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L’argent multiplie par mille l’efficacité des antibiotiques

Utilisé depuis plus de 2.000 ans contre les infections bactériennes, l’argent pourrait retrouver une deuxième jeunesse dans son combat contre les microbes. Mélangé aux antibiotiques modernes, le métal les rend 10 à 1.000 fois plus efficaces, et permet même à des souches normalement résistantes de succomber aux traitements classiques.

Les balles d'argent ont la réputation de pouvoir tuer les vampires et les loups-garous. Une chose, en revanche, est sûre : le métal en lui-même est nocif pour les bactéries, à au moins quatre niveaux. © An Nguyen Photography, Flickr, cc by 2.0 Les balles d'argent ont la réputation de pouvoir tuer les vampires et les loups-garous. Une chose, en revanche, est sûre : le métal en lui-même est nocif pour les bactéries, à au moins quatre niveaux. © An Nguyen Photography, Flickr, cc by 2.0

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Quel est le point commun entre un loup-garou, un vampire et une bactérie ? Ils ne supportent pas l’argent. En effet, selon la mythologie, les deux premières créatures sont tuées si elles sont traversées par une balle d’argent. À l’échelle de la bactérie en revanche, on ne peut évidemment pas utiliser les mêmes armes, mais le métal se révèle être un atout précieux contre les microbes.

Durant l’Antiquité, le médecin grec Hippocrate, 400 ans avant notre ère, avait déjà compris que l’argent avait un effet antibactérien. Longtemps utilisé pour lutter contre les infections, il a désormais été dépassé par les antibiotiques sans que l’on ait compris quelles étaient les propriétés du métal.

James Collins, de l’université de Boston, et ses collègues viennent d’apporter une réponse convaincante dans les colonnes de Science Translational Medicine. L’argent agit sur le métabolisme bactérien à plusieurs niveaux, et combiné aux antibiotiques, il renforce même leur action. Voilà peut-être une nouvelle solution pour lutter contre les phénomènes croissants de résistance aux médicaments.

L’argent perturbe le métabolisme bactérien

L’utilisation trop systématique d’antibactériens a abouti à une sélection naturelle des souches de microbes capables de supporter les traitements qu’on leur oppose. Marginal au début, ce phénomène a pris une telle ampleur aujourd’hui qu’il inquiète au sommet des plus hautes instances sanitaires, qui prennent des mesures afin de stopper le processus tant qu’il est encore temps. Le problème, c’est qu’actuellement, il y a de plus en plus de formes résistantes et de moins en moins de nouveaux antibiotiques. Quelles solutions apporter ?

Plusieurs pistes sont suivies par différents laboratoires, mais James Collins emprunte celle de l’argent. Dans son étude, il est parvenu à montrer que le métal agissait de quatre façons sur les bactéries. Sous forme dissoute, l’argent a une forte affinité pour les groupements sulfure des protéines et s’y fixe. Or, ces groupements permettent aux polypeptides de se replier et de prendre une conformation tridimensionnelle qui leur confère leur activité. Par compétition, il rend donc les protéines inutiles à la bactérie.

Certaines souches de la célèbre bactérie Escherichia coli sont résistantes aux antibiotiques. Sauf si l’on ajoute un peu d'argent dans le milieu... © Agricultural Research Service, Wikipédia, DP
Certaines souches de la célèbre bactérie Escherichia coli sont résistantes aux antibiotiques. Sauf si l’on ajoute un peu d'argent dans le milieu... © Agricultural Research Service, Wikipédia, DP

D’autre part, l’argent entre en concurrence avec le fer, dont les propriétés sont exploitées par les cellules procaryotes. Là encore, certaines activités métaboliques tournent au ralenti. Ces réactions aboutissent à la formation de composés oxygénés très réactifs et destructeurs pour le microbe, qui se désintègre de l’intérieur.

Multiplier par 1.000 la puissance des antibiotiques

Enfin, le métal grisé augmente la perméabilité membranaire. En d’autres termes, les molécules environnantes pénètrent mieux la bactérie. Et quand parmi elles on trouve des antibiotiques, leur efficacité est augmentée. D’après les estimations des scientifiques, une combinaison d’argent et d’antimicrobiens multiplie par 10 à 1.000 la puissance destructrice de ces derniers. Une aubaine à exploiter.

Mieux : même les souches résistantes succombent. Des bactéries Escherichia coli connues pour supporter la tétracycline n’y ont cette fois pas résisté. Les auteurs supposent que l’afflux de médicament est tel que les mécanismes mis en place par la bactérie pour rejeter les molécules dans le milieu environnant sont saturés, la rendant de nouveau sensible.

Enfin, cette solution permettrait à des principes actifs de grosse taille de s’en prendre aux bactéries à Gram négatif. En effet, ces microbes disposent d’une membrane supplémentaire qui bloque l’accès aux molécules imposantes, comme la gentamicine ou la vancomycine. Pourtant, ces antibiotiques, administrés à des souris, ont éliminé des souches d’E. coli dans la vessie et l’abdomen des rongeurs.

L’argent, métal nocif pour la santé humaine ?

Des résultats nouveaux qui sous-entendent que l’on peut faire du neuf avec du vieux. Mais encore faut-il prouver l’innocuité du traitement chez l’Homme. Et le passé ne sert pas forcément la cause de l’argent. Souvenons-nous. Dans les années 1990, des chercheurs américains avaient développé une valve cardiaque partiellement recouverte d’argent pour lui conférer des propriétés antibactériennes. Cela a marché. Mais le cœur, lui, n’a pas bien réagi…

On sait déjà qu’une exposition prolongée ou une ingestion trop importante peut conduire à une maladie appelée argyrie, qui se caractérise par une pigmentation permanente bleu-gris des gencives ou de la peau, qui n’est guère esthétique.

James Collins rassure en expliquant que les études préliminaires menées chez la souris ne révèlent aucun effet indésirable. Un bon début. Mais il faudra désormais le confirmer sur des échantillons plus importants.


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