Mots-clés |
  • insecte

Biographie de François Catzeflis

Biologiste Directeur Recherche CNRS

PDF

Sa biographie

Mon intérêt pour les sciences naturelles et la biologie a commencé « sous la contrainte » : je passais des vacances à la frontière belgo-hollandaise chez ma marraine, et à l’âge de 16 ans je me laissais parfois entraîner par mes cousins plus âgés à des courses de karting. Ma marraine, trouvant cela dangereux, m’obligea à accompagner un de ses fils à une visite ornithologique de la Réserve du Zwin. Et c’est là, en août 1968, que le déclic s’opéra. Depuis, j’ai gardé un immense plaisir à observer les oiseaux, que ce soit dans les hautes Alpes ou en forêt amazonienne.

Mais observer les oiseaux n’est pas forcément devenir biologiste ....Plus tard, à l’Université de Lausanne en Suisse, mon « patron » le Professeur Peter Vogel m’avait dit « si vous voulez poursuivre vos études et votre formation dans notre Institut, alors il faudra choisir des sujets de recherche concernant les mammifères, et les musaraignes de préférence ». C’est ainsi que débuta mon véritable parcours, par un Diplôme (sorte de Master) puis une thèse sur la systématique des musaraignes d’Europe.

Vint le temps du séjour post-doctoral, moment privilégié s’il en est dans la carrière d’un biologiste. Je voulais absolument aller à Yale (dans le Connecticut, aux USA), dans le laboratoire du Professeur Charles G. Sibley, dont les découvertes sur la systématique évolutive des oiseaux et des primates étaient passionnantes telles que vues au travers des hybridations ADN/ADN dans les années 1978 à 1984. Mais « Doc », comme on l’appelait familièrement – et respectueusement - , ne voulait pas entendre parler des musaraignes et des insectivores, et m’accepta à condition que j’étudie les taux d’évolution des souris et campagnols. Ce furent deux années de vie scientifique intense, un laboratoire « tournant » 24 heures sur 24, et je suis encore aujourd’hui redevable à mon épouse de son soutien continuel alors que je n’étais jamais à la maison ....
En 1986, lorsque Charles Sibley allait partir en retraite, il fallût bien trouver du travail, et par chance à cette époque le marché de l’emploi était favorable aux jeunes biologistes. C’est à une invitation du Professeur Louis Thaler, de l’Université de Montpellier, que je répondis favorablement, afin de rejoindre l’équipe de recherche animée par François Bonhomme et qui étudiais l’évolution des souris sauvages.

J’intégrais alors le CNRS, et après trois ans le nouveau directeur de l’Institut des Sciences de l’Evolution, le Professeur Jean-Jacques Jaeger, m'encourageait à créer un groupe de recherche sur le thème de la phylogénie moléculaire des rongeurs.
Les années 1989 et suivantes ont été très productrices, essentiellement par le fait des étudiants brillants que j’ai eu l’honneur d’encadrer. Mais, je dois l’avouer, ces années de recherches depuis la fin de ma thèse se sont essentiellement déroulées au laboratoire, en expérimentations de biologie moléculaire, et le travail de terrain commençait à me manquer....

Mes centres d’intérêt ont basculé au printemps 1994, lorsqu’un collègue m'a demandé de le remplacer en Guyane française pour encadrer un étudiant qui démarrait une thèse sur les peuplements de petits mammifères en rapport avec la fragmentation de l’habitat due à la montée des eaux du barrage de Petit-Saut. Et c’est là, en mars 1994, qu’un deuxième déclic s’opéra. La fantastique ambiance d’une forêt tropicale humide – et même, très humide ! – a alors re-orienté mes activités scientifiques.

A ce jour, en juillet 2007, j’ai pu effectuer une quinzaine de missions de terrain sur le Plateau des Guyanes (Guyane française, Suriname, Sud-Est Vénézuela), destinées à échantillonner la biodiversité des petits mammifères non-volants (rongeurs, opossums) et volants (chauves-souris). Chacun de ces séjours, durand entre trois et six semaines, a été une expérience particulière, riche en émotions, avec souvent des compagnons de terrain passionnants et très expérimentés, et qui m’ont ouvert les yeux sur toute une série de questions scientifiques ayant trait à la biodiversité, la systématique, l’écologie, l’histoire des peuplements, .....

