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Alcool : le cocktail d’enzymes qui rend sobre

Deux enzymes complémentaires pourraient suffire. Des souris ivres ont dégrisé plus vite grâce à des nanocapsules capables de digérer l’alcool. Au-delà de la seule performance, l’exploit ouvre la voie à de nouveaux médicaments plus complexes, à base de combinaisons enzymatiques.

L'alcool sans modération implique l'ivresse. Bientôt, une pilule pourra empêcher que celle-ci ne devienne trop importante et que l'alcool n'endommage le foie. Pour ceux qui espéraient la molécule qui allait leur permettre de faire baisser instantanément l'alcoolémie pour pouvoir conduire, il faudra encore attendre un peu. Le meilleur moyen reste de ne pas boire... © Rogozhin, StockFreeImages.com L'alcool sans modération implique l'ivresse. Bientôt, une pilule pourra empêcher que celle-ci ne devienne trop importante et que l'alcool n'endommage le foie. Pour ceux qui espéraient la molécule qui allait leur permettre de faire baisser instantanément l'alcoolémie pour pouvoir conduire, il faudra encore attendre un peu. Le meilleur moyen reste de ne pas boire... © Rogozhin, StockFreeImages.com

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L’alcool accompagne souvent les soirées festives. Cependant, on le sait, sa consommation est totalement déconseillée quand on prend le volant, du fait d’une perte importante des réflexes associée à une plus grande confiance en soi qui pousse à la prise de risques. Pourtant, certains rêvent d’une pilule qui permettrait, en un instant, de leur faire perdre l’ivresse pour pouvoir rentrer tranquillement chez soi.

C’est un petit pas en ce sens que viennent de réaliser des scientifiques de l’université de Californie à Los Angeles (UCLA). Ils ont mis au point une pilule capable d’accélérer la dégradation de l’alcool et permettant un retour à un état normal plus rapidement en utilisant une technique nouvelle et prometteuse. Et pas seulement pour lutter contre l’ébriété.

Former des médicaments à base d’enzymes

L’idée consiste à utiliser des enzymes ensemble. Dans l’organisme, ces protéines actives facilitent les réactions chimiques. Lorsqu’elles sont complémentaires, elles sont souvent regroupées dans un même organite cellulaire (structure interne spécialisée) de façon à accélérer encore les processus.

Les scientifiques ont donc eu en tête de mélanger plusieurs enzymes de manière à créer artificiellement des organites capables de dégrader l’alcool. Cependant, ce n’est pas une mince affaire. Plusieurs équipes scientifiques ont échoué dans un objectif comparable, notamment parce que les protéines sont dégradées rapidement et perdent leur activité.

Ce schéma explique le processus de fabrication des nanocapsules avec les enzymes. Les enzymes sont d'abord dans un état libre (en haut à gauche), avant d'être liées entre elles par un brin d'ADN, ce qui les rend inactives. Le processus de polymérisation peut alors commencer. Une fois ce processus terminé, les liens sont rompus : les enzymes sont prêtes à assurer leur fonction. © Nature Nanotechnology
Ce schéma explique le processus de fabrication des nanocapsules avec les enzymes. Les enzymes sont d'abord dans un état libre (en haut à gauche), avant d'être liées entre elles par un brin d'ADN, ce qui les rend inactives. Le processus de polymérisation peut alors commencer. Une fois ce processus terminé, les liens sont rompus : les enzymes sont prêtes à assurer leur fonction. © Nature Nanotechnology

Oxydase d’alcool et catalase, un vrai travail d’équipe

Les auteurs ont donc eu l’idée de les recouvrir d’un polymère non toxique. Encore fallait-il réussir. Pour ce faire, il leur a fallu créer d’un brin d’ADN doté à chaque extrémité de fragments spécifiques aux deux enzymes que les chercheurs voulaient insérer. L’une d’elles, l’alcool oxydase, catalyse la dégradation de l’éthanol en acétaldéhyde, en plus d’une molécule d’eau oxygénée (H2O2).

Cette dernière est toxique pour l’organisme. C’est pour cette raison qu’il fallait une seconde enzyme, une catalase, qui favorise la dégradation de cette molécule en eau et en dioxygène (O2).

Une fois les enzymes reliées par le brin d’ADN, les chercheurs ont commencé le processus de polymérisation autour du complexe ainsi formé. Les deux enzymes encapsulées, le lien qui les unissait a été rompu, les rendant pleinement actives.

Une pilule qui dégrise plus vite

Comme expliqué dans Nature Nanotechnology, ces nanocapsules d'enzymes ont alors été injectées chez des souris ivres depuis 30 minutes. Un quart d’heure après la prise du médicament, elles présentaient 10,1 % d’alcool en moins que leurs homologues n’ayant pas reçu le traitement. Après deux heures et demie, l’alcoolémie avait chuté de 36,8 %. La preuve que le procédé fonctionne.

Ont-ils inventé une pilule antiébriété ? Oui, d’une certaine façon, même s’ils comptent surtout en faire un antidote contre la prise excessive d’alcool plutôt qu’un médicament pour pouvoir reprendre de suite le volant. Leurs nanocapsules agissent comme autant de cellules hépatiques qui vont dégrader l’éthanol et, par la même occasion, protéger le foie d’une intoxication. La preuve de son efficacité : les souris traitées présentaient un organe en meilleure santé.

Le concept des complexes enzymatiques pourrait à l’avenir être repris pour mettre au point de nouveaux traitements. Les auteurs travaillent déjà à l’élaboration d’une nouvelle thérapie contre la calvitie.


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