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En vidéo : la surprenante éponge harpe carnivore !

Une nouvelle espèce d’éponge vient d’être découverte au large de la Californie à plus de 3.300 m de profondeur. Appréciant la symétrie, Chondrocladia lyra serait en plus hermaphrodite et surtout carnivore ! Elle apprécierait tout particulièrement les crustacés venus s’empêtrer dans ses crochets velcro…

Cette éponge lyre Chondrocladia lyra a été observée entre 3.316 et 3.399 m de profondeur dans les eaux du Pacifique nord. Dix individus ont été photographiés ou filmés en plus des deux qui ont été prélevés. © MBari 2012 Cette éponge lyre Chondrocladia lyra a été observée entre 3.316 et 3.399 m de profondeur dans les eaux du Pacifique nord. Dix individus ont été photographiés ou filmés en plus des deux qui ont été prélevés. © MBari 2012

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Les fonds marins n’en finissent pas de nous étonner. Pour preuve, Tiburon et Doc Ricketts, deux mini sous-marins commandés à distance par des chercheurs du Monterey Bay Aquarium Research Institute (MBari), ont rapporté en 2005 et 2012 de magnifiques images d’une nouvelle espèce d’éponge.

Chose étonnante, mais déjà observée ailleurs, cet animal vivant à plus de 3.300 m de profondeur est dépourvu de pore, de canal et d’oscule. Les explorations ont été menées au niveau de la dépression d’Escanaba et du canyon de Monterey, au large de la Californie. 


Reportage du Monterey Bay Aquarium Research Institute sur la découverte de l'éponge carnivore Chondrocladia lyra. © MBari

Deux individus ont été déterrés (les éponges étant ancrées par un système de rhizoïdes dans le substrat), puis remontés en surface afin d’y être décrits sous la direction de Lonny Lundsten. Les résultats viennent d’être publiés dans la revue Invertebrate Biology. De nombreux indices le prouvent, Chondrocladia lyra serait une éponge carnivore se nourrissant entre autres de crustacés ! La famille des cladorhizidés vient donc de s’agrandir et compte dorénavant au moins 25 membres. 

Une éponge lyre ne manquant pas de piquant

Cette nouvelle espèce de démosponges, l’ordre rassemblant 90 % des spongiaires, peut atteindre 37 cm de long. Entre 1 et 6 stolons appelés vanes en anglais peuvent s’étendre à l’horizontal à partir du point de fixation. En vue dorsale, ils sont tous équiangulaires, c’est-à-dire séparés par un angle de même mesure. Chacun d’entre eux porte une série de branches verticales équidistantes les unes des autres. Tout est décidément agencé au millimètre et en symétrie chez cette éponge ! Certains animaux possédant 2 vanes ressemblent à s’y méprendre à une lyre, un fait qui justifie le nom qui leur a été donné. 

Des rangées de filaments ont également été observées sur le devant, l’arrière et les côtés de chaque branche ainsi qu’aux extrémités des stolons. Ces structures renforcées par des spicules sont, comme le reste du corps, recouvertes par une multitude de crochets conférant aux tissus l’apparence d’un velcro. Ces éléments constitueraient un véritable piège dans lequel peuvent venir s’empêtrer des proies telles que des crustacés. Une membrane se charge de recouvrir les victimes potentielles qui peuvent alors être digérées puis assimilées. Aucun doute n’est permis sur le fait que Chondrocladia lyra soit un organisme carnivore. 

Un être adapté à la capture de proies et de gamètes

Chaque branche verticale possède également deux renflements. Le premier, situé à l’extrémité supérieure, correspondrait à un spermatophore. Des gamètes mâles y sont donc produits en quantité puis libérés dans l’environnement. Certains d’entre eux vont peut-être rencontrer l’excroissance située au milieu des branches, là où les ovocytes sont produits et amenés à maturité. Dans le cas présent, il y aura alors fertilisation. Ces éponges sont donc hermaphrodites puisqu’elles possèdent les deux sexes. 

La forme et la morphologie de Chondrocladia lyra tendraient à maximiser la surface de l’animal et donc la probabilité d’attraper une proie ou d’être fertilisé par des gamètes mâles. La symétrie de l’éponge en vue dorsale lui a valu d’être classée parmi le sous-genre Symmetrocladia. Cette nouvelle espèce rejoint le groupe des animaux étranges, comme le calmar à coudes et le ver à fesses de porc, déjà décrits par les chercheurs du MBari. 


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