1 -  Etudes et formation

1968-1973 : Etudes secondaires au Lycée-Collège de Sion, Suisse. Maturité (Baccalauréat) scientifique;
1974-1979 : Etudes de Sciences à l'Université de Lausanne, Suisse:deux années propédeutiques puis Certificats de Botanique et de Zoologie;
1979-1981 : cours et recherches personnelles pour obtenir le Diplôme de Biologiste à la Faculté des Sciences de l'Université de Lausanne;
1981-1984 : doctorant à l'Université de Lausanne, Faculté des Sciences: Directeur de thèse: Prof. Peter Vogel.
1984-1986 : recherches post-doctorales au Département de Biologie & Peabody Museum de l'Université de Yale, New Haven, CT,USA. Directeur du laboratoire: Prof. Charles G. Sibley.

2 - Diplômes obtenus.

Juin 1973    : Certificat de Maturité scientifique, type C (baccalauréat) au Lycée-Collège de Sion, Suisse;
Octobre 1978 : Licence ès Sciences Naturelles de l'Université de Lausanne, Suisse;
Février 1981 : Diplôme de Biologiste de l'Université de Lausanne;
Octobre 1984 : Grade de Docteur ès Sciences de l'Université de Lausanne.

3 - Postes occupés.

Oct.1978 - Avr.1979: Assistant au musée Zoologique, Lausanne. Directeur:   Prof. Jacques Aubert;
Avr.1979 - Oct.1984: Assistant à l'Institut de Zoologie et Ecologie   Animale, Université de Lausanne. Directeur: Prof. Peter Vogel. Activité principale: préparation d'une thèse de doctorat (sujet:"Systématique biochimique, taxonomie et évolution des Musaraignes d'Europe  ");
Nov.1984 - Mai.1986: Chercheur "post-doctoral fellow" au Département de Biologie de l'Université de Yale. Directeur: Prof. Charles G. Sibley;
Jui.1986 - Mai.1987: chercheur associé CNRS auprès de l'Institut des Sciences de l'Evolution, Montpellier. Directeur: Prof. Louis Thaler;
Jui.1987 - Nov.1987: chercheur associé ORSTOM auprès de l'Institut des Sciences de l'Evolution, Montpellier.
Nov.1987 - Sept.1988: Maitre de Conférence Associé, à l'Université Montpellier II. Enseignements de Biologie Cellulaire à l'IUT Montpellier et de Génétique des Populations en Maitrise à l'USTL.
Oct.1988 - Oct.1993: Chargé de Recherche au CNRS, affecté à l'UA 327 Institut des Sciences de l'Evolution, Montpellier. Directeur: Prof. Jean-Jacques Jaeger.
Oct.1993 ---->: Directeur de Recherche au CNRS, affecté à l'UA 327 Institut des Sciences de l'Evolution, Montpellier. Directeurs: Prof. Jean-Jacques Jaeger / Dr Nicole Pasteur.

4 -  Intérêts particuliers

Biodiversité, taxonomie, systématique et évolution des mammifères de Guyane
Systématique évolutive et génétique moléculaire des Rongeurs (Mammifères);
Ecologie et faunistique des Mammifères de Guyane;
Biogéographie et biologie de la conservation en Amérique tropicale

 

Son métier au quotidien

Tu-ti-tu ... tu-ti-tu .... il est 05h00, vite j'éteins mon réveil-matin avant que mon compagnon de carbet ne soit dérangé. Sur le terrain, en forêt tropicale, j’aime me lever dans la nuit, car vivre l’aube s’installer est magique. Les dernières chauves-souris s’activent, les chants des oiseaux s’entendent de très loin, et cette merveilleuse fraîcheur donne envie de travailler !

