Les abysses sont pleins de surprises, en témoigne la découverte d’une nouvelle espèce de crabe Yéti. Kiwa puravida fait littéralement pousser sur ses pinces des filaments, constitués de bactéries se nourrissant de suintements de méthane froids. Comme le montre une vidéo, il mange ces filaments.

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    Un membre de l'espèce des Kiwa puravida trouvé au large du Costa Rica. © Oregon State University

    Un membre de l'espèce des Kiwa puravida trouvé au large du Costa Rica. © Oregon State University

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    Au début des années 1970, personne n'imaginait vraiment qu'il puisse exister sur Terre des animaux dont les sources de nourriture ne tiraient pas leur énergieénergie du SoleilSoleil. Pourtant, une campagne d'exploration océanique allait permettre à Jean Francheteau et ses collègues de découvrir les sources hydrothermales et leur désormais célèbre faune. Avec étonnement, les biologistes allaient constater qu'autour de ces sources se développaient des écosystèmes chimiosynthétiques. L'énergie utilisée par les formes vivantes n'y résultait pas de la photosynthèse.

    On continua ensuite à étudier ces écosystèmes et c'est ainsi qu'en mars 2005, lors d'une mission à 1.000 km au sud de l'île de Pâques, on allait découvrir Kiwa hirsuta par 2.300 mètres de profondeur, sur une source hydrothermale inconnue de la dorsale pacifique-antarctique. Il s'agissait d'une curieuse espèceespèce de crabe, inconnue jusqu'alors, et que les biologistes allaient baptiser « crabe Yéti » (à cause des sortes de poils densément répartis sur ses pinces).


    Des Kiwa puravida agitant leurs pinces au fond de l'océan. © Oregon State University/YouTube

    Un groupe de chercheurs vient d'annoncer la découverte d'une autre espèce de crabe Yéti dans la revue Plos One. Découvert au large du Costa Rica, son nom scientifique est Kiwa puravida. Contrairement à son prédécesseur, il ne vit pas au bord d'une source hydrothermale mais bel et bien à proximité de suintements froids, des écoulements de sulfuresulfure et de méthane que l'on trouve au fond des océans.

    Kiwa puravida, cultivateur de bactéries méthanophages

    Plusieurs de ces crabes mesurant environ 9 cm ont été filmés en train d'effectuer une sorte de dance, agitant constamment leurs pinces recouvertes d'étranges filaments. Ceux-ci sont constitués de bactériesbactéries symbiotiques très proches de celles trouvées sur le corps d'autres animaux, vivants eux dans les écosystèmes des sources hydrothermales.


    Un Kiwa puravida filmé en accéléré (5 fois plus vite) en train de se nourrir des filaments de bactéries méthanophages sur ses pinces. © Oregon State University/YouTube

    L'examen de ces bactéries a révélé qu'elles tiraient leur énergie du méthane et du sulfure d'hydrogènesulfure d'hydrogène issus des suintements froids. On a constaté aussi que les crabes broutaient de temps en temps les filaments présents sur leurs pinces. Clairement, les étonnants mouvementsmouvements de ces pinces doivent servir à assurer le développement des filaments, permettant aux bactéries d'absorber les gazgaz nécessaires à leur développement. 

    Remarquablement, alors que l'on pouvait penser que les crabes tiraient une partie de leur nourriture du plancton présent dans l'eau, il a été possible de démontrer que ce n'était pas le cas. En effet, l'analyse des abondances d'isotopesisotopes de carbonecarbone et des acides grasacides gras dans les crabes a montré qu'elles possédaient des caractéristiques identiques à celles trouvées dans les bactéries méthanophages.

    Selon les chercheurs, ce genre de relation symbiotique pourrait être plus fréquent qu'ils ne le pensaient car deux autres animaux, à savoir un crabe (Shinkaia crosnieri) et une crevette (Rimicaris exoculata), étaient déjà connus pour avoir des bactéries similaires sur leurs corps.