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Quel est le point commun entre un requin et un chasseur-cueilleur ?

Le requin, la guêpe et le chasseur-cueilleur cherchent leur nourriture en se déplaçant de la même manière. Ils favorisent de courtes étapes, autour de leur point de départ, et optent seulement rarement pour de longs trajets. Ce modèle de déplacement est mathématique, il s’agit de la marche de Lévy.

Les Hadzas de Tanzanie ont porté des bracelets GPS qui ont permis à des anthropologues d’étudier leurs mouvements pendant la chasse ou la recherche de nourriture. © Brian Wood, Yale University Les Hadzas de Tanzanie ont porté des bracelets GPS qui ont permis à des anthropologues d’étudier leurs mouvements pendant la chasse ou la recherche de nourriture. © Brian Wood, Yale University

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Ils n’ont pas grand-chose en commun mais recherchent pourtant la nourriture de la même façon. Les requins sont de gros poissons, les guêpes des insectes et les êtres humains des mammifères. Ces trois taxons ont probablement plus de différences que de ressemblances, mais bon nombre d’animaux leur appartenant parcourent leur environnement suivant le même modèle mathématique pour dénicher les proies ou les éléments nutritifs dont ils ont besoin.

La marche de Lévy désigne le modèle mathématique qui décrit cette stratégie de déplacement aléatoire que l’on retrouve chez beaucoup d’espèces animales. Lorsque la nourriture est distribuée de façon hétérogène dans un milieu, certains individus partent en quête en adoptant des étapes de déplacement de courte durée (définies comme la distance parcourue avant une pause ou un changement de direction), qu’ils combinent avec de longues mais rares étapes. Ces mouvements aléatoires ont été mis en équation par le mathématicien Paul Lévy, l’un des pères fondateurs de la théorie moderne des probabilités.

Une des dernières tribus de chasseurs-cueilleurs de la planète, les Hadzas de Tanzanie, chassent encore à pied avec les méthodes traditionnelles de recherche de nourriture. « Si vous voulez comprendre le mouvement des chasseurs-cueilleurs, vous devez travailler avec un groupe comme les Hadzas », déclarait David Raichlen, principal auteur de cette étude.
Une des dernières tribus de chasseurs-cueilleurs de la planète, les Hadzas de Tanzanie, chassent encore à pied avec les méthodes traditionnelles de recherche de nourriture. « Si vous voulez comprendre le mouvement des chasseurs-cueilleurs, vous devez travailler avec un groupe comme les Hadzas », déclarait David Raichlen, principal auteur de cette étude. © Brian Wood, Yale University

Qu’ils soient chasseurs ou cueilleurs, bon nombre d’animaux développent une marche de Lévy dans leur quête de nourriture. En 2010, une équipe anglaise expliquait dans la revue Nature par exemple que les thons, les marlins, les requins ou encore les poissons lunes alternaient entre un mouvement brownien et une marche de Lévy pour chasser. Aujourd’hui, une équipe d’anthropologues rapporte dans la revue Pnas que les Hommes chasseurs-cueilleurs seraient aussi des adeptes du modèle de Lévy.

La marche de Lévy, un modèle de déplacement universel

L’équipe, issue de l’université d’Arizona, est parvenue à de telles conclusions en étudiant le comportement des Hadza en Tanzanie, l’une des dernières tribus au monde chassant encore selon les méthodes traditionnelles. Les chasseurs de la tribu ont accepté de porter des GPS durant leurs traques de nourriture. Les données ont ainsi permis aux anthropologues d’étudier les déplacements de chacun, et ont montré que bien qu’ils utilisaient aussi d’autres modes de déplacements, la marche de Lévy était le dominant.

Cette étude met en exergue le caractère purement naturel de la marche de Lévy. En somme, ce mode de déplacement se manifeste partout dans le monde chez différentes espèces. « Cela donne à penser qu'il s'agit d'un modèle fondamental probablement présent dans notre histoire évolutive », commente Adam Gordon, l’un des auteurs de l’article dans un communiqué de presse. David Raichlen, principal auteur va même jusqu’à faire l’analogie avec nos propres vies. « Sur une journée normale, un individu lambda part travailler, rentre chez lui et marche sur de courtes distances autour de sa maison. Et puis de temps à autre il va parcourir de longues étapes, à pied, à vélo, en voiture ou en avion. »

Les chasseurs-cueilleurs font appel à la marche de Lévy pour trouver leur nourriture, mais elle pourrait tout aussi bien être utilisée comme modèle de prévision du développement urbain. Si les anthropologues ont identifié ce schéma de déplacement mathématique, il leur reste à déterminer pourquoi les chasseurs se déplacent-ils ainsi. Pourquoi décident-ils de se mouvoir de la sorte au détriment des autres modèles de déplacements ? Dans l’étude sur les requins, thons, marlins et autres prédateurs, les scientifiques avaient conclu que les poissons passaient d’un mouvement brownien à une marche de Lévy en fonction des conditions environnementales, reste à déterminer ce qui pousse les Hommes à se déplacer ainsi.


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