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Les animaux ont-ils une culture ?

Il est difficile de définir la culture, et de là de déterminer si elle est une  spécificité humaine ou une caractéristique partagée par le monde animal. Alors, les animaux ont-ils une culture ? 

Page 8 / 9 - Culture or not culture ? La société des fourmis Sommaire
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Damien Jayat Médiateur scientifique

Les fourmis sont indéniablement, dans l’histoire de la vie, une formidable réussite. Elles ont colonisé la Terre entière, fondé des supercolonies couvrant des milliers de kilomètres carrés, se sont adaptées à tous les environnements où elles réalisent de véritables prouesses techniques. Peut-on parler de culture ?

Leur durée de vie est en moyenne cent fois plus élevée que celle d’insectes « bas de gamme » comme les guêpes ou les cafards. Le record est tenu par une reine Lasius niger (la fourmi noire commune), qui a survécu 28 ans, choyée dans un laboratoire ! Les fourmis possèdent même des mécanismes moléculaires de réparation de l’ADN – fait exceptionnel chez les insectes – qui augmentent encore leur espérance de vie.

Fourmi dégustant des pucerons. © Friedrich Böhringer, CC by sa 2.5 
Fourmi dégustant des pucerons. © Friedrich Böhringer, CC by sa 2.5 

Les sociétés de fourmis sont apparues progressivement au cours de l’évolution, probablement issues de guêpes solitaires qui auraient bifurqué, il y a environ 100 millions d’années, vers une vie sociale. Quelques individus d’abord, puis des groupes de plus en plus vastes et organisés. Il existe encore, en Australie, des espèces « primitives », dont les colonies ne comportent qu’une poignée de fourmis pratiquant la répartition hiérarchique des tâches et la communication par phéromones. Comme chez l’Homme, on peut ainsi retracer l’histoire évolutive des fourmis et même se lancer dans une vraie analyse ethnologique de leurs sociétés, en comparant les « primitives » et les « modernes ».

La société des fourmis. © Patrick Goulesque
La société des fourmis. © Patrick Goulesque

Mettre en parallèle les sociétés d’Hommes et de fourmis est une pratique courante depuis quelques années. On nous compare aisément à ces monceaux de vie grouillants qui parviennent toujours, comme par miracle, à tirer des merveilles à partir du désordre apparent. Les fourmis seraient devenues dans notre inconscient collectif, alimenté par les belles histoires qu’on se raconte au coin du feu pour émerveiller les enfants en attendant le Père Noël, des modèles de vie collective auxquels on aurait tout intérêt à se référer. Holà, comme vous y allez ! Cet emballement en vaut-il vraiment la chandelle ?

D’abord, on dit que les fourmis ont eu le même succès que nous pour coloniser la planète. Oui, mais chez elles il faut compter les 12.000 espèces pour couvrir l’ensemble des continents. Alors que chez nous, une seule espèce (Homo sapiens) est concernée par cet exploit. Score : 1-0 pour l’Homme. Côté vie sociale, qui concerne directement notre histoire de culture, leur division des tâches et leur ingénieux mode de communication seraient des arguments indiscutables en faveur d’une comparaison Hommes/fourmis. Indiscutables, c’est vite dit. Il en faut moins que ça pour attiser les braises de la rigueur scientifique. Car c’est justement dans le partage des tâches et le système de communication qu’on trouve les meilleures preuves que non, décidément, les fourmis ne sont pas des gens comme nous.

Les fourmis communiquent par phéromones. © Patrick Goulesque
Les fourmis communiquent par phéromones. © Patrick Goulesque

Communiquer par phéromones est une excellente idée. Pour se reconnaître entre membres de la fourmilière, pour alerter les collègues ou pour tisser un fil d’Ariane chimique à percevoir du bout des antennes, c’est impeccable. Mais n’avoir que l’odeur comme mode de reconnaissance pose parfois problème. Par exemple, que se passe-t-il si un parasite arrive à s’enduire le corps avec les molécules d’identification d’une colonie ou, pire, à distiller ses propres phéromones de fourmis alors qu’il n’en est pas une ? Les petits génies arthropodes n’y voient alors que du feu ! Des scarabées et des grillons parviennent à s’imprégner de l’odeur des ouvrières en se frottant à elles, ce qui leur permet ensuite de se balader incognito dans la fourmilière. Se font-ils repérer à vue d’œil ? Pas le moins du monde. Les fourmis se reconnaissent à l’odeur, rien qu’à l’odeur. Les pirates parfumés à la phéromone d’ouvrière deviennent membres à part entière de la colonie, qu’ils parasitent comme bon leur semble.

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