Mots-clés |
  • génétique,
  • champignon,
  • gastronomie

Séquencée, la truffe noire du Périgord sera mieux cultivée

Il aura fallu cinq ans de travail à une équipe franco-italienne pour venir à bout de la lecture des quelque 125 millions de paires de bases du génome de la truffe noire. Menée par l'Inra, cette étude donne les moyens de mieux sélectionner les souches pour un plus grand plaisir des papilles.

Une truffe noire du Périgord tranchée, encore veinée de blanc. C'est la plus recherchée des six espèces comestibles du genre Tuber, qui en compte une centaine. Hommes et sangliers ont appris à les chercher sous certains arbres, comme le chêne et le noisetier. La culture est possible sur sol calcaire mais délicate... © Wazouille / Licence Commons Une truffe noire du Périgord tranchée, encore veinée de blanc. C'est la plus recherchée des six espèces comestibles du genre Tuber, qui en compte une centaine. Hommes et sangliers ont appris à les chercher sous certains arbres, comme le chêne et le noisetier. La culture est possible sur sol calcaire mais délicate... © Wazouille / Licence Commons

Séquencée, la truffe noire du Périgord sera mieux cultivée - 1 Photo

PDF

Cinquante scientifiques français et italiens réunis dans un consortium, une dizaine de laboratoires, cinq années de labeur : c'est un travail énorme qui a dû être mené à bien pour séquencer le génome de la truffe noire du Périgord, Tuber melanosporum de son nom latin. La lecture complète d'une truffe (récupérée en Provence) a été obtenue en 2007 au Genoscope, le Centre national de séquençage, initialement créé pour l'étude du génome humain. Il a ensuite fallu deux années de plus pour extraire de ces données brutes une analyse fonctionnelle détaillée.

Parmi les 125 millions de paires de base du génome de ce champignon (celui d'Homo sapiens en contient trois milliards), 58% sont répétées. Les biologistes y ont repéré 7.500 gènes codant pour des protéines, dont 6.000 sont communs avec les autres champignons. Sur les 1.500 restants, les scientifiques s'intéressent particulièrement à ceux que l'on ne trouve que chez cette espèce et qui lui donnent ses caractéristiques organoleptiques, celles qu'apprécient les gastronomes.

Les résultats de ce travail de longue haleine, dirigé par l'Inra (Institut national de la recherche agronomique), viennent d'être publiés dans la revue Nature et seront sans nul doute précieux pour le monde des éleveurs de truffes. On sait depuis des lustres que le goût de ce tubercule si prisé varient fortement d'un terroir à l'autre et qu'il existe des souches.

Bientôt un certificat d'origine pour les truffes ?

L'Inra et les laboratoires impliqués sont actuellement lancés dans l'étude de milliers de gènes qui constitueraient des marqueurs génétiques, permettant de déterminer l'origine géographique d'une truffe. On pourrait ainsi réaliser des outils de certification, actuellement inexistants alors qu'ils seraient utiles. Sur le commerce lucratif du diamant noir, la fraude la plus courante consiste en effet à vendre pour de la truffe noire d'autres espèces, moins coûteuses et moins goûteuses, comme la truffe brumale (Tuber brumale) ou de Chine (T. indicum).

Sur le plan scientifique aussi, l'analyse de l'ADN de la truffe noire est une avancée. Ce champignon est dit symbiotique car il vit grâce à une symbiose – collaboration – étroite avec la plante (un arbre) sur laquelle il vit. Les filaments du champignon, le mycélium, s'enchevêtrent avec de minuscules ramifications des racines de l'arbre, formant ce que l'on appelle un mycorhize.

La plupart des plantes, d'ailleurs, forment de tels organes communs avec des champignons symbiotiques et y trouvent de multiples intérêts, qui sont encore l'objet d'études. Le champignon y fabrique des spores emmagasinées dans un sporophore (ou carpophore), partie visible sortant du sol ou souterraine, comme la truffe, laquelle est donc une fructification.

Même si elle est commune, cette collaboration reste mal connue et les biologistes soulignent la complexité et la variété des interactions entre champignons et hôtes, décrites comme un dialogue en langage chimique. Pour les plantes, une telle association est souvent vitale ou au moins précieuse, améliorant la croissance et la résistance aux maladies ou donnant un avantage face à des concurrents. Ce copinage entre végétaux et champignons (qui ne sont pas des végétaux) date de 200 millions d'années et a pris de multiples de formes. Biologistes et agriculteurs ont encore beaucoup à apprendre de ces symbioses...


Sur le même sujet

Vos réactions

Chargement des commentaires