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La police scientifique veut traquer les braconniers

Les braconniers, à l'instar des assassins, laissent des traces biologiques sur leurs scènes de crime grâce auxquelles il est possible d'effectuer des analyses ADN afin de confondre les braconniers, comme le fait la police scientifique avec les tueurs. La traque génétique dans la savane, une utopie ?

Les cerfs font l'objet de braconnage au Royaume-Uni et des scientifiques ont imaginé poursuivre les braconniers en analysant l'ADN qu'ils laissent sur les carcasses. ©  lviatour, www.lucnix.be, cc by sa 3.0

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Le braconnage est un problème écologique majeur. S’il touche principalement certains pays d’Afrique ou d’Asie, il est également présent dans des pays plus urbanisés comme le Royaume-Uni. Là-bas, des scientifiques ont suggéré d’avoir recours à des analyses ADN pour traquer les braconniers, grâce aux indices génétiques qu’ils laissent sur leurs victimes. Ou quand la police scientifique se met au service de l’environnement.

Les éléphants sont parmi les espèces les plus touchées par le braconnage. En 2009, le Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw) estimait que plus de 100 éléphants étaient tués chaque jour par des braconniers motivés par le marché de l’ivoire. Entre août 2005 et août 2006, plus de 25 tonnes d'ivoire ont été saisies dans les aéroports asiatiques.

Cinquante mille cerfs victimes de braconnage

Au Royaume-Uni, cette pratique est aussi surveillée de près par les associations environnementales. Le cerf est inscrit sur la liste des annexes de la convention de Washington (autre nom de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction ou Cites), qui recense les espèces dont le commerce est interdit en dehors des autorisations (quota, période de chasses, etc.). Des espèces comme les éléphants, les baleines ou le cerf, donc, sont inscrites sur ces listes.

L'Ifaw estime qu'environ 100 éléphants sont tués chaque jour par des braconniers. © Bruno Scala, cc by nc nd 3.0
L'Ifaw estime qu'environ 100 éléphants sont tués chaque jour par des braconniers. © Bruno Scala, cc by nc nd 3.0

Selon les autorités britanniques et le British Deer Recovery, environ 50.000 cerfs seraient victimes de chasse illégale chaque année, ce qui représente une manne financière d’environ 5 millions de livres (soit un peu moins de 6 millions d’euros). Les braconniers appartiendraient d’ailleurs à des groupes organisés. D’où l’idée de Shanan Tobe, du Centre médicolégal de l’université de Strathclyde à Glasgow, de repérer ces chasseurs hors-la-loi grâce à leur ADN.

Les parties du cerf qui ont une valeur marchande et qui intéressent donc les braconniers sont les entrailles, la tête et les pattes. Pour les collecter, ils y vont généralement à la force de leurs mains et bras, laissant quelques cellules épithéliales au passage sur la carcasse restante de la bête.

La police scientifique à la poursuite des braconniers

L’idée est donc, à partir de ces cellules, d’extraire de l’ADN, de l’amplifier, de le séquencer et de confronter les résultats à une base de données génétiques de criminels notoires dont le profil génétique a déjà été établi. Selon l’étude, publiée dans Science and Justice, on peut identifier les chasseurs avec des probabilités variant de un sur un million à un sur un milliard.

Bien sûr, la méthode est critiquée. Tout d’abord, les tests ADN sont onéreux. Impossible d'en réaliser à partir de chaque carcasse retrouvée dans le Royaume. En outre, les quelques cellules et l’ADN qu’elles contiennent sont rapidement dégradés à cause du climat humide. Enfin, il ne suffit pas de pouvoir analyser l’ADN humain présent sur la carcasse. Il faut aussi l’associer au profil génétique d’un braconnier, dont l’ADN aurait été séquencé au cours d’une affaire antérieure.

Si la méthode peut sembler ponctuellement exploitable en Grande-Bretagne, elle paraît néanmoins irréalisable dans des pays où le braconnage est bien plus important, comme le Kenya ou d'autres pays africains. En effet, même si le climat y est plus propice à une bonne conservation de l’ADN, les criminels ne sont pas génétiquement fichés.

Une idée plus adaptée avait été proposée en 2004 par Samuel Wasser et ses collègues, toujours fondée sur l’analyse de l’ADN. Mais ici, c’est à l'ADN présent sur les défenses du pachyderme que s’intéressaient les scientifiques. En l’analysant, il est en effet possible de savoir de quelle région vient l’animal. En plus de restreindre le nombre des braconniers suspects à une zone géographique, cela permet de prouver l’existence de braconnage dans des pays où le gouvernement nie la situation. Mais encore une fois, ceci nécessite une base de données génétiques des éléphants. Le braconnage semble avoir encore de beaux jours devant lui.


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