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Déclin des abeilles : les pesticides néonicotinoïdes sur la sellette

Deux nouvelles études se penchent sur le rôle joué par des insecticides de la famille des néonicotinoïdes sur la surmortalité des abeilles. Une faible contamination suffit pour ralentir la croissance d’une colonie, diminuer le nombre de naissances de reines et perturber les capacités de navigations.

Rayons de cire d'abeilles domestiques portant des œufs et des larves. Les parois des cellules ont été enlevées. Les larves (des faux-bourdons) sont âgées de 3 à 4 jours.
Chez le bourdon terrestre, une exposition à de l'imidaclopride provoque une diminution du nombre de larves en cours de croissance. Beaucoup de cellules restent vides. © Waugsberg Licence de documentation libre GNU, version 1.2 Rayons de cire d'abeilles domestiques portant des œufs et des larves. Les parois des cellules ont été enlevées. Les larves (des faux-bourdons) sont âgées de 3 à 4 jours. Chez le bourdon terrestre, une exposition à de l'imidaclopride provoque une diminution du nombre de larves en cours de croissance. Beaucoup de cellules restent vides. © Waugsberg Licence de documentation libre GNU, version 1.2

Déclin des abeilles : les pesticides néonicotinoïdes sur la sellette - 3 Photos

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Les populations d’abeilles sont en plein déclin depuis quelques années. Or, ces insectes jouent un rôle crucial dans le maintien de la biodiversité et dans la survie de nos cultures. Pas moins de 80 % des plantes exploitées commercialement dans le monde ont besoin de pollinisateurs pour se reproduire. De nombreuses hypothèses ont vu le jour pour expliquer ce phénomène inquiétant. Trois d’entres elles sont proposées de manière récurrente : la présence d’agents pathogènes (tel que le varroa), l’existence de virus ou champignons spécifiques et l’utilisation de pesticides.

Les insecticides néonicotinoïdes, dont l'utilisation est largement répandue sur la Planète, agissent sur le système nerveux central en bloquant les influx et ce, dès une exposition à de très faibles doses (quelques nanogrammes). Ces composés chimiques ont la particularité d’être également présents dans le pollen et le nectar des végétaux traités. Malheureusement, ces deux substances sont consommées par les abeilles durant leurs vols en direction des ruches, puis au sein des colonies.

Plusieurs hypothèses relient la surmortalité des abeilles à l’emploi de néonicotinoïdes. Elles ont même poussé certains pays, dont la France, à prendre des mesures de précaution. Deux nouvelles études publiées dans la revue Science justifient cette démarche. Non seulement les insecticides néonicotinoïdes limitent la croissance des ruches et le développement de nouvelles reines, mais ils provoquent en plus des problèmes de désorientation chez les butineuses.

Un graphique accablant : il représente le nombre de nouvelles reines de bourdons terrestres naissant chaque année par ruche et après traitement. Les conséquences d'une exposition à l'imidaclopride sont particulièrement significatives. Or, seules les reines survivent à l'hiver. © Adapté de Whitehorn et al. 2012, Science
Un graphique accablant : il représente le nombre de nouvelles reines de bourdons terrestres naissant chaque année par ruche et après traitement. Les conséquences d'une exposition à l'imidaclopride sont particulièrement significatives. Or, seules les reines survivent à l'hiver. © Adapté de Whitehorn et al. 2012, Science

Bourdons : moins de jeunes et de reines

Dave Goulson, de l’université de Striling, s’est intéressé aux effets de l’imidaclopride sur des bourdons terrestres, Bombus terrestris. Son équipe a présenté trois lots de 25 colonies respectivement à une substance placébo et à une faible et une forte concentration en insecticides (6 et 12 μg par kg de pollen) durant 14 jours. Les 75 colonies ont ensuite été replacées à l’extérieur et suivies pendant six semaines supplémentaires.

La croissance des populations de bourdons a baissé de respectivement 8 et 12 % pour les spécimens exposés aux faibles ou aux fortes concentrations. Par ailleurs, un plus grand nombre de cellules vides ont été observées (la différence par rapport à une colonie saine est de minimum 19 %) ; il y a donc moins de larves en formation. 

L'exposition à l'insecticide a eu une troisième conséquence : le nombre de naissances de nouvelles reines a chuté de 85 %. Près de 14 reines ont vu le jour par ruche saine, en moyenne, contre seulement 2 au sein des groupes exposés au pesticide. Or, les bourdons ont un cycle de vie annuel. Seules les jeunes reines peuvent survivre à l’hiver et former de nouvelles colonies au printemps suivant.

La technologie RFID est utilisée pour caractériser les mouvements effectués par une abeille entre sa ruche d'origine et le milieu extérieur. Ce système se compose d'une micropuce de 3 mg collée sur l'insecte (A) et de détecteurs placés à l'entrée de la colonie (B). © Henry et al. 2012, Science Express
La technologie RFID est utilisée pour caractériser les mouvements effectués par une abeille entre sa ruche d'origine et le milieu extérieur. Ce système se compose d'une micropuce de 3 mg collée sur l'insecte (A) et de détecteurs placés à l'entrée de la colonie (B). © Henry et al. 2012, Science Express

Abeilles : une navigation faussée

La seconde étude a été menée par une équipe de l’Inra d’Avignon sous la direction de Mickaël Henry. Les chercheurs ont analysé le comportement de butinage chez des abeilles domestiques, Apis mellifera, exposées à du thiaméthoxame. Près de 653 insectes ont été équipés d’un RFID (une micropuce collée sur l’abdomen) puis soumis à deux traitements différents composés soit d'un placébo, soit de 20 μl d'une solution de sucrose contenant 1,34 ng d’insecticide. 

Des détecteurs placés à l’entrée des ruches permettent d’identifier les abeilles quittant ou revenant à leur colonie. Le résultat est édifiant : en terrain inconnu 31,6 % des abeilles exposées à l’insecticide ont été incapables de revenir à leur point de départ ! Le thiaméthoxame perturbe donc les capacités de navigation de ces pollinisateurs.

Ces deux études apportent des preuves concrètes du rôle, certes partiel, joué par les insecticides de la famille des néonicotinoïdes sur la surmortalité des abeilles. Espérons que de telles preuves puissent faire réagir les pouvoirs publics sur cette problématique afin que de nouvelles réglementations voient le jour. Les tests effectués sur des insectes lors de la mise sur le marché des produits phytosanitaires sont également à revoir.  


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