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Quand les bourdons espionnent les abeilles

Les bourdons savent tirer des informations des abeilles domestiques, avec lesquelles ils sont en compétition pour la nourriture. Ces renseignements hétérospécifiques (entre espèces différentes) ont autant de valeur que ceux obtenus chez d'autres bourdons.

Les bourdons et les abeilles font partie de la famille des apidés (Apidae). © Dawson et Chittka 2012, Plos One

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Les bourdons sont de bons espions. Tout comme les Hommes sont capables de s’inspirer d’autres animaux, ces hyménoptères peuvent tirer parti d’une information provenant d’un individu d’une espèce différente. Des chercheurs ont en effet montré qu’ils étaient capables de se servir de renseignements fournis par des abeilles domestiques, notamment en ce qui concerne la localisation de nourriture.

Chez les insectes, la communication et l’apprentissage social intraspécifiques sont très étudiés, contrairement aux comportements hétérospécifiques (entre individus d’espèces différentes). On sait par exemple qu’à l’aide de phéromones, les fourmis indiquent l’emplacement d’une source de nourriture. Les abeilles sont également très précises puisque leur danse indique la distance d’une ressource alimentaire ainsi que sa direction par rapport au soleil et à la ruche. Mais on ne sait pas si ces informations peuvent être utilisées par d’autres espèces.

Bourdon ou abeille : information équivalente

Dans une étude publiée dans Plos One, deux biologistes de l’université Queen Mary viennent de montrer que les bourdons (Bombus terrestris) sont capables de se servir des informations fournies aussi bien par leurs congénères que par des abeilles domestiques (Apis mellifera). La qualité des renseignements obtenus chez les uns ou chez les autres est en outre identique.

Une abeille en train de butiner. © Computerhotline, Flickr, cc
Une abeille en train de butiner. © Computerhotline, Flickr, cc

Pour cela, le comportement de ces insectes a été étudié en laboratoire. Les chercheurs ont fabriqué de fausses fleurs et sur la moitié d’entre elles, afin de mimer la présence d’un butineur, ils ont placé soit un bourdon (première expérience), soit une abeille (seconde expérience) afin de tester respectivement l’apprentissage conspécifique et hétérospécifique. Un bourdon était ensuite relâché pour que les scientifiques observent vers quelles fleurs il se dirigeait.

Compétition mais coopération involontaire

Dans les deux expériences, les cobayes se sont davantage dirigés vers les fleurs où un insecte était déjà présent, montrant qu’ils tirent des renseignements de cette situation, à savoir que la présence d’un butineur indique celle de la nourriture. L’expérience a donné les mêmes résultats avec les faux butineurs abeilles ou bourdons, montrant que le cobaye prend les informations aussi bien chez un individu de la même espèce que chez un autre. 

Ces hyménoptères sont donc de véritables espions qui utilisent les renseignements d’espèces avec lesquelles ils sont pourtant en compétition. Les bourdons et les abeilles sont tous deux des butineurs et se nourrissent souvent sur les mêmes fleurs. Mais cette compétition ne semble pas déranger les bourdons outre mesure puisqu’ils ne s’emploient pas à chasser les autres insectes de la fleur qu’ils occupent, à la différence d’autres hyménoptères. Ces expériences permettent d’en apprendre davantage sur les relations conflictuelles et pourtant coopératives de ces animaux.


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