc avérée.

Baisse de la qualité du sperme

La seconde étude s’est quant à elle intéressée aux effets provoqués par la molécule sur la fertilité masculine. Pour cela, des chercheurs ont suivi des 514 ouvriers chinois pendant cinq ans. Les auteurs de la publication dans le journal Fertility and sterility ont montré qu’une quantité supérieure de BPA dans les urines de ces ouvriers est corrélée à une qualité moindre du sperme. Chez les hommes dont le taux de BPA est détectable, et par rapport à ceux chez qui il ne l'est pas, le risque d'une baisse du nombre de spermatozoïdes est quadruplé et celui d'une réduction de la motilité des spermatozoïdes est doublé.

Cette étude est la troisième d’une même série publiée par De-Kun Li. La première (dans la revue Human reproduction en 2009) avait montré une augmentation des risques de déficience sexuelle chez les hommes exposés à de hautes doses de BPA pendant leur travail. La seconde (dans la revue Journal of Andrology en 2010) avait montré que l’augmentation du BPA dans les urines était liée à une réduction des fonctions sexuelles chez l’homme.

La réalisation de nouveaux travaux de recherche montre que le BPA est toujours une source d’inquiétude pour la population, et ces nouvelles données ne sont pas rassurantes.


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