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Les 30 neurones qui peuvent calmer nos douleurs

Un modeste groupe de trente neurones constitue une sorte de centre de contrôle de la douleur dans notre cerveau : c'est ce que viennent de découvrir des chercheurs français. Une voie intéressante pour de futurs traitements contre des douleurs chroniques.

Le centre de contrôle de la douleur dans le cerveau ne comprend que 30 neurones installés dans l'hypothalamus, qui coordonnent la diffusion de l'ocytocine, une hormone aux propriétés analgésiques. © Leigh Prather, Shutterstock Le centre de contrôle de la douleur dans le cerveau ne comprend que 30 neurones installés dans l'hypothalamus, qui coordonnent la diffusion de l'ocytocine, une hormone aux propriétés analgésiques. © Leigh Prather, Shutterstock

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Ce coup de marteau sur les doigts du bricoleur du dimanche a dû lui faire mal. Mais il aurait eu encore plus mal si l'ocytocine, un peptide synthétisé par une région du cerveau appelée hypothalamus, n'intervenait pas très tôt dans les processus cérébraux modulant la réponse douloureuse. De la contraction de l'utérus au moment de l'accouchement, à l'éjection du lait maternel après la naissance, en passant par son implication dans la régulation des interactions sociales, de l'anxiété ou de la douleur, l'ocytocine est un messager essentiel mais, pour l'instant, assez mystérieux. En effet, les mécanismes qui aboutissent à sa diffusion n'avaient jusqu'à présent pas été décryptés.

Une équipe internationale de chercheurs, coordonnée par Alexandre Charlet de l'Institut des neurosciences cellulaires et intégratives du CNRS, s'est penchée sur le processus de libération d'ocytocine lorsqu'une douleur est perçue. Elle a découvert que le centre de contrôle, dans le cerveau, qui coordonne la libération de l'ocytocine n'est constitué que d'une petite trentaine de neurones de l'hypothalamus. Leurs résultats viennent d'être publiés dans la revue Neuron.

Lors de douleurs aiguës ou d'une sensibilisation inflammatoire (brûlure, pincement, coupure, etc.), l'information est acheminée par les nerfs périphériques jusqu'aux neurones de la moelle épinière. Ceux-ci interprètent l'intensité du message et le codent en conséquence. L'information est alors adressée à d'autres neurones, parmi lesquels une petite population de 30 cellules de petite taille du noyau paraventriculaire de l'hypothalamus, identifiés par l'équipe d'Alexandre Charlet. En retour, ils activent une famille de gros neurones, les neurones magnocellulaires, dans une autre région de l'hypothalamus, qui libèrent l'ocytocine dans la circulation sanguine. La cible : les neurones périphériques (ceux disséminés dans le corps) qui continuent d'envoyer au cerveau le message responsable de la sensation douloureuse. L'ocytocine vient les « endormir » et de ce fait, diminuer la douleur.

L’ocytocine est aussi l’hormone qui stimule les contractions de l’accouchement et la lactation
L’ocytocine est aussi l’hormone qui stimule les contractions de l’accouchement et la lactation. © Aleksej Zhagunov, Shutterstock

L’ocytocine, un antidouleur

Mais les trente donneurs d'ordre ne s'arrêtent pas là. En parallèle, le prolongement de ces cellules, appelé axone, qui mesure jusqu'à un mètre chez l'humain, atteint les couches profondes de la corne dorsale de la moelle épinière. C'est précisément à cet endroit, où le message sensoriel est codé en intensité, qu'ils libèrent l'ocytocine. Ils diminuent donc, par deux voies simultanées, la reconduction du message douloureux au cerveau.

Les travaux de l'équipe ont donc permis d'expliquer la manière dont différentes populations de neurones à ocytocine se coordonnent afin de contrôler l'interprétation du message « douleur » par le système nerveux. La découverte de ce centre de contrôle analgésique est prometteuse dans le cadre du traitement des douleurs pathologiques. Cibler cette poignée de neurones permettrait en effet de limiter les effets secondaires d'un potentiel traitement. Pour l'heure, l'équipe continue de les étudier, cette fois pour découvrir leur implication dans la libération de l'ocytocine permettant la lactation et certains comportements sexués.

À découvrir en vidéo autour de ce sujet :


Le neurobiologiste Michel de Waard raconte comment avec son équipe ils ont découvert qu'une plante médicinale, le pêcher africain, contenait de fortes doses de tramadol, un antidouleur de synthèse sur le marché depuis 40 ans. © Inserm


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