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En vidéo : une seiche se travestit partiellement pour mieux draguer

Pour séduire sans être gêné par d’éventuels concurrents, la seiche Sepia plangon a trouvé la solution : les mâles colorent différemment les côtés droit et gauche de leur corps. La partie virile est exposée à la partenaire potentielle tandis qu’une imitation de la peau des femelles est présentée aux autres concurrents. L’art de la drague chez les seiches, qui n’hésitent donc pas à se travestir si nécessaire, est drôlement bien rodé…

Les seiches, ici des Sepia plangon (deux mâles au-dessus et une femelle en dessous), sont des céphalopodes décapodes et donc des mollusques. Comme les calmars, dont elles sont proches, les seiches possèdent des poches à encre. Leurs petits s'appellent des casserons. © Richard Ling/Flickr, CC by-nc-sa 2.0 Les seiches, ici des Sepia plangon (deux mâles au-dessus et une femelle en dessous)sont des céphalopodes décapodes et donc des mollusques. Comme les calmars, dont elles sont proches, les seiches possèdent des poches à encre. Leurs petits s'appellent des casserons. © Richard Ling/Flickr, CC by-nc-sa 2.0

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Il existe sous la surface des mers et océans du globe de véritables spécialistes du camouflage. Les seiches sont en effet capables de changer la couleur et la texture de leur corps, généralement en moins d’une seconde, afin de se fondre dans le paysage. Les avantages sont évidents, ce mimétisme par homochromie leur permet de passer inaperçues aux yeux d'éventuels prédateurs ou proies.

Cette propriété repose sur la présence d’une épaisse couche de chromatophores au sein de la peau de ces céphalopodes. Ces cellules sont remplies de pigments colorés. De simples contractions régies par le cerveau, au niveau de ces structures, peuvent engendrer deux événements : une augmentation de la concentration des pigments, rendant ainsi les chromatophores plus sombres, ou une remontée de ceux-ci vers la surface de la peau. 

Culum Brown, de la Macquarie University en Australie, vient de démontrer que ce système ultraperformant d’homochromie active pouvait être utilisé pour fournir des signaux visuels dans un contexte supplémentaire : la tromperie vis-à-vis des congénères. Certaines seiches pourraient, selon l’étude publiée dans la revue Biology Letters, se travestir pour augmenter leurs chances de succès durant les parades sexuelles, tout en évitant des problèmes de compétition.


La seiche de droite présente deux colorations sur ses faces. À sa gauche, elle exprime des motifs tigrés, donc masculins, en direction de la femelle (animal de gauche). Elle présente en revanche un patron féminin sur son côté droit. © Brown et al. 2012, Biology Letters

L’art du camouflage mis au service de la reproduction des seiches

Un spécimen de Sepia plangon maintenu en aquarium a particulièrement attiré l’attention des chercheurs. Car cet animal de sexe masculin présentait des motifs différents sur les deux moitiés latérales de son corps, ce qui en soit n’est pas exceptionnel. Ce qui l’était en revanche, c’est qu’un des côtés du manteau de la seiche avait le patron de coloration typique des mâles (tigrures noires sur fond blanc) et l’autre celui des femelles (marbrures brunes sur fond blanc). Des analyses de photographies prises dans le port de Sydney ont confirmé l'existence de ce comportement chez des mollusques sauvages. Mais pourquoi se travestir ainsi ?

Lors d’expériences en aquarium, l’intégration de seiches masculines au sein de groupes composés uniquement d’individus du même sexe et de sexe opposé n’a provoqué aucun changement de coloration. Mais les mâles mis en présence d’un autre spécimen du même sexe et d’une femelle ont, dans 39 % des cas, adopté une tunique bicolore. Ce comportement social complexe serait un stratagème bien rodé. Le côté tigré est en effet exposé vers la femelle, probablement afin de prouver sa virilité, tandis que les marbrures sont présentées au mâle rival, peut-être pour éviter toute compétition et donc d’éventuelles interruptions durant la parade nuptiale. Ce comportement présente également un second avantage : les mâles travestis se déplaçant en direction d’une femelle, avant même d’avoir entamé leur comportement de séduction, n’attirent pas l’attention de leurs concurrents sur la présence d’une partenaire potentielle.

Selon l’auteur de l’étude, ce procédé démontre toute la complexité des interactions sociales chez les seiches. Il rappelle que cet animal possède l’un des cerveaux les plus grands, proportionnellement à la taille du corps, chez les invertébrés. Il resterait, toujours selon l’auteur, encore beaucoup de choses à apprendre sur l’intelligence de ces céphalopodes.


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