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Ver à soie

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Parmi les chenilles qui produisent de la soie, l'espèce Bombyx mori ou ver à soie du mûrier, est celle qui donne les produits les plus beaux et les plus estimés.

Bombyx mori. © DR
Bombyx mori. © DR

Originaire de la Chine méridionale, le ver à soie y était déjà élevé 2.700 ans avant J.-C. Les œufs furent importés en Inde, en Perse, dans diverses parties de l'Asie, et ce n'est qu'au VIe siècle qu'ils apparaissent à Constantinople ; ensuite on fit de l'élevage en Grèce, en Arabie, en Espagne, en Italie, et enfin en France, au XIIIe siècle. Lyon commença à produire des soieries vers 1450. L'élevage du vers à soie connut son essor en Touraine du XVIe au XVIIIe siècle.

Fabrication de la soie. ©  DR
Fabrication de la soie. ©  DR

La fabrication de la soie au fil des siècles

Les demeures troglodytiques offrent un atout majeur : il règne dans les caves souterraines une température constante (entre 12 et 14 °C) tout au long de l'année, une aubaine pour le Bombyx du mûrier qui redoute les variations de températures ! Mais à la fin du XIXe siècle, la crise économique, puis la maladie des vers à soie ont eu raison des élevages de Touraine : l'industrie de la soie est alors tombée en désuétude. On peut encore y voir de superbes magnaneries troglodytes, par exemple au Château de Brézé, près de Saumur (49, Brézé).

Les coconniers, petites alvéoles taillées dans le roc, abritaient les vers pour la montée en bruyère. Les verrières, femmes s'occupant de l'élevage des vers à soie, plaçaient dans ces loges un balai de bruyère où les magnans faisaient leurs cocons… Puis sous Henri IV la culture du mûrier s'étendit dans le midi et le centre.

Bombyx mâle et bombyx femelle pondant. © DR
Bombyx mâle et bombyx femelle pondant. © DR

Description du Bombyx mori

Au fur et à mesure de sa domestication, l'animal s'est transformé, devenant incapable de voler et de se nourrir sans l'aide de l'Homme. Ce papillon n'existe plus à l'état sauvage, y compris en Chine d'où il est originaire.

Le « ver à soie » est une chenille et présente une particularité biologique : la diapause, un arrêt du développement dans l'œuf, 4-5 jours après la fécondation.

La chenille se distingue des autres bombyx par une « corne ». La tête comporte une mâchoire armée de dents, et, en dessous de la lèvre inférieure, se trouve la trompe par où sort la soie secrétée par les glandes soyeuses. Le corps, glabre, blanchâtre, comporte 3 paires de pattes cornées et 5 paires munies de petits crochets qui fixent les « vers » sur les objets. Le « ver à soie » forme une enveloppe soyeuse appelée cocon dans laquelle il s'enferme pour devenir chrysalide et enfin papillon.

Anatomie de la chenille. © D'après P. Morin, Le prisonnier de soie
Anatomie de la chenille. © D'après P. Morin, Le prisonnier de soie

D'autres espèces donnent de la soie : l'Anthéroea Yama-Maî et l'Anthéroea Pernyï dont le cocon est trois fois plus gros que celui du Bombyx mori ; cette soie nommée Tussah est employée dans l'ameublement.

L'élevage des vers à soie

L'élevage des vers à soie se fait dans des magnaneries, du mot provençal magnan qui signifie : ver à soie. L'élevage comprend deux périodes : l'incubation de l'œuf et l'élevage de la chenille. La première période dure 11 jours pendant lesquels la température de l'étuve varie de 17° à 28° progressivement. Pendant les 3 derniers jours, l'éclosion est abondante, il faut alors placer sur les chenilles, de la feuille de mûrier coupée… pour nourrir la chenille dont c'est la nourriture exclusive. Trente grammes d'œufs donnent environ 50.000 chenilles qui produisent 40 kg de cocons frais et ont consommé environ 1 tonne de feuilles de mûrier !

Bombyx chenille. © DR
Bombyx chenille. © DR

L'élevage des « vers » proprement dits dure 30 à 40 jours comportant des mues qui permettent à la chenille de grossir environ 40 fois. Elle atteint son complet développement quand son poids est d'environ 5 gr et sa longueur est de 9 cm.

Les repas des chenilles nécessitent une opération appelée délitement, dont le but est de changer la litière. On doit veiller à ce qu'elles ne soient pas entassées, chaque chenille doit avoir un espace trois fois plus grand que celui qu'elle occupe au repos.

Lorsque la chenille arrive « à maturité » on procède au boisement qui lui permet de grimper dans des rameaux et de choisir une place pour filer son cocon. Il faut 3 jours pour faire le cocon, mais il ne faut pas dépasser 7 jours, sinon il perd de son poids : il faut donc les vendre le plus tôt possible.

