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Des moutons transgéniques rendus fluorescents

Des chercheurs uruguayens viennent d’annoncer la naissance de moutons fluorescents avec l'aide de méduses. Ce résultat met en lumière les progrès de la transgénèse et pourrait ouvrir la voie vers la production d’animaux OGM ayant un intérêt médical ou industriel.

Une équipe uruguayenne a réussi à créer des moutons fluorescents en leur insérant un gène de méduse codant pour une protéine fluorescente. © PublicDomainPictures, Pixabay, DP Une équipe uruguayenne a réussi à créer des moutons fluorescents en leur insérant un gène de méduse codant pour une protéine fluorescente. © PublicDomainPictures, Pixabay, DP

Des moutons transgéniques rendus fluorescents - 3 Photos

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Les plantes ne sont pas les premières à avoir été modifiées génétiquement. Dans ce domaine, les bactéries sont les pionnières. En 1971, le chercheur américain Paul Berg introduisait un fragment d’ADN dans la bactérie Escherichia coli. Le premier OGM était né ! Depuis cette date, les progrès dans ce domaine ont été considérables et en 1980, une souris transgénique a vu le jour. Cette dernière sécrétait une grande quantité d’hormones de croissance et était aussi grosse qu’un petit rat.

Pourtant, contrairement aux plantes transgéniques qui font souvent la une des journaux, on entend peu parler de leurs homologues animaux. La naissance de moutons OGM fluorescents devrait changer la donne et faire couler beaucoup d’encre cette semaine. Des chercheurs de l’institut de reproduction animale d’Uruguay (IRAUy) et de l’institut Pasteur de Montevideo viennent d’annoncer l’accomplissement de cet exploit technologique. L’occasion pour Futura-Sciences de revenir sur les progrès réalisés dans la recherche sur la transgénèse animale.

Deux souris qui portent un gène codant pour une protéine fluorescente entourent une souris non transgénique. © Moen et al, BMC cancer
Deux souris qui portent un gène codant pour une protéine fluorescente entourent une souris non transgénique. © Moen et al, BMC cancer

Un mouton fluorescent, prouesse biotechnologique

Nés en octobre 2012 à l’IRAUy, les moutons fluorescents se développent normalement. Ils ont la particularité surprenante de briller lorsqu’on les place sous une lampe UV. Comme on peut s’en douter, le processus pour en arriver là n’a pas été simple, et il a fallu franchir de nombreux obstacles techniques. Car si la modification génétique d’une bactérie est relativement aisée, la production d’un animal OGM est beaucoup plus complexe. En résumé, la procédure consiste à injecter des molécules d’ADN étrangères contenant les caractères souhaités dans la cellule-œuf, c’est-à-dire au premier stade embryonnaire, juste après la fécondation.

À quoi peut bien servir un mouton fluorescent ? Car si cette expérience peut être perçue comme une lubie scientifique, elle n’a pas été accomplie pour rien. Les moutons fluorescents représentent en quelque sorte un test préliminaire permettant de vérifier l’efficacité de la méthode. Dans le futur, les chercheurs uruguayens voudraient l’utiliser pour introduire d’autres gènes, utiles cette fois.

De nombreuses applications médicales et industrielles

Beaucoup d'animaux transgéniques existent dans les laboratoires de recherche. Voici un récapitulatif rapide et non exhaustif de diverses applications possibles.

  • recherche médicale : les animaux génétiquement modifiés sont régulièrement utilisés comme modèle pour mieux comprendre la progression, les étapes et les symptômes d'une maladie. Dans le cas du cancer par exemple, des oncogènes, c’est-à-dire des gènes impliqués dans la genèse des tumeurs, peuvent être ajoutés ou enlevés à des rongeurs ;
  • production de médicaments : la production d’insuline en est un exemple. Produite dans le lait de certains animaux, elle serait beaucoup moins coûteuse et pourrait être transmise plus facilement aux personnes diabétiques ;
  • xénotransplantation : des recherches sont en cours pour produire des animaux possédant des organes qui seraient mieux tolérés par l’organisme humain, en vue d’une greffe ;
  • agroalimentaire : de nombreuses études sont basées sur la production de nouveaux animaux qui auraient une croissance plus rapide et une viande de meilleure qualité. Le projet le plus avancé est celui qui consiste à accélérer la croissance des poissons en leur injectant le gène d’une hormone de croissance. Les saumons transgéniques, par exemple, peuvent ainsi atteindre leur taille adulte deux fois plus vite ;

Le GloFish, issu du poisson-tigre, est le premier animal de compagnie transgénique. Il a été obtenu par l'introduction d'un gène fluorescent. © www.glofish.com
Le GloFish, issu du poisson-tigre, est le premier animal de compagnie transgénique. Il a été obtenu par l'introduction d'un gène fluorescent. © www.glofish.com

Mais revenons à nos moutons... fluorescents. Bien sûr, ce n’est pas une première, et de nombreux animaux OGM existent déjà de par le monde. Cependant, « la transgénèse sur cette espèce n'était pas disponible en Amérique latine, et cette réussite positionne l'Uruguay au plus haut niveau scientifique mondial », se sont félicités l’IRAUy et l’institut Pasteur dans un communiqué de l'AFP.

Même si certaines applications des animaux OGM paraissent prometteuses, de nombreuses études restent à mener afin de s’assurer qu’ils ne présentent pas de risque pour notre santé ou l'environnement.


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