Au camp scientifique des Nouragues, l’aide cordiale des gardes très expérimentés de la Réserve des Nouragues est très appréciée des biologistes de passage. Ici, avec feu Domingo Ribamar da Silva, qui a été lâchement assassiné en mai 2006 dans la forêt le long du Fleuve Approuague. © François Catzeflis - Tous droits résevés
Au camp scientifique des Nouragues, l’aide cordiale des gardes très expérimentés de la Réserve des Nouragues est très appréciée des biologistes de passage. Ici, avec feu Domingo Ribamar da Silva, qui a été lâchement assassiné en mai 2006 dans la forêt le long du Fleuve Approuague. © François Catzeflis - Tous droits résevés

Nous sommes aux Nouragues, la station scientifique du CNRS en plein coeur de la forêt guyanaise, et l’objectif de cette mission de terrain est à nouveau d’échantillonner les rongeurs et opossums pour connaître la stabilité du peuplement local au fil des années.

Beaucoup d’espèces d’opossums sud-américains n’ont pas de poche marsupiale, et donc les larves portées par la mère sont parfaitement visibles. Ici, une petite Marmosa murina (env. 70 grammes) traverse le chemin en profitant d’une branche horizontale. © François Catzeflis - Tous droits réservés
Beaucoup d’espèces d’opossums sud-américains n’ont pas de poche marsupiale, et donc les larves portées par la mère sont parfaitement visibles. Ici, une petite Marmosa murina (env. 70 grammes) traverse le chemin en profitant d’une branche horizontale. © François Catzeflis - Tous droits réservés

En trois sites de la forêt, éloignés de 1 à 3 km du camp, Guillaume (un étudiant en stage) et moi avons disposé des pièges au sol et dans les parties basses des arbres. Durant huit nuits consécutives, ces pièges appâtés avec du beurre de cacahouette et de la banane vont être visités par les Oecomys, Rhipomys, Oryzomys, Proechimys et autres « miss » que sont les nombreuses espèces de rats et les souris locaux. Nous attraperons aussi des petits Didelphidae, des opossums des genres Marmosa, Marmosops, Philander, et Didelphis, pour ne citer que les plus communs.

Les grands opossums, comme ce pian (Didelphis marsupialis) sont capturés dans des cages en épais grillage. Terrestre et arboricole, cette espèce montre des poulations dont la densité fluctue beaucoup selon les années et les ressources alimentaires en fruits. © François Catzeflis - Tous droits réservés
Les grands opossums, comme ce pian (Didelphis marsupialis) sont capturés dans des cages en épais grillage. Terrestre et arboricole, cette espèce montre des poulations dont la densité fluctue beaucoup selon les années et les ressources alimentaires en fruits. © François Catzeflis - Tous droits réservés

07h30 : départ, avec un sac à dos contenant boussole, talkie-walkie, carte détaillée, de l’eau, et des appâts comme chaque deux jours on recharge les pièges fréquentés aussi par les fourmis.

Tous les rongeurs et opossums qui sont capturés la première fois sont ramenés au camp, anesthésiés (une injection de kétamine qui les endort une vingtaine de minutes), identifiés, mesurés (poids, tête et corps, patte postérieure, et bien d’autres variables corporelles), et un petit triangle d’oreille est proprement découpé. Cette biopsie est immergée en éthanol pur, et servira ensuite au laboratoire pour les analyses de génétique moléculaire. Plus tard, en fin d’après-midi, nous irons relâcher sur leur site de capture les animaux, qui pourront ensuite être reconnus individuellement de par l’emplacement de la découpe du morceau d’oreille.

Pour étudier les rongeurs et opossums, on pose des pièges au sol et dans les branches basses qui seront relevés chaque matin durant au moins huit jours consécutifs. © François Catzeflis - Tous droits réservés
Pour étudier les rongeurs et opossums, on pose des pièges au sol et dans les branches basses qui seront relevés chaque matin durant au moins huit jours consécutifs.
© François Catzeflis - Tous droits réservés

Aujourd’hui, quatrième jour de fonctionnement pour ces trois séries de pièges : nous re-capturons deux souris arboricoles du genre Oecomys, marquées précédemment 01 et 04 ; l’une était une femelle en fin de gestation, et a mis bas entre-temps, comme elle pèse cinq grammes de moins, et que ses mamelles sont en activité. L’autre Oecomys auyantepui est un jeune mâle que nous avions capturé à plus de 100 mètres de distance, et qui apparemment se ballade à la recherche d’un territoire vacant.

11h00 : retour au camp  -  vite, un bon café ! Guillaume a posé à l’ombre du carbet-laboratoire deux nouvelles captures : un bel opossum coureur du genre Metachirus, et un petit Marmosops dont l’identification sur le vivant pose toujours problème....

