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Les animaux ont-ils une culture ?

Il est difficile de définir la culture, et de là de déterminer si elle est une  spécificité humaine ou une caractéristique partagée par le monde animal. Alors, les animaux ont-ils une culture ? 

Page 6 / 9 - La danse des abeilles, un langage au sens biologique du terme Sommaire
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Damien Jayat Médiateur scientifique

Connue depuis les travaux de l’Autrichien Karl von Frisch dans les années 1940, la danse des abeilles est un langage au sens biologique du terme : en se trémoussant de l’arrière-train, l’insecte fournit à ses congénères plusieurs informations. Mais est-elle en plus un langage symbolique ? Cela se pourrait.

 Une abeille récolte du pollen. © Jon Sullivan Domaine public
 Une abeille récolte du pollen. © Jon Sullivan Domaine public

Parce qu’il permet de transmettre des informations par l’intermédiaire de codes. Pas question d’alphabet ici, une abeille ne sachant pas tenir un stylo correctement. Elle utilise plutôt, pour coder son message, des mouvements de danse. L’objectif de ce rock n’ roll à six pattes est toujours le même : une éclaireuse rentre au nid après avoir trouvé une source d’eau ou un coin densément fleuri. Elle régurgite le nectar qu’elle a stocké dans une poche interne de sa bouche, ou se laisse décharger du pollen qu’elle a rangé le long de ses pattes. Si les ouvrières qui l’accueillent montrent beaucoup d’enthousiasme, l’éclaireuse peut se mettre à danser pour leur indiquer le chemin à suivre vers le lieu de dégustation. C’est là que le code intervient.

 
La danse des abeilles est une forme de langage. © Patrick Goulesque

Si le lieu de butinage est proche du nid, l’éclaireuse danse simplement en rond. Elle fait parfois demi-tour, ou du bruit en agitant les ailes, mais il ne semble en ressortir aucune information valide. Lorsqu’elles quittent le nid, les butineuses qui l’ont observée s’égayent dans toutes les directions pour chercher la source de nourriture un peu au hasard. La danse en rond fournirait donc un message simple : « les filles, j’ai trouvé à manger pas loin ! ».

Pour des distances un peu plus grandes, la guide passe à un second type de danse, dite en faucille. Elle parcourt désormais deux ellipses allongées, symétriques l’une de l’autre par rapport à un axe. La danse comporte ici une information sur la direction à suivre : l’angle formé entre son axe de symétrie et la direction verticale est le même que celui, dehors, entre la direction du soleil et celle vers laquelle il faut voler pour trouver le lieu de butinage. Une précision géométrique digne d’un Pythagore en pleine forme !

La danse en faucille n’indique cependant qu’une direction générale. La butineuse doit se débrouiller seule pour mettre la patte sur la nourriture qui se trouve, d’après les indications, « vers là-bas, et pas trop loin ». Ce flou sur la distance est réglé avec la 3e danse, pratiquée si la source se trouve loin du nid, à plusieurs dizaines voire centaines de mètres. Cette danse est appelée frétillante car l’abeille y décrit une forme de « 8 » aplati dont la partie centrale est en ligne droite. Ligne que l’abeille parcourt en faisant frétiller son abdomen. Cette fois, la danse permet de coder au moins trois informations.

Les abeilles pratiquent différentes danses, chacune pour exprimer une idée. © Patrick Goulesque
Les abeilles pratiquent différentes danses, chacune pour exprimer une idée. © Patrick Goulesque

1- La direction est donnée comme lors de la danse en faucille : l’angle entre la ligne droite du « 8 » et la verticale est le même que celui entre la direction du soleil et celle de la source.

2- La distance est précisée : il existe un lien direct entre la durée du frétillement, lors de chaque ligne droite, et la distance à parcourir. Plus on se trémousse le popotin, plus il faudra voler loin. La relation est presque mathématique, proportionnelle : si la danseuse frétille pendant 0,8 seconde pour coder 200 mètres et 1,2 seconde pour en coder 300, elle frétillera 1,6 seconde pour indiquer 400 mètres, etc.

3- La danse fournit enfin une indication sur la richesse de la source : plus on y trouve de quoi se régaler, plus la guide exécute un grand nombre de tours de danse, et plus elle frétille vigoureusement son abdomen lors des passages en ligne droite.

La danse des abeilles peut donc prendre trois formes différentes : en rond, en faucille ou frétillante, selon l’éloignement de la source. C’est le premier code introduit dans le langage. Lors des deux dernières danses, on montre une direction par une correspondance d’angles. Deuxième code. Avec la danse frétillante, on ajoute une info sur la distance. Troisième code. Il n’en faut pas plus pour considérer la danse des abeilles comme un langage symbolique. D’autant que ce langage semble posséder des dialectes…

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