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Un congrès mondial au chevet des huîtres

Un congrès mondial réunit actuellement les ostréiculteurs à Arcachon, autour d’une question sans vraie réponse : quel est le mal dont souffrent les huîtres ? Depuis maintenant 4 ans, des mortalités inhabituelles surviennent partout, d’abord les naissains et aujourd’hui chez les adultes. Virus, bactéries, parasites, réchauffement des eaux : de multiples explications sont possibles.

Les huîtres creuses sont les plus vendues. Sont-elles en danger ? © JLG/Futura-Sciences Les huîtres creuses sont les plus vendues. Sont-elles en danger ? © JLG/Futura-Sciences

Un congrès mondial au chevet des huîtres - 2 Photos

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En 2008, les ostréiculteurs français ont sonné l’alerte : leurs naissains (les larves) subissaient des mortalités inhabituelles. Depuis, rien ne s’est arrangé, avec des pertes chez les naissains qui se maintiennent à un taux élevé et auxquelles s’ajoute maintenant une surmortalité chez l’adulte, l’huître atteignant sa taille commerciale en 2 ou 3 ans. C’est un congrès mondial (Oyster World Congress) qui leur est actuellement consacré à Arcachon, des ostréiculteurs du monde entier venant discuter de leurs productions.

L’Ifremer s’est penché sur le problème en mettant en place en 2009 un Observatoire national conchylicole ciblant l’huître creuse, Crassostrea gigas, la plus vendue. Ses résultats donnent la mesure du phénomène : alors que « les données historiques montrent qu'entre 1995 et 2007, les taux de mortalité [dans le naissain] sont restés stables au niveau national, et situés aux alentours de 15 % », sur les 14 sites suivis, la mortalité a brusquement augmenté en 2008 pour atteindre 63 % au niveau national. En 2011, l’Ifremer observe « des taux de mortalité finaux qui atteignent 73 % sur les naissains issus de captage et 43 % sur les naissains issus d'écloserie » (Les surmortalités des naissains d’huîtres creuses Crassostrea gigas, Les rencontres de l’Ifremer, janvier 2012).

Comparaison de l’apparition et de l’intensité des mortalités sur les sites de l’Observatoire conchylicole sur la période 2009- 2011 (référence : naissain de captage Arcachon). D'après Édouard Bedier, (Les surmortalités des naissains d’huîtres creuses Crassostrea gigas, Les rencontres de l’Ifremer, janvier 2012).
Comparaison de l’apparition et de l’intensité des mortalités sur les sites de l’Observatoire conchylicole sur la période 2009- 2011 (référence : naissain de captage Arcachon). D'après Édouard Bedier, (Les surmortalités des naissains d’huîtres creuses Crassostrea gigas, Les rencontres de l’Ifremer, janvier 2012).

Surmortalité des huîtres : un virus sur le banc des accusés

Les analyses effectuées désignent un serial killer : le virus OsHV-1 (Ostreid Herpes virus 1, sans danger pour l'Homme). Sa présence est corrélée avec les mortalités. Une forme particulière du virus, et jusque-là inconnue, baptisée μVar, est à peu près systématiquement retrouvée dans les échantillons de populations touchées.

Les ostréiculteurs accusent aussi les températures plus élevées. L’huître creuse, en effet, n’aime pas l’eau chaude et sa reproduction est liée à la température : quand elle dépasse 18 °C, ce mollusque bivalve comprend qu’il est temps de produire des gamètes. Les chercheurs ont comparé les courbes de températures observées à celles des mortalités et ce dans différentes régions du littoral français. Résultat : une corrélation positive.

Comme dans le cas des abeilles, la cause des mortalités d’huîtres creuses pourrait être multifactorielle. Pour l’instant, on ne fait que compter les huîtres qui meurent trop tôt sans savoir ce qu’il faudrait faire…

Les ostréiculteurs veulent nous rassurer et, en marge de ce congrès mondial, promettent que les prix ne vont pas grimper prochainement (donc pas pour les fêtes de fin d’année…), comme ce fut le cas en 2008. Mais les surmortalités observées depuis peu chez les huîtres adultes vont à coup sûr aggraver les soucis des producteurs. « C'est très inquiétant : toutes les manipulations, comme les mises en bassin, s'accompagnent de mortalités d'huîtres », explique à l’AFP Jean-Charles Mauviot, directeur du comité régional conchylicole (CRC) Arcachon-Aquitaine. Dans toutes les régions de production, les tonnages produits sont à la baisse. En Bretagne sud, par exemple, la production serait passée de 20.000 tonnes en 2008 à 10.000 tonnes, d’après Hervé Jenot, président du CRC de cette région qui s’exprimait devant le micro de l’AFP.

Ce congrès mondial permettra donc de comparer les chiffres français avec ceux des autres pays producteurs et, peut-être, de mieux cerner le ou les coupables…


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