L’opossum coureur et terrestre Metachirus nudicaudatus, fréquent certaines années autour du camp des Nouragues. Noter l’encoche à l’oreille droite, qui correspond au marquage individuel (le petit morceau d’oreille découpé a été préservé pour les études de génétique moléculaire) © François Catzeflis - Tous droits réservés.
L’opossum coureur et terrestre Metachirus nudicaudatus, fréquent certaines années autour du camp des Nouragues. Noter l’encoche à l’oreille droite, qui correspond au marquage individuel (le petit morceau d’oreille découpé a été préservé pour les études de génétique moléculaire)
© François Catzeflis - Tous droits réservés.

Ce genre de petit opossum (qui pèse entre 10 et 30 grammes) renferme en Guyane  deux espèces très semblables; le caractère d’identification le plus utile est la taille relative de la canine, et il va falloir l’examiner sous la loupe durant l’anesthésie. Il s’avère que c’est l’espèce Marmosops pinheiroi, mais son identification définitive sera faite dans quelques semaines au laboratoire, à Montpellier, en séquençant un gène mitochondrial (le cytochrome-b) qui diverge par au moins 15% entre les deux espèces. La présence conjointe (on dit « en syntopie » lorsque deux espèces cohabitent dans la même localité géographique) des deux Marmosops pose l’intéressant problème écologique du partage de la niche : en quoi ces animaux si semblables morphologiquement divergent-ils dans leurs comportements afin de diminuer la compétition inter-spécifique ? Dans plusieurs localités du Plateau des Guyanes où les deux espèces ont été capturées simultanément, nous n’avons pas encore réussi à identifier des préférences d’habitat pour l’une ou l’autre.

A la station scientifique des Nouragues, les petits rongeurs capturés sont relâchés ensuite après prises de mensurations et marquage individuel : ici un Rhipidomys nitela. Photo © Roger Le Guen - Tous droits réservés
A la station scientifique des Nouragues, les petits rongeurs capturés sont relâchés ensuite après prises de mensurations et marquage individuel : ici un Rhipidomys nitela.
Photo © Roger Le Guen - Tous droits réservés

17h00 : après une sieste durant les heures les plus chaudes, nous reprenons chacun nos activités : Guillaume va relâcher les deux opossums sur leur site de capture, et je commence à préparer le matériel destiné à capturer des chauves-souris en périphérie du camp. Ce soir, nous tendrons 50 m de filets en sous-bois pour essayer de capturer des petites Rhinophylla, une espèce frugivore dont l’écologie a fait le sujet de la thèse d’un des étudiants de Pierre Charles-Dominique, le directeur de la station des Nouragues. Entre deux tournées de filets, il faudra trouver le temps de manger, de faire la vaisselle, et d’écrire quelques notes résumant la journée dans mon cahier de laboratoire.

22h00 : les filets sont repliés, une douzaine de chauves-souris (représentant quand même six espèces) ont été capturées, identifiées, marquées, et relâchées. Il est temps de faire tremper quelques habits que je frotterai au savon demain, de prendre une douche d’eau froide – la meilleure ! - , puis dodo dans ce délicieux hamac brésilien. Parce que vous connaissez la suite : Tu-ti-tu ... tu-ti-tu .... il est 05h00 ..

Sa dédicace

Aujourd'hui le marché du travail offre peu de postes de recherche ou d'enseignements aux jeunes scientifiques, en particulier aux biologistes des sciences naturelles.

J'ai eu énormément de chance de pouvoir effectuer le métier que j'aime encore et toujours 35 ans après mon bac ! Et aujourd'hui, dans ce monde de communication virtuelle, je trouve super qu'un site comme Futura-Sciences présente aux jeunes - et aux moins jeunes - différents parcours de scientifiques. C'est avec plaisir que j'offre mes pages d'écriture à Futura-Sciences et à ses lecteurs, en encourageant les naturalistes à embrasser la profession de chercheur en biologie.

Ses dossiers

  • La forêt tropicale et sa biodiversité

    La première découverte de forêts tropicales et dont il reste des traces écrites est une narration qui a plus de 2000 ans. En 327 avant JC, les troupes d’Alexandre le Grand franchissent la ...