La soie

Face interne du cocon représentant cette bave filamenteuse, à un grossissement de 80X. © Gérard Coste Ingénieur EFPG
Face interne du cocon représentant cette bave filamenteuse, à un grossissement de 80X. © Gérard Coste Ingénieur EFPG

Coupe transversale d'un cocon représentant les différentes couches de bave constituant la coupe transversale (selon l'épaisseur) du cocon. Grossissement 40X. Cette bave est constituée de 2 brins de fibroïne (protéine) entourés par un ciment appelé grès donnant ainsi de la soie grège. © Gérard Coste Ingénieur EFPG
Coupe transversale d'un cocon représentant les différentes couches de bave constituant la coupe transversale (selon l'épaisseur) du cocon. Grossissement 40X. Cette bave est constituée de 2 brins de fibroïne (protéine) entourés par un ciment appelé grès donnant ainsi de la soie grège. © Gérard Coste Ingénieur EFPG

Face interne du cocon représentant cette bave filamenteuse, à un grossissement de 700X. © Gérard Coste Ingénieur EFPG
Face interne du cocon représentant cette bave filamenteuse, à un
grossissement de 700X. © Gérard Coste Ingénieur EFPG

Face externe du cocon représentant un fort grossissement de la bave filamenteuse, à un grossissement de 3.000X. On distingue nettement les deux brins de fibroïne entourés par le grès. © Gérard Coste Ingénieur EFPG
Face externe du cocon représentant un fort grossissement de la bave filamenteuse, à un grossissement de 3.000X. On distingue nettement les deux brins de fibroïne entourés par le grès. © Gérard Coste Ingénieur EFPG

Le fil composant le cocon est formé de 2 baves, secrétées par les glandes soyeuses, qui sont soudées par le grè» : ensemble des matières gélatineuses, cireuses, résineuses et colorantes qui couvrent la fibroïne. Le fil se compose donc de deux éléments : 75 % de fibroïne et 25 % de grès, lequel est dissous dans une solution bouillante savonneuse. La longueur moyenne de fil est de 600 m à 1 km par cocon et son diamètre diminue régulièrement entre le début et la fin du même cocon. Il faut 11 kg de cocons frais (3 kg secs) pour obtenir 1 kg de soie filée….

Trois jours après l'achèvement du cocon la chrysalide est formée, puis 15 jours après, le papillon, et, si on n'avait pas tué la chrysalide avant cette transformation, le papillon sortirait de son cocon en le perçant et celui-ci ne pourrait plus se filer….

Il faut donc tuer la chrysalide, par étouffement, la sécher complètement, pour éviter la putréfaction. Ceci se fait soit à l'étuve, soit au caisson. Les cocons sont, dans ce dernier cas, disposés au-dessus d'une chambre à air chaud munie de ventilateurs, la température est de 83° pendant tout le temps de l'opération.

Mais il faut garder des reproducteurs, donc prélever des chrysalides pour la reproduction : aussitôt sortis de la chrysalide, l'accouplement s'effectue, la femelle est alors déposée sur des morceaux de toile et quelques instants après, la ponte commence, les œufs se collent sur la toile et c'est dans cet état que l'on devra les conserver jusqu'à l'élevage suivant, au sec et à 12°.

Atelier de soie Tassinari et Chatel, Lyon. © site : cvmt.com
Atelier de soie Tassinari et Chatel, Lyon. © site : cvmt.com

Fibres nouvelles par ver à soie transgénique, mythe ou réalité ?

Un extrait d'une communication de Pierre Couble, directeur du Centre de génétique moléculaire et cellulaire (CNRS-Université Lyon 1), Villeurbanne.

« Le recours au ver à soie transgénique se justifie d'autant plus qu'on dispose d'un corps de données important sur la physiologie, la biochimie, la génétique et la génomique de cet organisme, largement utilisé comme modèle en recherche fondamentale. Lorsque des contacts ont été pris entre le laboratoire et la DGA, la question - centrale dans ce projet - de la disponibilité d'une méthode de transformation de la lignée germinale du Bombyx n'était cependant pas réglée et le soutien apporté par la DGA a contribué à y parvenir. Le protocole de transgenèse que nous avons alors mis au point s'avère extrêmement efficace et conduit à l'expression stable des transgènes, les gènes introduits au cours des générations successives de Bombyx.

La compétition entre la production de la protéine exogène et celle des protéines de la soie du Bombyx peut rendre difficile la maîtrise de la composition finale de la fibre de soie. Aussi, nous travaillons à remplacer l'expression des gènes de la soie du Bombyx par celle du gène introduit, le transgène, avec des résultats très encourageants qui devraient nous permettre d'obtenir des fibres mixtes dotées de propriétés tout à fait originales. »

Bibliographie

  • C. König : notes de cours personnelles (Insectes et Matières naturelles)
    F.Roux : résumé des leçons sur les matières textiles végétales et animales, Montreux, 1920
  • http://www.efpg.inpg.fr/ le site EFPG Ecole Française de papeterie et des Industries graphiques de Grenoble, école où enseigne M. Coste.

Remerciements à M. Gérard COSTE Ingénieur EFPG, enseignant dans cette école et qui a permis d'illustrer une partie de cette définition.

Ver à soie. © Fernando Cuenca Romero, Flickr CC by nc-sa 3.0 Ver à soie. © Fernando Cuenca Romero, Flickr CC by nc-sa 3.0

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