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Les bébés aiment ce qui est ni trop ennuyeux, ni trop complexe

Les bébés détournent leur attention des situations trop simples ou, à l'opposé, trop complexes. Ils ne se focalisent que sur celles à leur portée, c’est-à-dire celles desquelles ils peuvent retirer un apprentissage. Une pincée de surprise et un zeste de prédictibilité suffisent. Cette découverte pourrait avoir des retentissements sur le diagnostic des troubles de l’attention, comme l’hyperactivité ou l’autisme.

Les bébés n'ont pas fini de nous surprendre ! Bien souvent, les expériences montrent qu'ils sont bien plus précoces qu'on ne le pense. Et bien plus futés ! Tout ceci parce qu'ils savent focaliser leur attention sur les situations les plus riches en enseignements. © Université de Rochester Les bébés n'ont pas fini de nous surprendre ! Bien souvent, les expériences montrent qu'ils sont bien plus précoces qu'on ne le pense. Et bien plus futés ! Tout ceci parce qu'ils savent focaliser leur attention sur les situations les plus riches en enseignements. © Université de Rochester

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Pour mieux saisir la nature humaine, quoi de mieux que les bébés ? En effet, ces êtres naïfs ne sont pas encore imprégnés de toute cette culture qui nous amène parfois à modifier nos comportements. Alors ils font l’objet d’investigations scientifiques diverses et variées.

La dernière en date, publiée dans Plos One, s’est intéressée aux éléments qui retiennent l’attention visuelle des enfants. Un sujet qui faisait débat, certains travaux montrant que les petits se focalisent davantage sur les objets nouveaux plutôt que sur les items familiers, tandis que d’autres trouvaient les résultats contraires. Des chercheurs de l’université de Rochester, à New York, démontrent que les bébés s'intéressent à une situation à leur portée, ni trop simple, ni trop complexe.

Vers quoi les bébés focalisent-ils leur attention ?

Soixante-douze nourrissons, âgés de 7 et 8 mois, ont joué les cobayes. Assis sur les genoux d’un de leurs parents équipé d'une visière et d’écouteurs pour éviter d’interférer avec leur enfant, ils étaient placés dans le noir pour ne pas être distraits par le décor. Seule source lumineuse : un écran placé devant eux, sur lequel était diffusé un film. Tant que le bébé y prêtait attention, la scène se poursuivait. Elle prenait fin quand il détournait son regard. Il ne leur a pas fallu longtemps pour comprendre ce principe et ont donc rapidement appris à tourner la tête pour stopper la projection.

Les vidéos proposées montraient un film d’animation avec des objets courants, comme une sucette, un biberon ou une balle. Ceux-ci étaient d’abord cachés dans des boîtes de couleurs, avant d’être révélés. Les scientifiques ont conçu des dizaines d’essais, dans lesquels ils changeaient le moment et le lieu où les objets apparaissaient. Par exemple, la boîte bleue pouvait contenir dix fois de suite un nounours, la boîte rose vingt fois consécutive un camion de pompier, et la boîte verte cachait chaque fois un objet différent.

Le bébé, assis sur les genoux de sa mère, n'avait qu'une seule distraction : le film projeté sur l'écran. S'il était captivé, il ne quittait pas la scène des yeux. Il lui suffisait de détourner le regard pour mettre fin à l'expérience. © Université de Rochester
Le bébé, assis sur les genoux de sa mère, n'avait qu'une seule distraction : le film projeté sur l'écran. S'il était captivé, il ne quittait pas la scène des yeux. Il lui suffisait de détourner le regard pour mettre fin à l'expérience. © Université de Rochester

Les auteurs ont en parallèle établi un modèle statistique, censé imiter les événements se déroulant dans le cerveau des enfants. D’abords naïfs au premier visionnage, ils n’avaient aucune attente particulière. Mais au fur et à mesure de l’expérience, ils allaient pouvoir plus ou moins prédire ce qui allait se passer par la suite. Les films ont été notés d’une probabilité, les plus faibles correspondant aux séquences les plus prévisibles (toujours un même objet derrière une même boîte), les plus élevées signalant celles où les pronostics étaient impossibles (les objets changeaient à chaque fois). Le but étant de prédire quelles séquences plairaient le plus aux enfants.

Attention et apprentissage, deux événements liés

Leur modèle a bien retranscrit la réalité. Dès que les prévisions devenaient trop faciles, les enfants détournaient le regard de l’écran, ne prenant plus de plaisir à deviner ce qui allait sortir. Dans les films les plus complexes, ceux pour lesquels on ne peut rien deviner, là encore ils détournaient très vite leur attention. En revanche, ils regardaient davantage les films intermédiaires, avec un peu de prévisibilité mais aussi de la surprise.

Cette découverte ne manque pas d’intérêt car elle permet d’envisager également la façon dont les bébés tentent d’appréhender le monde qui les entoure. Ainsi, un nourrisson ne prêtera guère d’intérêt à une situation qu’il maîtrise déjà. Idem pour celles qu’il n’est pas en mesure de comprendre. En revanche, les autres, à sa portée, sont riches d’enseignements, et donc l'intéressent. Le nouveau-né a soif d’apprendre...

Les auteurs le reconnaissent : le monde n’est pas fait que de situations visuelles. La communication, les odeurs, la voix, etc., peuvent susciter l’intérêt des petits de manière tout à fait différente. Il est donc encore impossible de généraliser.

Cependant, en comprenant mieux les critères nécessaires pour attirer le regard, on pourrait par exemple détecter de manière plus précoce les déficits de l’attention, comme l’hyperactivité ou l’autisme. Si le bon dosage de surprise et de prédictibilité est intégré dans un film, il devrait plaire à la plupart des nouveau-nés. Ceux montrant un moindre intérêt pourraient trahir des troubles de l’attention et mériteraient un suivi actif pour qu’on s’en assure.


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