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Alcool : peut-on croire à un médicament préservant de la dépendance ?

Il y a quelques semaines, un énième communiqué de presse annonçait un possible traitement contre la dépendance à l’alcool liée au stress. Le neurobiologiste Jean-Pol Tassin revient pour Futura-Sciences sur la crédibilité de ce genre d’annonce.

L'alcool est un véritable problème de santé publique. Première cause de mortalité au volant, il cause aussi de nombreux cancers, des voies digestives ou du foie. © platinum, Flickr, cc by nc sa 2.0 L'alcool est un véritable problème de santé publique. Première cause de mortalité au volant, il cause aussi de nombreux cancers, des voies digestives ou du foie. © platinum, Flickr, cc by nc sa 2.0

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« Un peptide antistress qui pourrait préserver de la dépendance à l’alcool. » : c’est à peu près en ces termes que le Scripps Research Institute aux États-Unis a présenté les travaux de recherche de ses scientifiques dans un communiqué de presse en décembre dernier.

Ce n’est pas la première annonce du genre, et beaucoup essaient de faire un coup de pub. Pour en savoir plus, Futura-Sciences a voulu en savoir un peu plus sur ce sujet en contactant Jean-Pol Tassin, directeur de recherche à l’Inserm sur la physiopathologie des dépendances et directeur d’un groupe de recherche à l’université Paris VI. Info, intox ou exagération des faits ?

La nociceptine plus forte que le CRF

Commençons peut-être par revenir sur cette étude. Paru dans Biological Psychiatry le 6 décembre dernier, ce travail s’intéresse à l’effet de la nociceptine, un peptide antistress de 17 acides aminés, sur le noyau central de l’amygdale, ainsi que son antagonisme avec la protéine CRF (Corticotropin releasing factor), dont on avait pu prouver son implication dans l’addiction à l’alcool.

L'amygdale est une région paire du cerveau (ici teintée en rouge) impliquée dans des processus tels que la peur et l'anxiété ou l'apprentissage associatif. On la qualifie souvent de système d'alerte. © Amber Rieder, Jenna Traynor, Geoffrey B Hall, Wikipédia, DP
L'amygdale est une région paire du cerveau (ici teintée en rouge) impliquée dans des processus tels que la peur et l'anxiété ou l'apprentissage associatif. On la qualifie souvent de système d'alerte. © Amber Rieder, Jenna Traynor, Geoffrey B Hall, Wikipédia, DP

« Le CRF de l’amygdale, lié au stress, augmente en fait la dépendance à tous les produits » commente le neurobiologiste. Ils ont soumis des rats à des vapeurs d’éthanol, puis ont récupéré le cerveau des animaux avant de regarder in vitro l’interaction existant dans le noyau central de l’amygdale entre nociceptine et CRF sur la libération d’un neurotransmetteur impliqué notamment dans l’anxiété, le GABA. Conclusion : la nociceptine bloque mieux les effets du CRF chez les rats qui ont reçu de l’alcool, y compris lorsque les deux produits sont injectés en même temps.

Alcoolodépendance : aucun médicament miracle en vue

« Cette étude établit donc un impact positif de la nociceptine pour limiter l’action du CRF dans le noyau central de l’amygdale suite à une consommation d’éthanol. L’article est bien fait, la revue est reconnue… mais il est encore impossible d’annoncer qu’un peptide préserve de l’alcoolisme lié au stress. » Pourquoi ? Parce qu’il existe un grand nombre d’autres structures importantes impliquées dans l’addiction à l’alcool ainsi que nombre d’autres facteurs qui rendent les gens accros.

« Le travail a été mené ex vivo sur des rongeurs qui ne sont pas nécessairement dépendants à l’alcool mais qui ont été maintenus dans une atmosphère d’éthanol durant deux à quatre semaines, ce qui cherche à mimer une consommation. » Or la simple consommation n’est pas du tout comparable à l’addiction. Si l’origine de cette dernière reste encore débattue par les scientifiques, il semble clair qu’une petite pilule ne peut pas (encore ?) nous empêcher de verser dans la dépendance

Ces recherches sont finalement très fondamentales et apportent des éléments supplémentaires dans les mécanismes liés à l’addiction dont la communauté scientifique va probablement s’emparer. Elles ne constituent qu’une étape supplémentaire nécessaire vers un meilleur traitement des personnes alcoolodépendantes.


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