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Féminisation des poissons des rivières : de nouveaux produits en cause

L'incontestable augmentation de la proportion d'individus femelles chez les poissons d'eau douce était attribuée au rejet d'hormones, comme les œstrogènes. Une nouvelle étude montre que d'autres produits, notamment des conservateurs très utilisés, et à effet anti-androgène, sont en cause.

Sous les canards, combien de carpes mâles ? © Capucinecapucine / Flickr - Licence Creative Common (by-nc-sa 2.0) Sous les canards, combien de carpes mâles ? © Capucinecapucine / Flickr - Licence Creative Common (by-nc-sa 2.0)

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Depuis plusieurs années, les preuves d'une réduction de la proportion de poissons mâles dans les rivières des pays développés s'accumulent. Parallèlement, on observe une chute drastique du nombre de spermatozoïdes chez les hommes et une forte augmentation des tumeurs du sein chez les femmes. Ces phénomènes sont considérés comme liés. On sait en effet que les hormones comme les œstrogènes ont, à long terme, un effet cancérigène. La question écologique du sex ratio de plusieurs espèces (ainsi appelle-t-on la proportion mâle-femelle) est devenue aussi un problème de santé publique...

La cause en serait le déversement dans les eaux douces, via les stations d'épuration, de grandes quantités de molécules dont l'action sur les organismes ressemble à celle des hormones femelles, en particulier les œstrogènes. L'effet serait un changement de sexe des poissons mâles (un phénomène qui se produit naturellement chez de nombreuses espèces de poissons). On a beaucoup parlé de la pilule contraceptive, qui contient des œstrogènes, mais d'autres accusés ont été désignés, notamment des pesticides, dont des composés organochlorés, ainsi que des peintures antifouling pour les coques de bateaux.

Nouveaux suspects : savon, dentifrice, crème à raser, pâtisseries...

Une biologiste britannique, Susan Jobling (université Brunel, Londres), étudie ce phénomène depuis 1995. En 2006, une publication dont elle était co-auteur démontrait la corrélation entre la concentration en œstrogènes dans l'eau des rivières et les perturbations du sex ratio chez des populations de poissons sauvages.

Aujourd'hui, dans une nouvelle publication, dans la revue Environmental Health Perspectives, elle et ses collègues viennent relativiser cette conclusion : les hormones féminisantes ou des molécules qui en miment l'action ne seraient pas seules en cause. Selon l'équipe, interviendraient aussi des substances contrecarrant l'action des hormones mâles, qualifiées d'anti-androgènes. Les auteurs expliquent que la corrélation avec les désordres du sex ratio des poissons est bien meilleure si l'on considère ensemble les œstrogènes et les anti-androgènes plutôt que les œstrogènes seuls. Elle reste même excellente si on prend en compte seulement les anti-androgènes.

Cette précision est plus qu'un détail scientifique... En effet, des produits de synthèse à effet anti-androgène sont exploités dans plusieurs domaines et font même partie de notre quotidien. On les trouve dans des fongicides, des anti-bactériens ainsi que dans les parabens, des conservateurs couramment utilisés en cosmétique et dans l'alimentation. Un temps suspectés de provoquer des allergies chez certaines personnes, ces parabens (une famille de composés synthétisés à partir de l'acide parahydroxybenzoïque, et dont on trouve des équivalents dans de nombreux fruits et légumes) ont été disculpés. Les voilà de nouveau sur la sellette pour leurs effets sur l'environnement et sur la santé humaine...

Les chercheurs concluent que la féminisation des poissons des rivières provient d'un cocktail chimique dont plusieurs composants restent encore inconnus et qu'il serait bon de se pencher davantage sur cette question...


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