Mots-clés |
  • biologie,
  • Homme,
  • paléontologie

La culture moderne serait apparue 24.000 ans plus tôt que prévu !

La culture humaine moderne, celle des chasseurs-cueilleurs telle qu'elle existe encore aujourd'hui, serait bien plus ancienne que prévu. Alors qu’on l'estimait remonter à 20.000 ans, de nouveaux indices montrent qu’elle serait apparue il y a 44.000 ans...

Le peuple San, aussi appelé Bushmen, compte environ 100.000 individus répartis sur les territoires du Botswana, de la Namibie et de l'Afrique du Sud. Ils possèdent une culture et une technologie proches de celles de leurs ancêtres africains vivant il y a 44.000 ans. Ces techniques seraient donc plus anciennes qu'on ne l'estimait. © Isewell, Wikipédia, cc by sa 2.5 Le peuple San, aussi appelé Bushmen, compte environ 100.000 individus répartis sur les territoires du Botswana, de la Namibie et de l'Afrique du Sud. Ils possèdent une culture et une technologie proches de celles de leurs ancêtres africains vivant il y a 44.000 ans. Ces techniques seraient donc plus anciennes qu'on ne l'estimait. © Isewell, Wikipédia, cc by sa 2.5

La culture moderne serait apparue 24.000 ans plus tôt que prévu ! - 2 Photos

PDF

À quel moment les cultures de chasseurs-cueilleurs, semblables à celles qui se maintiennent encore aujourd'hui en Afrique du Sud, ont-elles émergé ? Jusqu'à présent, on pensait qu'elles avaient surgi il y a environ 20.000 ans. Une équipe internationale coordonnée par des chercheurs de l'université de Bordeaux 1 vient de repousser cette date à -44.000 ans. En collaboration avec des chercheurs de la Sorbonne, ils ont daté et analysé le matériel archéologique découvert dans la grotte sud-africaine de Border Cave. La transition culturelle et technologique qui s'est effectuée progressivement à cette époque a pu être observée.

De nombreux outils marquent un passage vers des comportements modernes et sont semblables à ceux qu'utilise encore le peuple San d'Afrique du Sud. Ces travaux font l'objet de deux articles publiés la semaine du 30 juillet 2012 dans la revue Pnas.

Une transition technologique plus ancienne

Située dans le KwaZulu-Natal, à l'est de l'Afrique du Sud, la grotte de Border Cave abrite un dépôt archéologique fouillé depuis les années 1970. Il se distingue par une conservation exceptionnelle de la matière organique. Les premières analyses montraient que des objets et techniques très complexes existaient déjà il y a plus de 30.000 ans. Cependant, ces conclusions n'avaient pas convaincu la communauté scientifique.

Aujourd'hui, les nouvelles datations et analyses réalisées par les chercheurs démontrent une profonde transition technologique amorcée voici environ 44.000 ans. Un passage de l'âge de pierre moyen (Middle Stone Age) à l'âge de pierre tardif (Later Stone Age), opéré il y a entre 44.000 et 42.000 ans. Le matériel archéologique retrouvé sur plusieurs niveaux stratigraphiques atteste que cette transition provient d'un processus interne à la communauté ayant habité Border Cave, et non de l'arrivée soudaine d'autres groupes humains. 

La grotte de Border Cave, située à la frontière entre l'Afrique du Sud et le Swaziland, est un site paléontologique très riche. Des groupes humains s'y sont succédé depuis 200.000 ans. © Androstachys, Wikipédia, DP
La grotte de Border Cave, située à la frontière entre l'Afrique du Sud et le Swaziland, est un site paléontologique très riche. Des groupes humains s'y sont succédé depuis 200.000 ans. © Androstachys, Wikipédia, DP

Des arcs et des flèches enduites de poison

Les objets retrouvés dans cette grotte témoignent de l'apparition de comportements nouveaux, proches de ceux des chasseurs-cueilleurs actuels. Parmi les innovations principales qui caractérisent cette transition technologique, on peut noter l'utilisation d'arcs de petite taille et de flèches dont les pointes en os étaient enduites d'un poison à base d'acide ricinoléique. Auparavant, les habitants de Border Cave se servaient des pointes en pierre plus grandes, qui probablement étaient fixées à des lances.

Autre innovation notable apparue à ce moment : la production d'une poix (matière collante) à partir de l'écorce de Podocarpus, un conifère très répandu en Afrique du Sud, servant à emmancher les pointes de flèches. Une preuve d'un savoir-faire sophistiqué.

Des outils toujours utilisés aujourd'hui

Un morceau de cire d'abeille mélangée avec la résine toxique d'Euphorbia et probablement de l'œuf a été retrouvé entouré d'une cordelette en fibres d'écorce d'arbre. Cet ensemble, véritable kit pour emmancher des pointes de flèche ou autres outils, daté directement à 40.000 ans, représente la plus ancienne utilisation connue de cire d'abeille. Les innovations concernant les bijoux et les objets décorés sont aussi très frappantes : la transition vers l'âge de pierre tardif s'accompagne de l'usage d'œufs d'autruche pour fabriquer des perles.

La ressemblance entre ces objets datés d'il y a plus de 40.000 ans et ceux employés encore aujourd'hui par les San (connus aussi sous le nom de Bushmen, peuple premier d'Afrique australe), est claire. Les bâtons à fouir lestés de pierres perforées de Border Cave sont proches de ceux fabriqués actuellement. Comme les San d'aujourd'hui, les habitants de la grotte accumulaient des entailles sur des os pour en faire des outils de comptage ou de notation. L'utilisation d'arcs légers et de flèches empoisonnées est encore un point de ressemblance marquant. Le mode de vie des chasseurs-cueilleurs actuels d'Afrique du Sud remonte donc à au moins 44.000 ans, et non 20.000 ans comme on le pensait auparavant.


Sur le même sujet

Vos réactions

Chargement des commentaires